Après le sinistre, l’épineuse étape de la reconstruction

| sam, 18. fév. 2017

Il y a un mois, le centre de Villars-sous-Mont était ravagé par les flammes. Le site doit être prochainement déblayé. Une reconstruction dans l’esprit du lieu est privilégiée. Mais le défi est de taille sur le plan architectural, juridique et financier. Pour venir en aide aux propriétaires, un appel à la solidarité est lancé.

PAR JEROME GACHET

Reconstruire? Oui, mais comment? Cette question tourne et tourne dans la tête de Jérémy Birbaum. Victime de l’incendie qui a défiguré le centre de Villars-sous-Mont le 16 janvier, il se trouve, comme les trois autres propriétaires sinistrés, face à des questions difficiles. «Et honnêtement, ce qui s’est passé est toujours très frais pour moi. Je suis encore dans l’émotionnel.»
Sur place, la situation a peu évolué. Le déblaiement doit commencer dans deux semaines et déjà, les premiers obstacles se dressent. Cette opération, à la charge des propriétaires, n’est en effet subventionnée qu’à hauteur de 5% des montants indemnisés par l’ECAB. Or, selon le préfet de la Gruyère Patrice Borcard, il en coûtera certainement le double.
Le site qui est parti en fumée est d’importance nationale. Les maisons en question étaient hautement protégées – la plus ancienne date de 1625 – ce qui rend leur reconstruction complexe.
Le défi est de taille, tant sur le plan humain, historique, patrimonial, financier que juridique. Un imbroglio que le préfet Patrice Borcard tente de démêler en réunissant tous les acteurs autour d’une même table. «Nous nous sommes vite rendu compte que tout le monde devait travailler ensemble», surenchérit Claudio Derada, syndic de Bas-Intyamon.
Le respect de la valeur patrimoniale va, selon les premières estimations, engendrer un surcoût de 20%. «Et ce n’est pas aux propriétaires d’assumer cette part qui répond avant tout à un intérêt public», résume Patrice Borcard lors d’une conférence de presse qui s’est tenue hier au château de Bulle.


Quatre scénarios
La question est surtout de savoir quoi faire. Chef du Service des biens culturels, Stanislas Rück énumère les quatre scénarios étudiés. Le premier consiste à abandonner le site et de n’en laisser que quelques traces symboliques. La deuxième option est de démolir les ruines actuelles et de repartir avec un projet sans lien avec l’histoire du site. Les deux scénarios sont privilégiés: reconstruction partielle ou totale. Et si ce sont certainement les plus onéreux, ce sont aussi ceux qui permettront de décrocher des subventions.
Stanislas Rück explique que les aides cantonales et fédérales peuvent atteindre, cumulées, entre 40 et 50% du gros œuvre. Soit, grosso modo, un quart du coût total du nouveau bâtiment au maximum.
Reste à définir ce que l’on veut. Tout le monde s’accorde à dire que la reconstruction à l’identique d’une maison du XVIIe siècle au XXIe siècle n’a pas vraiment de sens. «Des détails de moulure ou de décor ne pourront de toute manière pas être reproduits», soupire Jérémy Birbaum, qui, tailleur de pierre de profession, était lui-même très investi dans la rénovation de sa demeure. Et y a-t-il un intérêt à rebâtir les granges qui se trouvaient entre les habitations alors qu’elles ne sont plus utilisées? s’interroge Patrice Borcard.


Dans l’esprit du lieu
Tout est question d’esprit, disent en chœur les différents intervenants présents. On reverra peut-être les fameux avant-toits à berceau (bôgo en patois) sur le site, mais rien n’est décidé. «La matière restante n’a plus vraiment de sens en l’état, mais on peut lui en redonner en l’intégrant à un nouveau projet», ajoute Stanislas Rück.
Un groupe de travail a été constitué. En font partie le Service des biens culturels, Patrimoine suisse - section Gruyère Veveyse, la commune de Bas-Intyamon, ainsi que des représentants des propriétaires privés.
Le groupe a d’ores et déjà donné un mandat à l’architecte Yves Murith en le chargeant d’étudier la question sous toutes ses facettes. Afin de décharger les propriétaires, les frais de ce travail seront pris en charge par la commune et par le Service des biens culturels.
Et puisqu’on parle d’argent, le deuxième groupe de travail, dirigé par Olivier Pharisa, conseiller communal à Bas-Intyamon, aura justement pour rôle de trouver des fonds. Un appel à la solidarité sera lancé auprès de la population, des entreprises et de fondations spécialisées. Aloys Lauper, adjoint aux Biens culturels, rappelle que lorsqu’il s’agit d’incendie, la solidarité s’étend sur le plan national depuis plusieurs siècles.
Le temps presse: après le déblaiement, il s’agira de décider de ce que l’on fera des murs qui ont réchappé à la catastrophe. «Rien que pour les consolider, il faut compter 100000 francs. Or, ils font défaut», reprend Patrice Borcard. Mais difficile de savoir que faire de ces façades sans savoir si elles seront intégrées ou non au nouveau projet…
Ce qui est certain, c’est que l’indemnisation de l’ECAB ne suffira de loin pas à la reconstruction. Il faut savoir que les vieilles bâtisses sont souvent assurées au minimum.
L’objectif est de donner aux propriétaires les moyens financiers et les éléments nécessaires pour se décider. Car le dernier mot leur reviendra.
Jérémy Birbaum, lui, reste philosophe. «J’ai le sentiment que la dimension patrimoniale est bien plus importante que mes besoins de propriétaire. Ma maison est vieille de plusieurs siècles, alors que je n’en suis propriétaire que depuis deux ans et demi.»

 

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