Un portail à redécouvrir

| jeu, 01. déc. 2016

Après trente-sept ans dissimulé derrière un échafaudage, le portail sud de la cathédrale Saint-Nicolas est à nouveau visible.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

«C’est un espace public oublié.» Les mots sont de Stanislas Rück, chef du Service des biens culturels, mais ils expriment bien le ressenti de la majorité des Fribourgeois. Depuis 1979, le portail sud de la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg est recouvert d’un échafaudage de protection. Ces trente-sept ans de parfaite discrétion ont effacé l’ouvrage des mémoires.
Avec la fermeture du pont de Zaehringen, la diminution de la circulation dans le quartier du Bourg et après une restauration dans les règles de l’art, le portail sera de nouveau visible dès demain. Les autorités ont choisi le week-end de la Saint-Nicolas pour cet événement. La métamorphose des lieux sera vraiment achevée en 2021, lorsque les voitures auront été bannies de la rue et qu’une place pavée mettra en valeur l’édifice. «Cela redonnera une ambiance oubliée à ce côté de la cathédrale», commente Stanislas Rück.
 

Première entrée
Ce portail sud, œuvre majeure de la sculpture gothique, a été érigé aux alentours de 1330. Il a constitué la première entrée de cette église paroissiale, devenue cathédrale. L’ouvrage a traversé nombre de péripéties. Au XVIe siècle, une irruption d’eau détériore plusieurs statues.
Au milieu du XIXe siècle, l’avant-toit qui protégeait le portail est enlevé et un créneau de style néo-gothique vient le remplacer.
Ces transformations ont laissé libre cours aux infiltrations d’eau et aux dégâts liés au gel, ce qui a accéléré l’altération de l’ouvrage. Certaines statues ont été très abîmées. Pour les restaurateurs, le premier défi a été de déterminer dans quelle mesure ils tenteraient de récréer le portail d’origine.
La documentation fragmentaire ne permettait pas de reproduire les expressions de certaines statues profondément altérées. «Le groupe d’experts a décidé de rétablir la lisibilité de la volumétrie, mais de ne pas recréer des visages», rapporte Stanislas Rück. A l’origine, le portail était peint. Mais là encore, les fragments ont été jugés trop faibles pour recomposer cette polychromie.
«Chaque génération a le droit d’apporter une touche, sans écraser ce qu’ont fait les autres générations», note Stanislas Rück. Les restaurateurs n’ont pas fait mentir cet adage et le XXIe siècle est désormais inscrit dans la cathédrale.
 

Socle contemporain
La console sur laquelle était placée une statue avait complètement disparu et avait été remplacée par un simple caillou. Un tailleur de pierre a été sollicité pour recréer un socle. L’artisan a imaginé un groupe de personnes penchées sur leur smartphone dans une attitude typique des années 2000. Le dessin, puis le travail de la pierre permettent à ce motif de se fondre dans le décor. Seul l’œil averti remarque la singularité de cette console.
Les travaux de rénovation ont duré cinq ans. Ils ont coûté 1,8 million de francs, financés par le canton, la Confédération et la Fondation pour la conservation de la cathédrale Saint-Nicolas. Une trentaine d’entreprises, majoritairement fribourgeoi-ses, ont participé au projet.
«Quand une porte est belle, on a envie d’entrer. Et j’espère qu’on en sortira différent, plus solidaire et plus humain», témoigne Mgr Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale et grand admirateur de ce portail. Une Vierge à l’enfant, dans une posture originale, trône en son centre. A sa gauche, on aperçoit les Rois mages et à sa droite, saint Nicolas et les trois vierges sauvées du déshonneur. Une troisième scène, la visite de la reine de Saba au roi Salomon, pourrait avoir été perdue.
L’inauguration du portail, en présence des autorités, est prévue demain. Des visites guidées auront lieu ce week-end pour le grand public. La circulation sera interdite à la rue du Pont-Suspendu dès demain, à 8 h, jusqu’à dimanche, à 18 h.

En même temps que la restauration du portail sud, ce sont quinze ans de travaux qui s’achèvent. Le dernier numéro de la revue Patrimoine fribourgeois y est consacré. On peut y lire d’étonnantes découvertes permises par le chantier. Une vue inédite de la cathédrale réalisée avec la technologie de la laserométrie complète l’ouvrage. Cette coupe de l’édifice révèle des détails et des proportions invisibles à l’œil nu.

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