La surprise du premier tour redistribue les cartes

| mar, 08. nov. 2016

Le scénario inattendu de dimanche force l’entente de droite à des choix douloureux pour le second tour. Et conditionne le succès de l’alliance de gauche à une bonne mobilisation… du centre.

 

Par Jean Godel et Eric Bulliard

«Au premier tour, l’entente de droite n’a pas fonctionné en multilatéral, mais en unilatéral au profit du PDC. Il y a eu un jeu de vases communicants au détriment de l’UDC.» A l’appui de la théorie de Gilbert Casasus, professeur à l’Université de Fribourg, le décryptage des bulletins de vote montre que les électeurs du PDC ont eu la main lourde: un sur trois a biffé le nom de l’UDC Stéphane Peiry sur la liste de l’entente de droite.

Les troupes de l’UDC, elles, sont restées disciplinées en ne biffant que peu le PDC Olivier Curty. «L’entente de droite a parfaitement fonctionné pour le PDC, grâce à l’UDC», traduit le socialiste Jean-François Steiert. «Mais les électeurs du PDC et du PLR ne le lui ont pas rendu.»

Réflexe régionaliste
André Scoenenweid admet un coulage d’un tiers environ des fûts PDC destinés à l’UDC Stéphane Peiry. Mais, à en croire le président du PDC, il ne faut pas voir là de colère anti-UDC, mais un réflexe régionaliste visant à soutenir les candidats germanophones de l’entente. Notamment en Singine et dans le Lac où ses candidats bilingues Curty et Wüthrich – mais aussi le socialiste Steiert – ont raflé la mise.

«Oui, l’entente a mieux joué pour le PDC et le PLR, mais surtout par défense de la communauté linguistique et parce que Stéphane Peiry n’est pas germanophone», admet André Scoenenweid. «Or, ces réflexes ne joueront plus au second tour.»

Aucune fronde anti-Peiry, donc, d’autant que le candidat UDC «s’est coulé dans le moule de l’entente et n’a eu aucun dérapage xénophobe durant la campagne», apprécie le patron du PDC. «L’UDC a été plus biffée parce qu’elle polarise plus par nature», tempère Jacques Boschung, chef de campagne de l’entente. Lui a beaucoup apprécié la campagne de Stéphane Peiry, «quelqu’un de hautement collaboratif». Mais il rappelle toutefois que ses 13000 voix supplémentaires par rapport à Pierre-André Page en 2011, il les doit entièrement à l’entente.

Le PLR dit vouloir jouer le jeu
Les états-majors des partis de droite étaient, hier, en ébullition. Et rien ne transpirera avant les assemblées respectives de ce soir et demain. Par déduction, on en saura plus entre deux puisque les candidats en ballottage ont jusqu’à demain, midi, pour annoncer leur éventuel retrait…

Président du PLR, Didier Castella constatait, dimanche, que «le PLR continuera à soutenir l’entente en poursuivant le même objectif». Une entente qui prévoit que se maintiennent au deuxième tour les cinq candidats ayant obtenu le plus de voix, moins le nombre d’élus du premier tour. Avec, précision importante, au minimum un représentant par parti.

Or, l’entente a vu quatre de ses représentants élus au premier tour, mais aucun UDC. «Nous n’avions pas anticipé cette configuration-là», reconnaît Didier Castella. Stéphane Peiry doit-il partir seul? Ou Peter Wüthrich va-t-il aussi se lancer, fort de ses presque 2000 voix d’avance sur le candidat UDC? «Il faudra effectuer une analyse fine pour déterminer ce qui est le mieux pour l’entente.» L’objectif demeurant un cinquième siège, est-ce préférable de lancer deux candidats? ou l’entente, avec cette double candidature, paraîtra-t-elle prétentieuse, en visant six sièges sur sept? «A Lausanne, ça se fait», sourit Didier Castella, en référence aux six élus de gauche de la municipalité, face à un seul PLR.

Une telle ambition (six sièges dans le viseur) risque de mal passer au sein même de l’entente, notamment au PDC où certains refusent tout net ce qu’ils considéreraient comme une transgression de la convention. «Il y a des arguments pour cinq sièges sur sept, pas pour six sur sept», admet André Schoenenweid. «On ne veut pas une majorité qui représenterait plus que notre force électorale. L’objectif demeure cinq sièges.»
A gauche, on apprécierait même que la droite en reste à ses quatre élus: «Je la félicite, mais il faut maintenant qu’elle parte en vacances», lance, mi-sérieux, le président du Grand Conseil Benoît Rey (CG-PCS). «Un siège de plus serait exagéré.»

Tout dépendra donc de la position du PLR. Un élément reste clair pour son président Didier Castella, «Stéphane Peiry a la priorité». Mais, de son côté, Peter Wüthrich se dit prêt à y aller. «Je suis à disposition, mais la décision sur ma présence au deuxième tour n’est pas dans mes mains», indique le Broyard.

Respect de la convention
Roland Mesot veut y croire, lui qui sait son parti dans une situation délicate. Car le peuple, souverain, a déjoué la convention en plaçant un deuxième PLR devant le candidat de l’UDC… «Selon notre convention, réaffirme le président de l’UDC, c’est Stéphane Peiry qui va au second tour, malgré le score de Peter Wüthrich. Là-dessus, je n’ai aucune crainte.»

Au PDC, on ne dit pas autre chose: «Il y a toujours une part de stratégie dans une élection, rappelle André Schoenenweid. Certaines, gagnantes, peuvent amener à des choix douloureux. Le peuple le comprend.»
La droite hors UDC, elle, devra tout faire pour empêcher la démobilisation de ses électeurs. Car démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux ont déjà atteint leurs objectifs: vont-ils battre campagne pour Stéphane Peiry, alors que nombre d’entre eux l’ont biffé dimanche? Du côté de Didier Castella, aucun doute: «Le PLR fera le maximum pour motiver ses troupes.»

Rééquilibrage indispensable
A gauche, on l’a appris d’élection en élection, si le premier tour est celui où l’on montre ses muscles, le second est le temps du rééquilibrage. Or, l’alliance de gauche, elle aussi, peut souffrir d’un manque de mobilisation du centre-droit: «Si l’UDC est en réel danger, analyse Gilbert Casasus, la gauche, elle, doit tout faire pour corriger le tir. Or, elle n’y parviendra qu’avec l’apport du centre-droit.»

Surtout que le premier tour, estime-t-il, a montré une gauche, et d’abord un PS, à court de nouvelles personnalités: «La dream team des Berset, Levrat et Steiert n’a pas réussi à se renouveler.» Cela dit, termine Gilbert Casasus, si ce rééquilibrage s’opère, si l’UDC, triomphante à Berne, mord la poussière à Fribourg, ce serait une nouvelle démonstration de cette vieille «alliance du non-dit» entre PS et PDC en terres fribourgeoises.

Le 27 novembre, l’alliance de gauche devra donc compter sur une mobilisation sans faille de ses troupes que la votation sur la sortie du nucléaire pourrait booster. On mise aussi sur l’effet épouvantail d’un Stéphane Peiry que l’on se plaît à décrire très à droite de l’échiquier politique. «Je suis convaincu, conclut Jean-François Steiert, que la population veut un Gouvernement qui ne fasse pas de la politique, mais apporte des solutions. Un Gouvernement qui respecte toutes les sensibilités du canton.» Dont celles d’une moitié de femmes

 

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