Un loup de mer de 23 ans au départ du Vendée Globe

| sam, 29. oct. 2016

Alan Roura sera le seul Suisse à prendre le départ du Vendée Globe, dimanche prochain. A 23 ans, le Genevois est le plus jeune skipper de l’histoire de cette course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Il raconte la difficulté de monter un tel projet, son bateau, dont il «est amoureux», son enfance sur les océans.

PAR KARINE ALLEMANN

Un jour, quelqu’un fera un film sur Alan Roura. Le sourire ravageur, les éclats de rire spontanés, la décontraction d’un homme libre et la détermination d’un gamin surdoué. Largement de quoi inspirer les scénaristes. Et puis, il y a ce conte de fées qu’il s’apprête à vivre. Ou plutôt ce rêve de gosse. Dimanche prochain, Alan Roura sera le seul Suisse au départ du Vendée Globe. A 23 ans, il est le plus jeune skipper de l’histoire à s’élancer pour trois mois de navigation en solitaire. Ecrire que le Vendée Globe est une course mythique est par trop réducteur. Ce tour du monde sans escale et sans assistance est la plus grande aventure humaine de notre époque.
Dans l’effervescence des Sables-d’Olonne où il fignole son «meilleur pote» avant le grand départ, Alan Roura se pose quelques instants – sur le pont de son bateau bien sûr – et présente la course qui l’attend.

Alan Roura, de quoi seront faites vos journées, et vos nuits sans doute, avant le grand départ de dimanche prochain?
Je devrais être en train de me reposer, mais il y a encore beaucoup de boulot et je connais le bateau par cœur. Alors je dois mettre les mains dans la colle pour qu’il soit aux petits oignons! La journée commence à 7 h 30 et se termine vers 22 h. La nuit, j’essaie de bien dormir pour partir dans la meilleure forme possible.

Quelle est l’ambiance aux Sables-d’Olonne?
Tous les jours, environ 80000 personnes déambulent sur les pontons pour voir les bateaux. C’est assez impressionnant, mais apparemment c’est normal. L’ambiance est plutôt festive, avec beaucoup de monde, de la musique, des questions, des autographes, des photos. Ils ont créé tout un village, avec un musée. C’est assez sympa.

Combien de personnes sont présentes pour vous aider?
Nous sommes quatre dans l’équipe, parfois six (lire ci-contre). Notre bateau, c’est une des attractions. Parce que beaucoup de gens ont participé à sa construction à l’époque. Ils sont hyper heureux de le revoir et ils ont envie que je parte dans de bonnes conditions. Alors ils nous proposent spontanément de nous filer des coups de main. Ils le font d’autant plus volontiers que nous sommes la plus petite équipe, avec le plus petit budget (350000 euros actuellement) et l’un des plus vieux bateaux de la flotte.

Pourquoi avoir choisi Super-Bigou, l’ancien bateau de Bernard Stamm?
Parce que le plan du bateau me plaisait, parce que c’est celui de Bernard, aussi, et parce qu’il a beaucoup navigué et qu’il est fiabilisé. Pour un premier Vendée, c’est tout ce que je voulais: un bateau fiable. Et puis, un peu pour perpétuer les traditions suisses. Je suis en contact avec Bernard assez régulièrement. Il essaie de nous aider du mieux qu’il peut pour qu’on puisse faire ça bien.

Qu’est-ce qu’il a de particulier par rapport aux autres?
C’est le bateau le plus léger de la flotte. Sa carène (partie immergée de la coque) est faite pour le Grand-Sud. Il a fini trois tours du monde, dont deux victoires, et il a battu plein de records. Il est de l’ancienne génération, mais à l’époque il était très en avance sur son temps. Alors, aujourd’hui, on est dans la moyenne.

Le fait que vous soyez le plus jeune skipper de l’histoire du Vendée Globe crée le buzz autour de vous. Mais est-ce facile de «vendre» votre projet à 23 ans?
Pas du tout! Mon âge, c’est très bien au niveau de la communication. Mais à côté de ça, pour trouver des sous, pour gagner en crédibilité auprès des autres skippers et des entreprises, c’est la guerre depuis qu’on a lancé notre projet. En gros, il faut se sortir les doigts du... pour prouver qu’on est capable d’être chef d’entreprise, mécano, électro, chercheur de sponsors... Je pense qu’on arrive enfin à gagner la crédibilité qu’on voulait.

Lors de la dernière édition du Vendée Globe, une application permettait de suivre les bateaux et de nombreuses vidéos étaient postées par les skippers. Serez-vous très présent sur les réseaux sociaux?
Cette communication coûte très cher et on n’en a pas les moyens. Donc ça va être de temps en temps, pour donner des nouvelles. Et aussi pour répondre aux obligations vis-à-vis des organisateurs. Pour le reste, je n’ai pas envie de rester devant mon ordi. Je veux faire ma course, vivre mon trip, et envoyer ce qu’il faut envoyer. Honnêtement, si je suis au milieu de l’eau, c’est pour la liberté, pas pour être sur Facebook.

Le Vendée Globe est la plus extrême et la plus difficile des courses au large. En quoi l’est-elle?
Le fait de passer trois mois en mer, déjà. A côté de cela, il y a tout l’aspect mental. Tenir trois mois seul sur un bateau, autour du monde, avec les bons et les mauvais moments, les casses... Ce n’est pas simple. Une casse peut vraiment atteindre le moral. Donc il faut se battre constamment pour gérer tout ça.

Quel est votre objectif en course?
J’aimerais faire moins de 100 jours et terminer devant quelques bateaux de l’ancienne génération, comme le mien. Ce serait déjà génial!

 

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«Je vais pleurer en passant le chenal»


Un héros de cinéma, on vous dit. Alan Roura a huit ans quand sa famille met les voiles pour un tour du monde sur un bateau. Pendant onze ans, les parents et les quatre enfants vont parcourir l’Atlantique et le Pacifique sur un voilier. «On s’arrêtait un peu partout dans le monde pour chercher des petits boulots. Toute la famille s’y mettait. Le but était de stabiliser le budget, puis on repartait.»
Quel rapport a-t-il avec la mer? «C’est mon terrain de jeu, j’y ai grandi et j’adore ça. C’est sûr qu’on ne peut pas me mettre dans un bureau. En fait, je suis amoureux de la mer et amoureux de mes bateaux. Voilà: en gros, c’est ça.»
Quand on lui demande le coin de mer qu’il affectionne, le Genevois répond les Tonga, en Polynésie. «Je pourrais y passer le reste de ma vie. Enfin, presque...» C’est que l’homme veut encore voir du pays. Ou plutôt de la mer. Comme le Grand-Sud, qu’il ne connaît pas. En effet, passé le cap de Bonne-Espérance, au large de l’Afrique du Sud, un autre monde s’ouvre aux navigateurs qui contournent l’Antarctique par les 40es rugis­sants. «Ce sera une découverte et je m’en réjouis.»
Le jeune marin a-t-il quelques appréhensions? «J’ai toujours des inquiétudes, bien sûr. Mais je préfère rester tête baissée sur mon bateau et ne pas y penser. Si on commence à stresser, on n’est pas sorti... Et puis, c’est juste de l’eau. De l’eau et un bateau.»
S’il élude un peu la question, donc, Alan Roura reconnaît que la peur est bien présente. «Pendant une course au large, bien sûr que ça arrive d’avoir peur. On stresse sur le moment et le lendemain, c’est oublié, et ça nous a rendus plus forts. La mer a ce côté génial: elle nous force à apprendre vite et à surmonter nos peurs.» Le jeune homme emportera avec lui ses porte-bonheur: une peluche et un petit éléphant. «Ainsi que des photos et quelques messages. Des choses qui me remonteront le moral de temps en temps.»
Par son côté extrême et ses passages dans des lieux aussi hostiles, le Vendée Globe provoque beaucoup de fantasmes dans l’imaginaire du public. Et de l’admiration, surtout. Alan Roura a pu s’en apercevoir, ces jours aux Sables-d’Olonne: «Certains, on les revoit chaque jour devant le bateau. Il y a quelque chose de magi­que. Les gamins ont les yeux pleins de rêves, on voit qu’ils aimeraient faire ça plus tard, comme moi à leur âge. C’est génial.»
Avec son physique à la Romain Duris (ou Gustavo Kuerten), le navigateur suisse doit être le chouchou du public, et notamment des filles, non? La question le fait marrer: «Ah bon? Je ne sais pas... C’est vrai que, la journée, je me cache un peu, car les gens ont tendance à nous courir après. Alors je porte une cagoule et de grosses lunettes. Il faut dire que c’est vraiment la folie, ici.»
Forcément endurci par l’expérience accumulée – il s’est formé tout seul, en autodidacte – l’homme se décrit volontiers comme un sensible, un émotif. «Dimanche prochain, je sais que je vais pleurer au moment de passer le chenal. Parce que je pleure à chaque départ.»
Alan Roura ne sait pas exactement ce qui l’attend. Ni combien de temps il mettra pour boucler le tour du monde. Mais il est sûr de deux choses: à son retour, il faudra bien se plier au bain de foule. «Mais vite fait.» Car il sait aussi qu’une fois cette formalité accomplie, il aura besoin de retourner seul sur son bateau. «J’aime le retrouver, lui parler, le remercier. On forme un duo. Et puis, un bateau, ce n’est pas qu’un objet. C’est vivant, ça a une âme. Je lui parle tout le temps, tous les jours. Bon, j’essaie de ne pas passer pour un fou. Il ne me répond pas encore, alors ça va...» KA

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