Soulager les souffrances des musiciens

| mar, 15. nov. 2016

Avec des gestes répétitifs, la pratique musicale est souvent une mise en contrainte du corps. Certains musiciens souffrent de troubles, notamment musculosquelettiques. L’ergothérapeute Viviane Bussmann s’est spécialisée dans leur prise en charge.

Par Xavier Schaller

La recherche de performance et l’entraînement intensif ont mis leur corps à rude épreuve. Ils jouent sous infiltration ou carburent aux antidouleurs. On ne parle pas de sportifs mais de musiciens.
Car les pathologies liées à leur art sont nombreuses, avec notamment des troubles musculo-squelettiques (TMS). A Bulle, une ergothérapeute, Viviane Bussmann, s’est spécialisée dans le traitement ou la prévention de ces dysfonctionnements.

Convaincue qu’une prise en charge spécifique est nécessaire, cette spécialiste de la main a suivi, en France, une formation complémentaire de médecine des arts. Elle a aussi adhéré à l’Association suisse de médecine pour musiciens, créée à Berne en 1997.
 

Le bouche-à-oreille
Informés par le bouche-à-oreille ou par une recherche internet, les instrumentistes viennent la consulter de leur propre chef. «Professionnels, étudiants en musique, mem-bres de fanfares, chacun vient avec son instrument. Je l’observe attentivement jouer et je cherche par quel bout empoigner le problème.» Elle s’intéresse également à ce qui a déjà été entrepris.

Maxence Léonard, 20 ans, joue du violoncelle depuis l’âge de 5 ans. L’habitant d’Etagniè-res (VD) a souffert de douleurs récurrentes dans le bras et l’épaule. «J’ai entendu parler de Viviane Bussmann dans une émission de radio.» Alors suivi par une chiropraticienne, il a obtenu une ordonnance médicale pour travailler avec l’ergothérapeute bulloise.
 

Des fous de performance
«J’ai compris que mes problèmes étaient dus à un défaut de position des épaules et à un manque de relâchement.» Après plus de dix séances, ses douleurs se sont estompées. Trop tard. «Je n’ai réussi ni à entrer à la Haute Ecole de musique de Lausanne en classe de violoncelle ni à passer mon certificat. Je n’avais pas pu m’entraîner suffisamment.» Il joue toujours du violoncelle, de la basse et de la guitare, mais s’est orienté vers des études de chant.

«Je suis consciente de demander aux musiciens un investissement important, note Viviane Bussmann. Changer la position du coude ou de l’épaule modifie des repères proprioceptifs acquis de longue date. Il est donc primordial que le musicien se sente tout de suite mieux dans son corps et retrouve le plaisir de jouer.» A terme, pratiquement tous jugent que leur son s’est amélioré, avec davantage de volume ou de rondeur.

«Ils doivent aussi accepter de diminuer, au moins temporairement, leur charge de travail. Ce n’est pas toujours possible, car certains arrivent dans l’urgence. Du genre: “J’ai un mal de chien et les Fêtes musicales de Bulle dans deux semaines.”»

Dans une étude, effectuée auprès de 56 orchestres internationaux, la moitié des musiciens présentaient des douleurs pendant le jeu. «Certains musiciens ne pensent pas à leur corps, alors qu’il est la base de la pratique d’un instrument», déplore Viviane Bussmann.

Considérée comme normale, la douleur ne les alerte pas. Même les problèmes fonctionnels sont minimisés. «Les musiciens professionnels sont des fous de performance, des fous de précision et des fous de travail, constate la thérapeute. Si leur jeu se détériore, ils mettent ça sur un manque d’entraînement. Leur premier réflexe est d’augmenter la dose de travail.»
 

Un sujet tabou
Le surmenage musculaire et nerveux peut conduire à une dystonie de fonction, appelée aussi crampe du musicien. «Le cerveau s’embrouille et le trouble devient neurologique. Certains gestes techniques spécifiques ne peuvent plus être accomplis et c’est parfois irrémédiable.»

Des années peuvent aussi se passer avant que les interprètes ne consultent. «Ils préfèrent taire leurs maux. Un climat d’intense compétition règne dans ce milieu. Parler de ses troubles, c’est risquer d’être mis à l’écart ou de manquer un contrat. Jouer sous antidouleur ou sous infiltration n’est pas rare.» (voir encadré)
 

Alexander et Feldenkrais
Les professeurs de musique sont, de plus en plus, conscients des risques physiques. Cer-tains utilisent la sophrologie ou des méthodes qui permettent de prendre conscience de son corps, comme celles de Feldenkrais ou d’Alexander. «Je connais, par exemple, une enseignante de flûte qui applique cette dernière technique pour elle-même, explique Viviane Bussmann. Mais l’enseigner à ses élèves ne va pas de soi. Les gens paient pour trente minutes de cours de musique. Peu acceptent de prendre dix minutes pour faire de la gym.»

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«Un rythme plus naturel»

Selon Laurent Gendre, directeur de l’Orchestre de chambre fribourgeois (OCF), «il arrive que des musiciens se retrouvent en congé maladie, parfois de longue durée». Mais ce n’est pas un sujet de discussion courant au sein de la formation. En plus de corriger leur geste, l’ergothérapeute Viviane Bussmann rend les musiciens attentifs à leur hygiène de vie: hydratation suffisante, progressivité de l’action et respect de temps de pauses. «Dans les orchestres, beaucoup de choses se sont améliorées pour arriver à un rythme plus naturel», souligne Laurent Gendre. Des règles limitent, par exemple, la durée des répétitions – trois heures le matin et deux heures et demie l’après-midi, en horaire continu, à l’OCF. «En tant que directeur, je ne vais pas utiliser chaque minute de leur présence, simplement parce que cela fait partie du contrat.» Il souligne également que la situation financière des interprètes s’est améliorée. «Il y a quelques décennies, la plupart des musiciens d’orchestre devaient enseigner entre les répétitions. Aujourd’hui, ils peuvent généralement vivre de leurs salaires.»

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