L’utilité du Conseil général à nouveau questionnée à Rue

| jeu, 09. fév. 2017

Les membres du Conseil général de Rue se réuniront samedi. Une thérapie de groupe qui a pour objectif d’améliorer le fonctionnement de l’organe législatif, dont l’utilité est remise en cause.

PAR FRANCOIS PHARISA

Attablés autour d’un verre dans la salle des Remparts, les 30 élus passent sagement en revue l’ordre du jour, sans poser de question et en opinant du chef à toutes les propositions du Conseil communal. A Rue, les séances du Conseil général tiennent davantage d’une petite soirée entre amis que d’un véritable espace de débat politique.
«Sympathique, mais peu productif», lâche Olivier Pittet, l’actuel président du Législatif rotavillien. Courageusement, il pose sur la table le débat de l’utilité du Conseil général. «Pour améliorer son fonctionnement et non pour le voir disparaître», précise-t-il. Il convie donc l’ensemble de ses collègues samedi à une «matinée de réflexion et de travail». Une réunion aux allures de thérapie de groupe, qui doit également servir à discuter des principaux dossiers communaux à venir.
«Beaucoup de conseillers généraux, pourtant motivés et bien au fait de ce qui se passe dans la commune, arrêtent après une législature seulement. Ils ont l’impression de ne servir à rien», regrette ce maître socioprofessionnel de 38 ans, membre du Législatif depuis cinq ans. Le roulement au sein du Conseil général est en effet important. En 2011, on y comptait 22 nouveaux élus. En 2016, ils étaient 13 novices. «A un moment donné, soit on décide de se remettre en question, soit on continue de fermer les yeux au détriment des intérêts de la population.»


Vieux problème
Le Conseil général de Rue a été créé en 2001, à la suite de la fusion avec Gillarens et Promasens, dans un souci de représentativité des anciennes entités. Composé de 30 membres, aujourd’hui répartis en trois groupes, Entente (17), Ville-campagne (9) et Terroir et progrès, l’ex-section UDC (4), il a plusieurs fois fait l’objet de critiques. «Dès la fin de la première législature, des élus ont fait part de leur déception et de leur frustration», se rappelle Joseph Aeby, qui a été syndic pendant onze ans, puis conseiller général pendant dix ans, avant de retrouver la syndicature le printemps passé. Il se souvient qu’au terme d’une séance du Conseil général en décembre 2008, l’hypothèse de sa suppression et du retour à une assemblée communale traditionnelle avait même été ouvertement discutée.
Et les préoccupations d’alors étaient identiques à celles d’aujourd’hui: collaboration lacunaire entre les deux organes de pouvoir, sentiment d’impuissance éprouvé par les conseillers généraux, manque d’esprit critique de la part de ces derniers ou encore absence de vision à long terme.


«Mesures concrètes»
Huit ans plus tard, force est de constater que les progrès attendus ne sont toujours pas au rendez-vous. Olivier Pittet espère donc que «des mesures d’amélioration concrètes» ressortiront des échanges de samedi. Il relève qu’un premier pas dans la bonne direction a déjà été réalisé: chacun des membres de l’Exécutif a transmis aux conseillers généraux le programme de législature 2016-2021 de son dicastère. «Une systématique dans la plupart des communes possédant un Conseil général, mais qui n’avait encore jamais été fait à Rue», remarque Joseph Aeby, pour qui le Conseil communal a également sa part de responsabilité dans le manque de poids du Législatif.
«Cela nous permettra d’anticiper et de voter en meilleure connaissance de cause», estime Olivier Pittet. Selon lui, le Conseil général avait jusqu’à maintenant trop souvent le nez planté dans les affaires courantes, sans vraiment être en mesure de considérer l’avenir. «Un Conseil général qui fonctionne est un conseil qui amène des propositions, qui sait se montrer critique, y compris sur ces choses qui se font machinalement année après année. Mais critique à bon escient», insiste-t-il.


Politiser le conseil?
Samedi, le fonctionnement des groupes sera aussi discuté. Actuellement, ceux-ci se réunissent une fois avant la séance pour évoquer les objets soumis au vote par le Conseil communal. Un représentant de ce dernier y assiste pour présenter et défendre ses projets. «Pourquoi ne pas organiser certaines séances sans la présence du Conseil communal?» lance Olivier Pittet. La préparation des futures prises de parole pendant le Conseil général en serait facilitée.
Pour lui comme pour Joseph Aeby, les chefs de groupe doivent en outre davantage jouer leur rôle de leader et susciter la discussion. «Car le détonateur naturel, le parti politique, n’existe pas à Rue. Même s’il y a eu une liste UDC entre 2006 et 2016», rappellent-ils. Les groupes étant formés par affinités personnelles plutôt que par une même vision politique, le débat n’est pas automatiquement structuré et alimenté. «Il est dès lors plus difficile à le provoquer», note Olivier Pittet, qui espère qu’il aura malgré tout bien lieu samedi matin.

 

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Communiquer davantage


En quinze années d’existence, pas le moindre refus. Pas même un renvoi. Une chambre d’enregistrement des édits royaux: l’idéal pour le Conseil communal, dont toutes les volontés sont exaucées, le plus souvent à l’unanimité. Les deux seuls revers de l’Exécutif ont été subis par voie de référendum populaire: sur le réaménagement de la déchetterie de Promasens en 2014 et sur le rachat de la Chapellenie en 2002. Mais pour Joseph Aeby, syndic, cette situation est devenue problématique. «L’absence de question fait plus souci que de trop nombreuses interventions. Sur certains dossiers, il a peut-être manqué au Conseil communal l’avis du Législatif, donc de la population», explique-t-il, encourageant les élus à oser et à créer le débat politique. Le syndic reconnaît toutefois que le Conseil communal doit aussi se livrer à une autocritique. Il assure que les conseillers généraux seront désormais davantage consultés. Prochainement, ces derniers, et non pas seulement ceux siégeant à la commission d’aménagement, seront invités à prendre part à une séance de présentation du projet d’adaptation du Plan d’aménagement local avant sa mise à l’enquête. «La communication sur les dossiers stratégiques doit devenir un réflexe.» FP

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