«Pour moi, partir à Lausanne a été la meilleure décision»

| sam, 21. Jan. 2017

Le Bullois Lucas Pythoud porte le maillot du BBC Lausanne depuis trois saisons. Désormais, c’est en LNA qu’évolue le club. Meneur de jeu indiscutable de la formation vaudoise, le joueur de 23 ans a organisé toute sa vie pour devenir basketteur professionnel. Alors que son club est toujours menacé de faillite, Lucas Pythoud retrouve Fribourg Olympic.

PAR KARINE ALLEMANN

Lucas Pythoud rêve de devenir basketteur professionnel depuis son plus jeune âge. Des classes juniors à Bulle, un séjour d’une année dans une académie en Lituanie alors qu’il avait 18 ans, un passage obligé à l’Académie de Fribourg Olympic et des premiers pas en LNA avec le maillot fribourgeois. Mais, à Saint-Léonard, l’horizon est bouché pour ce meneur de poche (1,72 m), le capitaine Jonathan Kazadi étant indéboulonnable au même poste. Après trois ans, le Bullois choisit le BBC Lausanne et son entraîneur Randoald Dessarzin – une personnalité du basket suisse. Après deux ans  en LNB, le club remporte son championnat et accède à l’élite. Il occupe actuellement la 9e place du classement.
Cet après-midi, c’est avec un statut de joueur semi-professionnel au BBC Lausanne que Lucas Pythoud entrera sur le parquet de Saint-Léonard. Prêt à défier le grand Fribourg Olympic (17 h 30). En attendant le coup d’envoi, retour sur le parcours d’un rêveur acharné.

Vous êtes-vous immédiatement imposé comme le meneur numéro 1 à Lausanne?
J’ai dû faire ma place, bien sûr, mais le coach m’a tout de suite accordé sa confiance et m’a donné beaucoup de temps de jeu. C’est grâce à lui que je peux évoluer en LNA aujourd’hui.

Vous avez un statut de semi-professionnel. Qu’est-ce que cela implique?
Les deux premières années, j’ai fait les trajets depuis Bulle. Cette saison, le club m’a trouvé un emploi à 50% au Service logistique de la ville de Lausanne (n.d.l.r.: le Bullois a un CFC de logisticien). J’y travaille tous les matins. Sinon, je perçois un petit salaire de la part du club, ce qui me permet de payer mon studio, situé proche de la salle. Ce n’est pas grand-chose. A Lausanne, l’ensemble de la masse salariale des joueurs et du staff est de 16000 francs par mois.
A midi, je peux m’entraîner avec les trois joueurs américains de l’équipe, puis me reposer jusqu’à l’entraînement du soir. Franchement, cela change tout. J’ai aussi davantage de temps pour travailler physiquement au fitness. Le temps que je perdais avant sur la route, je le passe à l’entraînement.

Vos statistiques sont plutôt bonnes: 33 minutes de jeu et 7,8 points par match (il est le meilleur marqueur suisse de l’équipe). Vous attendiez-vous à autant?
Mon temps de jeu est une bonne surprise, je joue même davantage qu’en LNB. En fait, durant l’été, je ne savais pas trop quels profils de renforts étrangers le club allait engager. Au final, le coach a continué de me faire confiance et je peux vraiment le remercier.

Qu’est-ce que l’entraîneur attend de vous?
Que je gère le tempo du match, que je sache quand accélérer et quand jouer pour les autres. Sinon, dans l’équipe, je suis dans la moyenne d’âge. Il n’y a quasiment que des jeunes. Même nos Américains le sont. Seul un joueur, Badara Top, a 26 ans.
Sur le terrain, je dois compenser ma petite taille par la vitesse et la vision du jeu. Et je dois «pousser» la balle en contre-attaque. Randoald me demande aussi de prendre des tirs. D’ailleurs, si je me fais engueuler, la plupart du temps c’est parce que je n’ai pas pris mes responsabilités en attaque. Mais, avoir cette assurance-là, c’est difficile. Cela se travaille.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce rôle de meneur de jeu?
C’est le rôle le plus compliqué,  car il faut pouvoir gérer l’équipe. Nous sommes très exposés et ce poste génère une grosse pression. Il est donc forcément intéressant. Et puis, on doit être proche du coach, qui a une vision extérieure et qui donne ses consignes. La communication est importante. La première année, Randoald a été très dur avec moi à l’entraînement. Mais il m’a appris ce qu’était vraiment ce poste de meneur.

Randoald Dessarzin a mené le club de Boncourt de la 2e ligue à la LNA, avec deux titres de champion de Suisse, il a entraîné deux ans en Pro A, en France, et a remporté le triplé avec Lugano. Quel genre d’entraîneur est-il?
Il est très exigeant, notamment sur la façon dont il veut que les joueurs se placent sur le terrain, sur ce qu’il veut en attaque. Il est dur, mais juste. Et, quand il dit quelque chose, c’est vrai. Il a été professionnel par le passé, mais aujourd’hui il travaille comme prof de sport dans un gymnase à Pully. Actuellement, il s’investit énormément pour essayer de sauver le club.

Quelles sont les forces du BBC Lausanne?
Je pense que nous avons une équipe assez athlétique, qui produit du jeu rapide. A chaque fois que nous pouvons le faire, nous essayons de courir et de partir en transition. Nous sommes un peu moins bons sur le jeu posé. Notre force, c’est quand nous parvenons à faire un stop défensif et à relancer très vite la balle.

En fin d’après-midi, vous affrontez Fribourg Olympic, champion en titre. Que faudra-t-il faire pour vous imposer?
Fribourg a une très grande profondeur de banc, avec notamment de bons Suisses. Alors, je ne pense pas que nous pouvons nous focaliser sur un ou deux joueurs. Nous devrons réaliser un effort collectif pour freiner les Fribourgeois. De notre côté, il s’agira d’imprimer notre jeu en étant très agressif d’entrée.

Qui sont les grosses cylindrées de ce championnat?
Monthey, Fribourg et Genève. Je dirais aussi Neuchâtel, qui a mal débuté, mais qui revient bien. Monthey s’est construit une très grosse équipe pour l’année de son 50e anniversaire. Les Valaisans ont doublé tous les postes et il y a de gros joueurs étrangers, notamment Brandon Young, qui vient du championnat grec et qui est clairement au-dessus des autres.

Votre retour à Saint-Léonard s’effectue-t-il sans regret?
Non, vraiment. Partir a été la meilleure décision. J’avais 19 ans et je savais que je n’aurais pas ma chance à Fribourg. Et puis, l’équipe de l’Académie était très jeune. C’était plus intéressant pour moi de jouer les premiers rôles en LNB avec Lausanne. Aujourd’hui, je me réjouis de ce match, car venir à Fribourg me rappellera de très bons souvenirs. Et puis, il y aura plein de potes dans les tribunes!
 

 

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Club sous respiration artificielle

Situation ubuesque au BBC Lausanne. Menacé de faillite, le club a vécu une semaine d’incertitude totale, entre le 9 et le 14 janvier. Sommé de payer ses factures auprès de Swissbasketball sous peine de suspension du club, le BBCL avait une semaine pour réunir 45000 francs et ainsi obtenir le droit de disputer sa demi-finale de la Coupe de Suisse, le samedi 14 janvier. Grâce à une action de soutien lancée via son site internet, il a pu s’acquitter d’une partie du montant et un accord sur un échelonnement de paiement a été trouvé auprès de la fédération suisse. Mais il lui manquerait 150000 francs pour terminer sa saison. Son budget de 350000 francs est pourtant l’un des plus petits de LNA (contre 1 million pour Fribourg Olympic).
Battus par l’ogre Monthey en demi-finale de Coupe (68-85), les Lausannois ne pouvaient pas prétendre à mieux, au vu des circonstances. «S’entraîner sans même savoir si on va jouer, c’est le pire, souffle Lucas Pythoud. Pour gagner, il aurait fallu réussir le match idéal. On ne l’a pas fait.»
Si le championnat se poursuit, les joueurs restent dans l’incertitude: «Nous savions depuis un moment que la situation financière était difficile. Mais les salaires ont toujours été payés. Aujourd’hui encore, on sait que tout peut s’arrêter du jour au lendemain.»
Preuve de solidarité, Lausanne-Sports et le LHC ont apporté un soutien financier, tout comme certains clubs de LNA de basket. «Quant aux autorités lausannoises, il serait difficile pour elles de faire plus, estime le Bullois. La ville de Lausanne nous aide énormément, c’est quasiment notre plus grand sponsor. Mais, c’est vrai que Genève et Neuchâtel ont soutenu le club, tout comme Monthey, qui nous a laissé l’entier des recettes générées par le match de Coupe.»
Quid de la suite? «Les joueurs, on ne s’occupe pas de ce qui se passe en coulisses. La meilleure chose que l’on puisse faire pour aider le club, c’est de faire notre travail sur le terrain.» A noter que Lucas Pythoud s’est blessé jeudi au dos. «Mais je ferai tout pour assurer ma place samedi.» KA

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