Sous le regard caustique de Thomas Wiesel

| jeu, 27. oct. 2016

Entre deux soirées à Ebullition, l’humoriste Thomas Wiesel a rendu visite à La Gruyère. Le temps d’une matinée, il a posé son regard acéré sur l’actualité locale. Avant de retourner à Paris, sur le plateau de Quotidien, au côté de Yann Barthès.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

Mardi et mercredi soir, Thomas Wiesel disposait d’une carte blan-che à Ebullition, où l’humoriste vaudois a présenté six de ses acolytes romands. Entre ces deux spectacles, le chroniqueur de 26 ans a répondu à l’invitation de La Gruyère. Pour poser un regard critique et décalé tant sur l’actualité locale que sur la manière dont la rédaction la traite. L’occasion également d’en savoir davantage sur cet homme qui vient de faire ses premiers pas à Paris.

Quel regard portez-vous sur la presse locale, après votre visite de ce matin?
Un temps, je me suis essayé au journalisme, à Vigousse. J’étais très mauvais, car je voulais tout le temps donner mon avis. J’admire les journalistes qui font de leur mieux pour présenter les faits avec objectivité, au plus proche de leur conscience et sans laisser leurs préjugés prendre le dessus. Moi, c’est tout le contraire. Mettre mon petit grain de sel, c’est ce que je fais de mieux. Ces temps, je suis confronté à la presse, notamment à L’Hebdo où je pratique mon métier d’humoriste. Un truc m’échappe totale-ment en Suisse: cette méfiance qu’on a envers les médias. Elle est sans doute importée de France, où certains font preuve de sensationnalisme. Le métier de journaliste est hyperimportant et il est plutôt bien exercé en Suisse.

Revenons à vous: racontez-nous votre rencontre avec l’équipe de Yann Barthès sur TMC?
C’était un peu inattendu. Au départ, je n’étais pas du tout enthousiaste, parce que j’étais sûr qu’ils me voulaient simplement comme auteur. Je les ai finalement rencontrés. Or, ils me voulaient en plateau. J’ai fait un test, puis un pilote, puis ma première émission. Toutefois, à cause mon agenda surchargé, je n’y suis pas retourné depuis trois semaines.

Au soir de la première, les réactions étaient plutôt bonnes…
Les Français sont un peu partagés, car mon style est plus porté sur le fond que sur la forme. Je ne suis pas un show-man, je n’ai pas le sourire charmeur de certains chroniqueurs, je ne suis pas dans l’aisance ni la décontraction. Du coup, beaucoup de commentaires ont dit que j’avais l’air crispé, que je récitais mon texte. Des trucs qui font partie de mon style. Mais les Français sont en train de m’apprivoiser. Certains aiment, d’autres pas du tout. Je divise. Du côté suisse, je bénéficie d’un élan un peu particulier de patriotisme, de fierté irrationnelle d’avoir un des leurs là-bas.

Vous allez continuer à Quotidien?
J’y retourne la semaine prochaine. Ils m’ont calé quelques dates jusqu’à Noël. Quand ils en auront marre, ou quand j’en aurai marre, on arrêtera. On fonctionne à l’envie et ça, c’est cool. J’aimerais juste avoir le double de temps pour prépa-rer mes interventions et m’habituer à la présentation en télé. Ça m’énerve quand on me dit que je suis stressé. Je suis un peu narcissique: la critique, j’aime bien quand c’est moi qui la fais.

Depuis janvier, votre carrière a véritablement explosé…
Mon passage au Jamel Comedy Club, en août 2015, a été le déclencheur, le premier impact en France. A partir de là, tout s’est enchaîné. Durant les élections fédérales, j’ai fait L’abstentionniste tous les soirs à la télé durant deux semaines. Les chroniques sur les réseaux sociaux et sur One FM ont bien marché. Mais surtout, celle sur l’UDC en janvier a eu l’effet d’une étincelle. Ces derniers temps, mon passage à Quotidien a engendré une folie médiatique. Il me semblait que je parlais davantage aux journalistes qu’à ma famille. J’avais l’impression d’être François Hollande. Maintenant, les gens ont l’impression que j’habite à Paris. Alors que j’y suis allé trois jours en trois mois.

Vous venez de jouer en première partie de Gad Elmaleh et Kev Adams à Genève, devant 20000 personnes en quatre jours. Quelles sont vos impressions?
J’étais hyperpartagé. Artistiquement, je suis très éloigné d’eux, ce n’est un secret pour personne. Eux, c’est le show à gros budget, avec décor et huit danseuses. Moi, j’ai assez peu de danseuses sur scène… Et je me sens assez éloigné de Kev Adams, même si on a le même âge. Cela dit, j’ai un certain respect pour leur succès et leur carrière force le respect. Jouer devant 20000 personnes, ce n’est pas tous les jours. J’ai pu leur envoyer quelques blagues. Ça m’a légitimé d’un point de vue artistique. Pareil avec mes potes à Ebullition: j’adore les vanner, c’est comme ça que je corresponds avec les gens. En revanche, ce n’est pas le même plaisir que jouer dans des petites salles, où je peux interagir avec le public.

Mardi soir, vous avez plusieurs fois parlé de «garder les pieds sur terre»…
Si je n’arrive pas à garder les pieds sur terre, je perds toute ma légitimité, toute ma crédibilité. Or c’est la seule manière de pratiquer mon humour. Mes idoles, pour la plupart anglo-saxonnes, ont cultivé cet aspect. Elles sont restées au contact des gens normaux. En écrivant des chroniques depuis un an, je me rends compte que j’ai moins de trucs à raconter sur moi. Je vais essayer de diminuer ma charge de travail. Pour vivre des choses. Garder les pieds sur terre est essentiel. Je fais un métier certes public, mais pas plus valable que les autres. Forcément, j’ai besoin que les gens me connaissent, car j’interviens dans leurs loisirs. Mais ça ne fait pas de moi un être humain supérieur. Je ne pense pas que je vais prendre la grosse tête. Ma vie change et je dois apprendre à apprivoiser les gens qui m’arrêtent dans la rue pour prendre des photos. Je suis assez timide. Je suis très content que ça marche bien, mais il y a plein d’effets secondaires dont je me passerais volontiers.

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