L’uréthane pour retoucher les codes de la mode

| jeu, 01. déc. 2016

Vanessa Schindler a remporté le premier prix lors du défilé de la Haute Ecole d’art et de design de Genève. La Bulloise expérimente l’utilisation de l’uréthane dans la confection de vêtements et d’accessoires de mode. Une bourse de 50000 fr. va lui permettre de poursuivre ses recherches, entamées durant son master en design mode.

PAR XAVIER SCHALLER

Vanessa Schindler veut devenir «artisan-designer». Son objectif est de réaliser toutes les étapes de ses créations de mode au sein de son propre atelier. «Afin de pouvoir défendre une réelle autonomie de production.» Master de design mode en poche, elle vient d’obtenir une bourse de 50000 francs afin de poursuivre ses recherches. Celles-ci portent principalement sur l’utilisation de l’uréthane dans la confection de vêtements et d’accessoires.
«Mon parcours a été long et sinueux», note la Bulloise de 28 ans, maintenant domiciliée à Vevey. A ses cinq ans d’étude, il faut ajouter une année pro-pédeutique pour accéder à la Haute Ecole d’art et de design de Genève (Head) après le collège à Bulle et trois années de stages (une aux Etats-Unis durant son bachelor et deux avant d’entamer le master).


De nombreux stages
«Dans un premier temps, je n’avais pas envisagé de poursuivre mes études. Après le bachelor, je suis partie à Paris.» Chez Etudes Studio, puis Balenciaga où elle travaille sous les ordres de Nicolas Ghesquière. «Il a une approche expérimentale, à la recherche de nouvelles technologies. Tout ce qui me faisait rêver.» Elle côtoie aussi les artisans du vêtement, dont elle observe les techniques et les savoir-faire.
Elle poursuit son périple à Copenhague, chez Henrik Vibskov et Alexander Wang. «C’est cette dernière expérience qui m’a amenée à reprendre mes études, pour faire de la recherche.» Dans toutes ces maisons de couture, les vêtements destinés aux défilés sont fabriqués sur place, mais le reste est délocalisé avec des productions à la chaîne. «La notion de rentabilité y est extrême.»
Naît chez Vanessa Schindler le désir d’échapper à cette logique. «Pour être autonome, je devais sortir du modèle coupé-cousu-surpiqué, qui prend un temps fou et coûte cher.» Elle réfléchit à des techniques lui permettant de tout faire elle-même ou presque. Elle se tourne d’abord vers la maroquinerie, en imaginant mouler des sacs. «J’avais besoin d’une matière qui peut être travaillée sans processus industriel lourd et qui reste souple après le séchage.»


Expérimenter l’uréthane
Elle se renseigne, demande aux gens autour d’elle et notamment à des amis à l’EPFL, en sciences et génie des matériaux. «On m’a finalement mise en contact avec un monsieur qui moule des crosses de fusil et d’autres objets sur mesure. Il m’a directement conseillé d’utiliser de l’uréthane.» Un polymère disponible dans toutes les densités que Vanessa Schindler expérimente de façon très instinctive.
Dans son atelier de Renens, une grande halle industrielle désaffectée, elle essaie un peu tout, s’amuse et découvre le registre des possibles de cette matière. «Mielleux, l’uréthane entre dans les fibres des tissus et les fige, donnant une étoffe dure et gommeuse. Il se travaille très bien avec des moules en silicone, une technique que j’avais précédemment apprise.» Elle teint aussi le polymère, soude des tissus sans couture ou fabrique des fenêtres translucides dans les vêtements.


Un prix et une bourse
Le défilé des diplômés, il y a deux semaines à la Head, lui a permis de présenter ses créations. Celles-ci ont surpris et convaincu le jury, qui ne s’attendait pas à ce genre de proposition. Le Prix master Mercedes-Benz, doté de 10000 francs, lui a été décerné à l’unanimité, ce qui arrive rarement. «Cette somme devrait couvrir les frais de fabrication des treize tenues de ma collection.
Quant à la bourse de 50000 francs, obtenue lundi – l’un des prix d’excellence 2016 de la Fondation Hans Wilsdorf – elle lui permettra de continuer ses recherches. «J’espère aboutir à quelque chose de concret. Je me consacre aussi à la promotion de ma collection, pour laquelle j’ai eu quelques propositions de shooting et d’articles de magazines.»

 

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«Je me sens parfois comme une extraterrestre»

Pour les défilés de fin de bachelor et de master, la Haute Ecole d’art et de design de Genève (Head) finance les collections des élèves à hauteur de 1000 fr. «Je préfère ne pas calculer ce qu’a coûté la mienne, confie Vanessa Schindler, récemment diplômée en design mode. Je me dis que les 10000 francs que j’ai gagnés avec le Prix master Mercedes-Benz vont la financer.»
Pour confectionner les 13 tenues dans sa collection Urethane pool: chapitre 2, la designer a dû s’entourer et déléguer. Elle a aussi pu compter sur sa famille bulloise. «Ma maman m’a tricoté une robe. Pour ma collection de bachelor, mes tantes s’y étaient également mises.» Sans beaucoup de plaisir, car elles devaient œuvrer avec de la corde synthétique, une matière peu commode, en guise de laine. «Mon papa m’a aussi aidée, pour les chaussures ou les aspects techniques.»
Malgré cette implication, sa famille et ses amis gruériens peinent à comprendre son travail. «Je me sens parfois comme une extraterrestre.» Elle avoue aussi souffrir des clichés liés au monde de la mode. «Certains pensent que je m’intéresse à la mode parce que j’aime le shopping… Bien sûr que le côté superficiel existe aussi dans ce milieu. Mais je me sens vraiment comme une designer: je me questionne sur comment sont faits les objets.» XS

 

Commentaires

Félicitations Vanessa et je t'envoie plein de belles énergies pour poursuivre tes recherches et tes rêves. Bonne chance !
Félicitations Vanesssa tu l'a vraiment méritée cette bourse, plein succès pour la Suite de ta prometteuse carrière " d'Artisan-Designer"
Bravo

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