La délicate position de l’infirmière scolaire

| sam, 28. Jan. 2017

Véronique St-Germain a été engagée par la ville de Bulle en tant qu’infirmière scolaire, à la rentrée 2015. Un poste encore inédit dans le canton. Mais dans la nouvelle Loi scolaire, l’infirmière n’existe pas. D’où une position délicate et des collaborations moins aisées.

PAR PRISKA RAUBER

A la rentrée 2015, la ville de Bulle engageait une infirmière scolaire à 80%. Un poste encore inédit dans le canton. A part la ville de Fribourg, aucun autre cercle primaire ne dispose d’un infirmier scolaire. Chargée des prestations de soins d’urgence, du suivi d’élèves ayant des maladies chroniques ou des handicaps, du suivi des pharmacies des différents établissements ou de l’accompagnement des élèves et de leur famille, Véronique St-Germain ne chôme pas.
Son job est éclectique, mais pas encore bien défini. Elle navigue en effet entre les attentes communales et celles du Service du médecin cantonal, entre la nouvelle définition des rôles fixés par la Loi scolaire et les besoins qu’au fur et à mesure elle identifie. Il s’agit en effet d’un premier poste, mis en place dans une période de changements importants pour l’organisation de l’école fribourgeoise.


En cas d’urgence
Avec l’entrée en vigueur à la rentrée 2016 du Règlement d’application de la nouvelle Loi scolaire, l’autorité s’est en effet déplacée des communes au canton. Les responsables d’établissement (RE) gèrent désormais l’organisation et le fonctionnement de leur site, ils appliquent la loi à la lettre. Or, dans cette loi, l’infirmière scolaire n’existe pas.
«Selon le règlement, les enseignants doivent s’adresser en premier aux RE, notamment lorsqu’ils ont des soucis psychologiques avec leurs élèves», précise Véronique St-Germain. L’enseignant peut toutefois s’adresser à l’infirmière s’il s’agit d’une urgence. Mais, du coup, il sera plus difficile à cette dernière de revoir l’élève et de l’évaluer, parce qu’il n’est pas passé par la voie normale «enseignant-RE-infirmière». La santé psychologique des enfants relève en effet uniquement de la DICS.
Aux RE, donc, de contacter les parents pour qu’ils leur donnent la permission de faire une demande auprès d’un psychologue scolaire, «dont le carnet de rendez-vous est déjà plein deux à trois mois après le début de la rentrée. L’inconvénient de ce système, remarque Véronique St-Germain, est que l’infirmière pourrait déjà avoir un premier contact avec l’élève en difficulté et lui offrir une aide ponctuelle psychologique, organisationnelle ou familiale. Mon rôle premier est d’écouter les élèves, d’évaluer leur situation, de faire le lien avec la famille et de les orienter vers les bonnes ressources d’aide. Je me vois comme première répondante. J’ai les compétences pour cheminer un bout avec eux et leurs parents.»
En plus de son bachelor infirmier – obtenu dans son Québec natal – Véronique St-Germain possède une spécialité en soins intensifs et un DAS (diploma of advanced studies) en santé scolaire. Elle est aussi praticienne en programmation neurolinguistique (PNL). Identifier les besoins des élèves, les soutenir et travailler en interdisciplinarité, elle sait.
En première ligne sur le site scolaire Bulle-Morlon, elle est en outre au fait de l’état de santé des élèves. De chaque élève, grâce à un questionnaire de santé, confidentiel, qu’elle a élaboré dès son arrivée. Elle dispose ainsi, outre de préautorisations à donner des médicaments, d’un état des lieux recensant les allergies, les handicaps ou les maladies chroniques. Utiles pour leur administrer le bon traitement en cas d’urgence, comme pour identifier leurs besoins spécifiques.


Situation ubuesque
Mais l’infirmier scolaire n’est pas chargé de la prévention et de la promotion de la santé. Avec l’arrivée du Plan d’études romand, cela relève des RE et des enseignants. Le bureau interdirections (DICS-DSAS) Santé à l’école coordonne quant à lui ces activités et propose aux écoles des intervenants agréés (comme la Croix-Rouge ou le Cipret). «Aujourd’hui, le travail de l’infirmier scolaire est plus axé sur la prévention secondaire, c’est-à-dire sur la prise en charge d’élèves qui ont développé un problème de santé, par exemple le surpoids.»
Par contre, et c’est ubues-que, dans les locaux de l’accueil extrascolaire, qui est une organisation totalement communale, elle pourra collaborer avec les enseignants, les RE, les psychologues, rencontrer les enfants et leur famille, les orienter et promouvoir leur santé. Ces mêmes enfants, donc, des classes où elle ne peut pas toujours assurer un suivi. «Je navigue un peu entre plusieurs eaux!»
Engagée par la commune pour davantage que «poser des sparadraps», Véronique St-Germain travaille à «mettre en place des services pour les élèves et leur famille». André Schibler, chef du Service des écoles, aimerait lui aussi adapter le cahier des charges de l’infirmier scolaire aux besoins, convaincu des avantages de pouvoir compter sur la présence permanente d’une personne issue du domaine médical.


Présence d’un médecin
«La difficulté est qu’elle a été engagée en même temps que la mise en place de la nouvelle loi, souligne-t-il. Dans laquelle j’ai l’impression que tout n’a pas été pensé… Mais je crois que nous faisons un peu avancer les choses, à l’heure où le canton repense l’organisation de la médecine scolaire, avec le concept FRIMESCO.» (lire ci-contre). Et le chef du Service des écoles d’annoncer l’arrivée d’un médecin scolaire, à 10%. La doctoresse officiant déjà pour la ville de Fribourg est désormais présente à Bulle un demi-jour par semaine.
Quant à la Québécoise, qui a travaillé six ans comme infirmière scolaire dans le canton de Vaud – où le statut d’un tel poste est déjà intégré au sein des écoles – elle salue la volonté de chacune des parties de favoriser la santé de l’enfant. «Bien que la place de l’infirmière scolaire ne soit pas encore bien définie, il n’en reste pas moins que je peux compter sur chacun pour continuer à développer mon rôle et assurer une bonne prise en charge des enfants.»

 

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Réorganisation du système


La médecine scolaire fait l’objet de réflexions qui visent une réorganisation du système actuel. Intitulé FRIMESCO, le projet est piloté par la Direction de la santé (DSAS) et celle de l’Instruction publique (DICS). Un concept avait été mis en consultation à la fin de l’année 2011.
Il relevait notamment que les faiblesses du système de médecine scolaire actuel étaient «inhérentes au “système de milice” qui se base sur les médecins de premier recours, déjà très chargés. Avec, pour corollaire, un manque de coordination et de pilotage du système.»
Le nouveau concept de santé à l’école définissait alors la médecine scolaire comme «une ressource à disposition de l’école». Il prévoyait donc la présence d’un professionnel de la santé pour «contribuer à la coordination et à l’orientation des élèves vers une prise en charge adéquate en intégrant tous les partenaires du réseau». Il impliquait la création de 7,5 postes dans un laps de temps de cinq ans, pour un montant d’un peu plus d’un million de francs.
Mais il est toujours pendant. «Le résul-tat de la consultation a démontré que, entre autres, les communes n’étaient pas d’accord d’assumer un financement supplémentaire», précise Claudia Lauper, secrétaire générale adjointe de la DSAS. «Il a donc fallu retravailler le projet et que des membres de la DSAS et de la DICS rencontrent les représentants des communes. Un nouveau projet est en train d’être finalisé.» Les modifications apportées au concept présenté en 2011 seront communiquées en principe avant l’été, indique Claudia Lauper. Quant à son entrée en vigueur, elle ne sera vraisemblablement pas possible pour l’année scolaire 2017-2018. PR

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