Un réseau cantonal pour soigner les requérants d’asile

| jeu, 20. oct. 2016

En Suisse, les demandeurs d’asile sont couverts par l’assurance maladie de base. Chaque canton organise comme il l’entend la prise en charge médicale de cette population. Illustration au centre d’hébergement des Passereaux, à Broc.

PAR XAVIER SCHALLER

Omar a la tuberculose. Le jeune Ethiopien ne le sait que depuis quelques semaines. «J’avais perdu pas mal de poids, je toussais et je me sentais fatigué. C’est tout.» Après une consultation chez un médecin généraliste, le requérant d’asile a directement pris la direction de l’Hôpital cantonal, à Fribourg. Là, des analyses complémentaires – prélèvements de salive, d’urine et de selles, radios et scanner – ont confirmé les soupçons.
Cette forme de tuberculose est difficile à détecter, mais pas contagieuse. Omar a pu rentrer au Foyer des Passereaux, à Broc, après une dizaine de jours.
Sinon, l’hospitalisation aurait duré deux semaines. «Heureusement que j’avais une assurance maladie», conclut l’adolescent de 15 ans. Et que le personnel du centre d’hébergement gruérien a été attentif.
«Dès son arrivée, début septembre, nous avons vu que quel-que chose clochait, se souvient Stéphane Buchs, responsable du foyer. Même si Omar ne se sentait pas malade.» Au centre fédéral d’enregistrement et de procédure, un mois avant, le questionnaire médical obligatoire n’avait rien révélé.


Permanences médicales
Pour le mineur non accompagné éthiopien, la prise en charge médicale a été accélérée. Mais à Broc, tous les nouveaux venus passent chez un médecin référant pour une prise de sang. Celui-ci vient au foyer deux semaines après, pour leur présenter leurs résultats. Chaque résident effectue aussi une anamnèse médicale avec l’infirmier du centre et se voit proposer les vaccins standards.
Durant son séjour, il peut ensuite se rendre librement aux consultations hebdomadaires. «Nous offrons, au minimum, deux demi-jours de présence infirmière dans chaque institution», souligne Marie Guisolan, coordinatrice cantonale pour les questions d’asile et des réfugiés. «Dans les foyers, mais aussi à Bulle, à Romont et à Fribourg, pour les réfugiés vivant en appartement.» Des traducteurs sont présents si nécessaire.
Ce service fait partie intégrante du mandat de l’entreprise ORS Service AG, à qui le canton a confié l’hébergement et l’encadrement des requérants. L’ensemble des 621 places d’accueil occupent plusieurs infirmiers, soit 2,8 équivalents plein-temps. «A Neuchâtel, par exemple, il n’y a pas de permanences médicales dans les centres, note Stéphane Buchs. Dès qu’un résident a besoin de soins, son assistant social lui prend un rendez-vous chez le médecin.»
Tous les demandeurs d’asile bénéficient des prestations de base définies par la Loi sur l’assurance maladie. Les primes, les franchises et les quotes-parts sont payées par le forfait que la Confédération verse aux cantons pour l’accueil de ces migrants. «A Fribourg, ce montant s’élève à 1475 fr. 34 par personne et par mois, note Marie Guisolan. Dans le calcul fédéral, qui tient notamment compte du coût de la vie dans chaque canton, les dépenses de santé comptent pour 378 fr. 75.» Afin de limiter les frais administratifs, l’Etat de Fribourg a confié l’ensemble des dossiers à une seule caisse maladie, la Visana.
Les soins dentaires d’urgence sont couverts hors assurance, jusqu’à 500 fr. par année. Au-delà de ce montant, une demande est adressée au médecin-dentiste-conseil, qui décide d’accorder ou non les soins. Le canton doit encore assumer le coût des «moyens auxiliaires» que l’AI ne rembourse pas: prothèses, appareils auditifs, fauteuils roulants… Car la règle est simple: si la personne avait un handicap avant son arrivée en Suisse ou si elle n’y réside pas depuis au moins dix ans, l’AI n’entre pas en matière.


Des jeunes en bonne santé
Dans tous les cas, les services cantonaux assurent que le suivi est serré, afin de ne pas créer d’inégalités de traitement. «Comme mes médicaments coûtent assez cher, une personne a dû signer pour moi, pour assurer que je suivrai correctement les prescriptions», indique d’ailleurs Omar.
Le système, carré, semble fonctionner. Les organisations de défense des migrants ne s’en mêlent d’ailleurs pas. Au niveau santé, elles s’occupent plutôt des réfugiés – ceux qui ont obtenu un permis de séjour – des sans-papiers et des personnes déboutées.
Selon Stéphane Buchs, les maladies chroniques restent de toute façon peu nombreuses parmi la population des requérants. «Il y a quelques cas de diabète et autres, mais c’est moins de 20% de nos résidents. Les gens qui prennent le chemin de l’exil sont plutôt des jeunes en bonne santé.» Il se souvient néanmoins d’un Syrien souffrant d’ostéogenèse imparfaite, plus connue sous le nom de maladie des os de verre. «Vu ses besoins, il a été placé dans un foyer pour personnes âgées.»

 

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Dépistage précoce demandé


Depuis 2006, tous les requérants d’asile sont soumis à un questionnaire sur la tuberculose, dans les cinq jours suivant leur arrivée dans un centre fédéral d’enregistrement et de procédure (CEP). Un logiciel, disponible en 32 langues, permet de répondre à une série de questions. L’objectif est de détecter les quelque 6% de requérants souffrant de tuberculose. Mais 90% des malades passent au travers des mailles du filet. Ils ne seront diagnostiqués qu’à leur arrivée dans les centres d’hébergement.
«En général, nous apprenons la veille l’arrivée d’un nouveau quota de requérants», indique Marie Guisolan, coordinatrice du canton de Fribourg pour les questions d’asile et des réfugiés. Une liste a été établie, à la demande des cantons, pour définir les cas lourds qui doivent être signalés au moins trois jours avant le transfert.» A l’avenir, les cantons demandent également que des problèmes tels que la galle soient aussi annoncés à l’avance. Pour éviter la contamination des centres d’hébergement et pour améliorer la prise en charge. XS

Commentaires

Et quand je pense que chez nous en Suisse des gens ne vont plus chez le dentiste ou chez le médecin c'est tout simplement un scandale

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