Le ménage a été bien tenu, les grands projets attendront

sam, 22. oct. 2016

Cette législature a été marquée par des mesures d’austérité. Le Conseil d’Etat a réussi à maintenir les finances cantonales à flot, mais, pour beaucoup d’observateurs, il a manqué de vision. Analyse détaillée du travail effectué par chaque conseiller d’Etat.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

En début de législature, le Conseil d’Etat l’annonçait clairement: accompagner la croissance démographique serait l’un des moteurs de cette législature. Cet objectif a finalement été passablement occulté au profit de mesures d’économies et des chantiers individuels de chaque direction. De nombreux projets ont abouti et les finances du canton sont restées saines. Les conseillers d’Etat n’ont pas chômé et ont répondu à bien des attentes, en particulier législatives.
Ils s’en sont réjouis la semaine dernière dans une con-férence de presse consacrée
à leur bilan. Autant les conseillers d’Etat ont su montrer la part positive de leur travail, autant nous nous attachons aujourd’hui à en souligner les éléments critiquables. Deux exercices qui comportent chacun leur part de subjectivité.


Quel héritage?
Cette législature dominée par les mesures d’économies laisse certains observateurs sur leur faim. Tout le Conseil d’Etat s’est impliqué pour maintenir le bateau à flot. Mais dans ces circonstances, difficile de construire des projets d’avenir. Un sentiment domine: le Conseil d’Etat se serait montré plus gestionnaire que visionnaire.
C’est au niveau du collectif que l’on nourrit le plus de regrets. L’héritage laissé au terme de cette législature ne semble pas très fourni. Quels outils imaginés pour faire face à la croissance démographique et offrir des emplois qualifiés? Le site d’innovation BlueFactory en est un, mais là encore, la prudence financière n’a pas donné le souffle nécessaire pour faire décoller le projet.
Même si elle a été largement appuyée par le Conseil d’Etat, l’idée d’un master en médecine humaine vient du Grand Conseil. Pour la fusion du Grand-Fribourg, le Gouvernement a dû être titillé par les députés, avant de montrer son implication. La mobilité a été soignée avec l’ouverture du pont de la Poya et l’étude de routes de contournement. Mais sans que le Conseil d’Etat impose un concept global.
Les observateurs parlent d’une législature de transition et les plus critiques de cinq années à oublier. Selon leur tendance politique, les chefs de groupe au Grand Conseil se montrent plus ou moins incisifs. C’est de la gauche, minoritaire au Conseil d’Etat, que viennent les critiques les plus virulentes. Le socialiste Pierre Mauron dénonce un «flagrant manque de vision, une politique à très court terme, qui se limite à de la gestion». Laurent Thévoz abonde: «Dites-moi quels sont les grands projets de référence pour les deux prochaines décennies?»


Et la fortune?
«Il n’y a pas de priorité forte qui ressorte de ce collège», regrette le libéral-radical Didier Castella. Au PDC et à l’UDC, on refuse de parler de manque de vision. «Le Conseil d’Etat va dans le bon sens, mais n’a pas suffisamment défini de priorités», nuance l’UDC Emanuel Waeber. Pour le démocrate-chrétien Albert Lambelet, le bilan est résolument positif. Sur la question de la fortune uniquement, il admet: «Avec plus d’un milliard, on aurait pu prévoir un ou deux projets porteurs pour l’ensemble du canton.»
Les finances ont été bien tenues. Mais l’UDC, pourtant globalement satisfaite, regrette que le Conseil d’Etat n’ait pas suffisamment investi pour créer des places de travail. Autre déception d’Emanuel Waeber: «Le Conseil d’Etat n’a pas été assez actif dans la politique foncière.»
L’alliance centre-gauche s’avère plus critique sur les options choisies. «Quand la croissance démographique trouve comme réponse une baisse des prestations du service public, cela annonce des lendemains compliqués», s’inquiète Laurent Thévoz.


Manque de cohésion
A quelques rares occasions, des divergences au sein du Gouvernement sont apparues publiquement. Le départ d’Isabelle Chassot pour les uns ou la campagne difficile de 2013 pour les autres ont pesé sur le climat.
Albert Lambelet temporise: «Dans un collège, il y a toujours des moments où il y a des frictions.» Pour Pierre Mauron, ce manque de cohésion a eu une influence sur le résultat, tout  comme l’absence de personnalités d’envergure à même d’imposer des idées visionnaires. «Il y a quelques années, nous avions encore trois ou quatre papables au Conseil fédéral.»
A droite, on estime que la collégialité a été tenue, du moins face à l’extérieur. Le libéral-radical Didier Castella relève toutefois un «manque de charisme du Conseil d’Etat», qui serait précisément dû à ce manque de cohésion. Face au Grand Conseil, le Gouvernement a été particulièrement chahuté, alors qu’auparavant il était rarement désavoué.

 

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Aucun conseiller n’échappe à la critique


Il est impossible de résumer en quelques lignes le travail effectué par les conseillers d’Etat au sein de leur direction, un effort que personne ne remet en cause. Mais toute médaille a son revers et aucun élu n’échappe à la critique. Ces remises en cause viennent souvent de leurs adversaires politiques, mais se retrouvent parfois jusque dans leur propre camp.

Beat Vonlanthen
Elu au Conseil des Etats l’année dernière, il se montre moins visible sur la scène politique cantonale. Beat Vonlanthen s’est principalement occupé du projet de site d’innovation BlueFactory, dont les effets devraient se déployer après son départ. Son véritable bilan pourra être tiré à ce moment-là. Son goût pour la dimension internationale et les projets intercantonaux l’éloigne quelque peu de la substance même de l’économie fribourgeoise, les PME. A noter son échec en votation sur l’interdiction des chauffages électriques.

Erwin Jutzet
En partance également, il s’est montré bon législateur, parvenant à trouver des majorités au Grand Conseil. On lui doit l’unification du Tribunal cantonal et l’instauration d’un juge itinérant pour soulager les magistrats surchargés. Son projet de tribunal des familles, qui avait le mérite d’être novateur, a capoté devant le Grand Conseil. En rompant la collégialité après l’élection de Jean-Pierre Siggen, il a agacé la droite. Sa législature a été marquée par une courte maladie, qui lui a parfois donné l’image de manquer de souffle. Malgré sa longue expérience et son passé de conseiller national, il n’a pas pris un rôle de leadership au Conseil d’Etat. Mais cela lui a permis d’attirer le Centre suisse de formation du service civil au Lac-Noir.

Georges Godel
Avec les mesures d’économies, il a été beaucoup mis en avant pendant cette législature. Rusé et décidé, il sait s’opposer aux trop grandes velléités de dépenses. Son inflexibilité agace les uns et satisfait les autres, qui relèvent la bonne tenue des comptes. Il a fait preuve d’un certain courage dans les mesures d’austérité, a le leadership de celui qui tient les cordons de la bourse, mais d’aucuns critiquent son manque de vision. La linéarité des coupes, l’attribution d’un poste par direction, autant de mesures qui tiennent plus de l’arbitrage que de la décision politique. Il a échoué avec son projet d’amnistie fiscale, qui risquait d’être recalé par le Tribunal fédéral.

Anne-Claude Demierre
Très chahutée en début de législature, la socialiste a résisté. Sa gestion du dossier de l’Hôpital fribourgeois n’a pas convaincu. On lui reproche de s’être cachée derrière le conseil d’administration et le Sud regrette encore la fermeture de la maternité de Riaz. Sur la question de l’asile, elle s’en sort mieux, parvenant à ouvrir de nombreux centres provisoires et lançant, malgré de virulentes oppositions, le projet de Chevrilles. L’avenir dira si Senior+, son grand chantier sur la personne âgée, s’avère visionnaire. La socialiste fait montre d’une grande capacité de travail, mais s’en tient strictement à ses dossiers.

Maurice Ropraz
A la tête de la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions dont personne ne veut, le Gruérien a eu un peu de mal à endosser l’habit de conseiller d’Etat. A peine arrivé, il a dû affronter une commission d’enquête parlementaire sur les surcoûts du pont de la Poya. L’affaire ne le concernait pas tant, mais l’accueil aurait pu refroidir un glaçon. Ses services ont ensuite été accusés de lenteur dans l’affaire Farmwood, du nom de cette entreprise qui a préféré s’installer dans le canton de
Vaud. Le libéral-radical a réagi avec l’introduction de différentes mesures accélérant la remise des permis de construire. On lui reproche de se cacher derrière son administration, de manquer de leadership et d’avoir des difficultés à faire passer ses projets. La révision de la Loi sur l’aménagement du territoire, après avoir été fortement corrigée par le Grand Conseil, est contestée dans un recours au Tribunal fédéral.

Marie Garnier
Son style, qui alterne entre spontanéité et petites piques, passe difficilement auprès de la classe politique. La Verte n’a pas su ou n’a pas voulu se fondre dans le sérail, ce qui lui crée des inimitiés. Elle fourmille d’idées, mais n’a pas encore concrétisé de projet majeur. Au début de la législature, Berne émet des doutes sur la réelle volonté du canton de transférer les activités de l’Agroscope Liebefeld à Posieux, ce qui est resté sans conséquence, mais a laissé quelques traces sur son bilan. Sur la fusion du Grand-Fribourg, l’initiative est venue du Grand Conseil, mais le travail a suivi. On lui doit la révision de la Loi sur l’exercice des droits politiques avec le regroupement des cercles électoraux de la Glâne et de la Veveyse. Son style et sa franchise passent mieux auprès de la population.

Jean-Pierre Siggen
Arrivé en cours de législature, Jean-Pierre Siggen a repris les dossiers d’Isabelle Chassot, notamment la Loi scolaire qu’il a défendue devant le Grand Conseil. Admirablement selon certains, en bon élève selon d’autres, il est réputé pour sa connaissance des dossiers. Il a su endosser l’habit de conseiller d’Etat, mais devra maintenant convaincre avec une vision politique. Son défaut, qui lui coûte un peu de popularité auprès des enseignants: il a de la peine à soulever les foules. D’aucuns le verraient mieux, en tant qu’ancien directeur de l’Union patronale, à la tête de l’Economie.

 

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