L’Exécutif romontois enterre le projet Zelda et repart à zéro

| sam, 25. fév. 2017

Coup de théâtre: le projet d’école primaire et enfantine prévue à la Condémine, à Romont, est abandonné.

PAR FRANCOIS PHARISA

Zelda. Ce nom résonne désormais comme une bien mauvaise saga à Romont. Jeudi, l’Exécutif communal a annoncé devant le Conseil général qu’il abandonnait ce projet d’école primaire et enfantine prévue à la Condémine, pourtant lauréat du concours d’architecture organisé en 2014. Malgré deux ans de travail. Malgré un million de francs d’argent public déjà dépensé. Malgré le risque d’incidences juridiques qu’entraîne la rupture du contrat passé avec le bureau d’architectes Bauart. Et malgré le temps et l’argent qu’il faudra pour relancer un nouveau projet.
«Mais impossible de s’impliquer dans un projet aussi important à reculons. Plus personne n’en avait envie», a lancé le syndic Dominique Butty, qui avouait en marge de la séance éprouver un profond senti-ment d’échec. La décision a été prise lundi et a été communiquée au bureau Bauart mercredi. Ce dernier ne se prononce pour l’heure pas encore sur le montant des éventuelles indemnités qu’il est en droit de réclamer à la commune.


Zelda n’était pas trop cher
En décembre dernier déjà, le projet, d’un coût estimé entre 30 et 34 millions de francs, ne tenait plus qu’à un fil (La Gruyère du 22 décembre 2016). Le Conseil communal le jugeait alors trop onéreux.  Or, des études financières comparatives, menées le mois dernier avec d’autres écoles dont celle d’Ursy, ont démontré que le projet était dans le tir. «Nous pensions qu’il y avait 10 millions de luxe. Mais il n’en est rien. Nous n’échapperons de toute façon pas à un investissement important: la halle double de gymnastique et les 21 classes sont obligatoires», a expliqué Dominique Butty, prenant bien garde de ne pas articuler de nouveau montant.
Mais alors, pourquoi prendre le risque de tout abandonner maintenant? Dans ses justifications, le Conseil communal évoque une suite de circonstances malheureuses. Il y a d’abord eu l’échec de la fusion avec les communes de Mézières et de Billens-Hennens, qui a eu pour conséquence de geler le projet. «Puis il y a eu des problèmes internes au Conseil communal de Mézières, puis de longues négociations autour du cercle scolaire, puis les élections, où les trois syndics ont été remplacés. Sans oublier les incertitudes financières», rappelle le conseiller communal Christian Perrier, joint hier.


Zelda n’était pas fonctionnel
Responsable du projet depuis son lancement, il concède que de nombreux couacs ont été commis. Au premier rang desquels, celui de ne pas avoir impliqué directement les utilisateurs de la future école. «Nous avons été mal conseillés. Des personnes nous avaient indiqué qu’il était préférable de ne pas les consulter dès le départ. C’était une erreur.»
Car c’est bien là que le bât blesse: les utilisateurs n’ont pas adhéré au projet, multipliant les critiques sur son aspect fonctionnel. «Nous les avons pris en considération trop tard. Trop de modifications étaient devenues nécessaires pour rendre le projet à nouveau désirable», a relevé Dominique Butty.
Au sein du Législatif, la charge est venue du groupe des Verts, par l’entremise de Christelle Masur Luu. La conseillère générale a regretté la somme d’un million déjà engagée et le coût sur le plan humain pour les élèves et les enseignants, «dont les conditions de travail se détériorent d’année en année». Avant d’accuser les membres du Conseil communal «d’être bien éloignés des préoccupations de la population et de ses besoins», osant un lien avec l’investissement prévu pour la transformation du centre sportif à Bossens (5,1 mio). «Revoyez vos priorités», leur a-t-elle lancé.
Nicolas Salamin, au nom du groupe PS, a, lui, pointé du doigt «une communication au compte-gouttes tout au long du projet». Quant aux groupes Horizons Nouveaux, PDC, PLR et UDC, ils sont étonnamment restés muets.


«Pas de plan B»
Retour, donc, à la case départ. «Nous n’avons dans l’immédiat pas de plan B», a admis Dominique Butty. Seule chose certaine, un nouveau bâtiment scolaire est une nécessité. «Nous allons mettre sur pied dans les plus brefs délais une nouvelle structure décisionnelle, qui comprendra des responsables scolaires, des enseignants, ainsi que des représentants politiques et financiers, afin d’arrêter une stratégie et remettre l’ouvrage sur le métier.»

 

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Le bureau mandataire «surpris et déçu»


Leur projet Zelda est enterré. La commune de Romont n’en veut plus. Ce dénouement avait beau être dans l’air depuis la fin de l’année dernière, sa confirmation n’en reste pas moins difficile à accepter pour les architectes du bureau Bauart, lauréat du concours organisé en 2014. Ils ont appris la nouvelle par téléphone mercredi après-midi. «Nous sommes déçus, forcément, et surpris», réagit l’architecte Yorick Ringeisen, contacté hier. Personnellement, il n’a jamais connu tel retournement. «Cela arrive que le projet d’un concours soit abandonné lors de la demande de crédit de construction, mais de le faire en cours de route, c’est très surprenant. Les Exécutifs des trois communes concernées avaient tout de même reçu pour mission de leurs électeurs de construire cette école.» L’abandonner, oui, mais pour quelles raisons? Yorick Ringeisen peine à comprendre le raisonnement de la commune. «Financièrement, nous sommes dans le tir. Les études financières comparatives le démontrent. Quant aux questions de fonctionnalité, nous pouvions nous mettre autour de la table, les étudier et corriger ce qui devait l’être. Certes, ce projet a été gelé pendant un certain temps, mais nous pouvions très bien le reprendre et travailler ensemble.»
Quelle indemnité le bureau Bauart va-t-il réclamer? «Avant de nous prononcer, nous attendons d’abord que la commune résilie officiellement le contrat et qu’elle nous expose par écrit ses motivations. Pour l’instant, celles-ci ne sont pas claires. Nous ne voulons pas nous lancer dans un long combat juridique. Mais un contrat a tout de même été signé», explique Yorick Ringeisen, qui n’exclut pour autant pas de rester à disposition si la décision de la commune était repensée. FP


 

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