Zéro déchet à portée de main

| sam, 28. Jan. 2017

Jeudi soir, Jérémie Pichon et son épouse Bénédicte Moret présentaient à Bulle leur Famille presque zéro déchet. Depuis 2014, ils ont réduit leurs déchets à un sac de 25 litres la première année, cinq kilos la deuxième, puis un demi-bocal ces six derniers mois.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

«Ce soir, c’est la première fois que nous donnons une conférence chez vous. Avant d’arriver, on m’a dit: “La Suisse, c’est propre. Fais gaffe, tu auras une amende si tu jettes un papier sur le trottoir.”» En une seule phrase, Jérémie Pichon s’est mis la grande salle des Halles dans la poche. Jeudi soir, l’auteur du bientôt best-seller Famille presque zéro déchet donnait une conférence sur son quotidien depuis deux ans. «Depuis que nous avons commencé notre démarche zéro déchet, nous ne sommes allés que deux fois au supermarché: pour acheter les croquettes de nos deux chats…»

En effet, contrairement à son épouse – auteure des illustrations du livre – et à ses deux enfants, les félins ne sont guère ouverts aux changements et à l’amélioration de leur qualité de vie. Engagé au sein de diverses ONG depuis une vingtaine d’années, le Français a pris conscience qu’il devait changer de cap. «On était des militants estampillés écolos, mais on avait encore une poubelle.» Après avoir visionné le film No impact man, la famille tente de réduire, elle aussi, ses déchets, dans une démarche proche de celle de Béa Johnson.


Le beurre à la motte
«Au début, on était comme deux poules devant un couteau: comment faire?» Eclat de rire dans l’audience, à 90% féminine. Premier conseil: «Si vous ne voulez pas de déchets, ne l’achetez pas! Il faut commencer par refuser des trucs: genre les chips. En tout cas à la maison, car je me gave chez les potes.» Re-hilarité générale. Sous ses airs de surfeur charmeur, Jérémie Pichon touche juste. Avec des vérités évidentes et pleines de bon sens. Impossible de recycler l’emballage alu/papier du beurre? «Achetez-le chez votre crémière, à la motte, et mettez-le dans un tup-tup (sobriquet affectueux pour les célèbres Tupperware).» Depuis deux ans et demi, la famille ne se sépare plus de ses tup-tup en verre, de ses gourdes en alu, de ses gobelets en inox, de ses brosses à dents en bois. «Nous essayons de consommer durable, local, équitable et solidaire.»
Tout un programme, à commencer par l’achat de produits frais et de saison. «On ne mange plus de lasagnes en barquette et on a retrouvé le goût des tomates ou des asperges», la spécialité de son coin de pays. Avec ses filets à commissions, la famille achète en vrac. «On donne ainsi une solution aux commerçants. Maintenant, ils me font 15% de rabais, car ils économisent sur les emballages qui leur coûtent un bras.»
Pas facile cependant de convaincre la boulangère de ne pas emballer le pain dans un papier ou le restoroute de lui servir le café dans son gobelet en inox. «La première fois, c’est chaud. Mais on arrive à faire changer les habitudes.»


Stop aux chinoiseries
Pareil pour les produits industriels: fini l’eau de Javel, place au bicarbonate de sou-de, aux savons de Marseille ou d’Alep, au vinaigre blanc et aux huiles si essentielles. Quant aux enfants, ils ont facilement intégré ce nouveau mode de vie. «On a dit stop à toutes ces chinoiseries. Maintenant, on achète des jouets d’occasion, on s’est inscrit à la ludothèque pour sept euros par année et on fabrique nos propres compotes pour le goûter.» Idem pour Noël: la famille a sollicité des «cadeaux d’expérience», places de ciné ou cours de couture. «Il suffit souvent d’avoir un peu d’imagination: on a fabriqué le sapin avec du bois flotté. Je ne crois pas que nos enfants soient lésés par rapport aux autres.»


«Gagner en qualité de vie»
Surtout, Jérémie Pichon dit avoir gagné en qualité de vie. «On s’est désencombrés. On a repensé nos besoins, dans une démarche minimaliste. Ça fait du bien d’avoir moins.» Adepte de la décroissance, il a réduit ses revenus, «pour passer du temps avec mes enfants. En parallèle, on a réduit nos dépenses de 20% la première année, 30% la seconde, tout en passant au bio. On gère mieux notre budget, tout en conservant la qualité des produits.»
Tout n’est pas encore parfait: que faire des déchets de médicaments, de l’ordinateur, du smartphone? De même, impossible de se passer de leurs deux voitures dans une région peu desservie par les transports publics. «Au départ, on voulait protéger la planète. Aujourd’hui, on a amélioré notre qualité de vie, sans perdre notre confort. Mais je ne suis pas jusqu’au-boutiste. Je fais parfois des compromis», avoue Jérémie Pichon, qui ne reviendrait pour rien au monde en arrière. «Nous sommes les acteurs d’un autre système. On avait oublié ce pouvoir-là. Mon achat est un vote. Quand on dit pouvoir d’achat, il y a le mot pouvoir.»

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