«A long terme, le monde entier sera perdant»

| jeu, 10. nov. 2016

A la suite de l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, le professeur Sergio Rossi explique quelles pourraient être les conséquences économiques du programme du républicain.

Par Valentin Castella

Au fil des heures, le monde économique s’est mis à frissonner et l’officialisation de l’élection de Donald Trump en tant que président des Etats-Unis a définitivement glacé l’univers de la finance, à l’image des marchés qui ont dévissé en Asie, du cours du dollar qui a baissé et celui du peso mexicain, qui n’avait jamais connu une chute aussi vertigineuse. Hier, au petit matin, les banques suisses et étrangères ont chargé leurs communicants de calmer le jeu. Mais le simple fait que chacune se sente obligée d’expliquer les conséquences de cette élection démontre bien que les financiers ne s’attendaient pas à un tel
scénario. Professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, Sergio Rossi revient sur le programme économique du républicain.

Comment avez-vous réagi en apprenant la nouvelle?
Sergio Rossi. Je me suis dit que nous nous trouvions déjà sur
une pente glissante et qu’elle s’est accentuée davantage, que nous glisserons donc plus vite vers le bas. Nous allons tomber dans un trou noir duquel nous ressortirons avec beaucoup de douleur et de difficultés dans plusieurs années. Il faudra, à mon sens, une génération pour voir le monde changer. J’aurai bientôt 50 ans et, jusqu’à ma retraite, je ne pense pas voir d’améliorations sur le plan économique et donc aussi au niveau social.

Comment expliquez-vous les réactions sans équivoques des marchés?
En campagne, Trump n’a cessé de promouvoir le protectionnisme, de dénoncer par exemple le partenariat transatlantique de libre-échange. Il s’est également montré très protectionniste par rapport aux flux migratoires. Autant de discours qui ne vont pas encourager les entreprises à investir comme auparavant aux Etats-Unis. Elles vont même peut-être chercher à délocaliser une partie de leurs activités dans la zone euro ou en Suisse. Ces craintes ont contraint les acteurs financiers à agir rapidement, afin de se mettre à l’abri d’une dépréciation du dollar.

Durant sa campagne, Trump promettait une baisse d’impôts touchant les personnes les plus aisées. Qu’en pensez-vous?
Cette baisse ne va pas les encourager à consommer davantage. Ils vont plutôt placer leurs avoirs sur les marchés financiers du monde entier. Cela va accentuer le déficit budgétaire américain. Les recettes fiscales vont baisser et l’Etat sera moins fort. Il devra couper dans les dépenses. La classe moyenne américaine va en souffrir et réduire sa consommation. Les investissements des entreprises vont être moindres et les finances publiques vont en pâtir. On entre dans un cercle vicieux.

Une certaine partie de la classe moyenne a pourtant soutenu Trump…
Ces personnes ont certainement voté contre l’establishment, dont Hillary Clinton était le symbole. Alors que Trump a dit qu’il voulait contrôler la finance. Sauf qu’il ne pourra pas mettre en œuvre son plan. Il va rapidement être mis sous pression par les institutions financières, qui vont lui faire comprendre que sa politique antifinance ne mène nulle part.

Des pays peuvent-ils tirer profit de cette élection?
A long terme, le monde entier va être perdant. Mais, à court terme, des pays comme le Royaume-Uni, si les activités financières se délocalisent vers Londres, pourraient être gagnants. Il faudra toutefois attendre que le Brexit soit officiellement activé.

Et la Chine, qui pourrait se voir infliger des droits de douane de 45%?
Elle peut être satisfaite, car elle va émerger plus rapidement en tant que nouvelle puissance économique mondiale. Le dollar américain s’était imposé comme monnaie de référence à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dé-sormais, les Etats-Unis vont perdre encore davantage d’importance au profit de l’économie chinoise, dont la monnaie va, dans une vingtaine d’années, devenir celle de référence.

Toutes ses déclarations émises durant la campagne sont-elles applicables?
L’annoncer durant une campagne est une chose. Mettre en œuvre ses dires en est une autre. Je ne pense pas qu’il puisse décider tout seul de dénoncer par exemple un accord qui se négocie avec l’Union européenne depuis plusieurs années. Il va sans doute être accompagné d’une équipe de conseillers économiques qui ne va pas l’encourager à entreprendre telle ou telle action. Il devra trouver son chemin entre l’attente de ses supporters et la réalité. Au départ, il devrait s’entourer de personnes en accord avec ses idées. Mais, lorsqu’il comprendra qu’il n’y arrivera pas de cette manière, il embauchera des conseillers plus modérés.

A l’image de son premier discours, lorsqu’il a tenté de rassurer les marchés en proclamant qu’une collaboration avec les partenaires économiques étrangers n’était pas exclue…
Cela montre qu’il peut dire tout et son contraire en moins de vingt-quatre heures.

Donald Trump n’est pas un défenseur de l’écologie. Il souhaite même freiner l’accord de Paris sur le climat conclu en 2015. L’innovation dans ce domaine va-t-elle être ralentie?
Trump va devoir se rendre à l’évidence que les énergies renouvelables constituent un moteur de croissance pour l’économie américaine. Je pense qu’il va le comprendre et entamer un virage par rapport à sa campagne.

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La Suisse sera-t-elle touchée?
Quelques heures après l’avènement de Trump, le conseiller fédéral Didier Burkhalter
a affirmé que «rien ne change» pour la Suisse. Sergio Rossi n’est pas du même avis. Selon le professeur, «des conséquences dramatiques» pourraient survenir à court terme. Il s’explique: «Le franc suisse, qui est une valeur refuge, pourrait s’apprécier par rapport au dollar. Dans ce cas, les entreprises helvétiques qui exportent pourraient souffrir et mettre à nouveau sous pression les travailleurs, la consommation et le marché immobilier.»

Selon le Tessinois, ces incidences pourraient jaillir en 2017: «Pour l’instant, Obama est toujours le président. On verra en début d’année quelle sera l’équipe qui va entourer Trump et quelle sera sa capacité à le faire raisonner.»

Commentaires

Je pense que vous avez bien tort de penser comme cela. En effet, la classe moyenne aux Etats-Unis est en train de mourir petit a petit. Tout le monde en a assez de l'hypocrisie des Clinton et des corruptions qui ne sont pas moindre qu'au Mexique et autres pays d'Amérique centrale et sud. Il est temps de faire quelque-chose a ce sujet. Je pense que les personnes choisies par Donald Trump sont des gens qui ont démontre qu'ils sont capables . Il n'est certainement pas un politicien , mais au contraire quelqu'un qui a su faire son chemin et démontrer ce qu'est vraiment l'Amérique, le pays d'opportunité pour tous et le pays le plus puissant du monde et qui doit le rester. Ce pays n'est pas un pays socialiste. Thank you. et quiconque vit aux Etats-Unis et y a fait son chemin peux le comprendre .

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