Le chalet du Soldat se cherche de nouveaux anges gardiens

| mar, 21. fév. 2017

Les tenanciers actuels se retirent fin mars. Propriétaire, la Fondation du chalet du Soldat leur cherche un remplaçant. Une quête que complique une pénurie d’eau. Habituel en été, le problème frappe pour la première fois le chalet en hiver. Il est fermé depuis mi-janvier. S’y ajoutent l’accès difficile et le casse-tête du ravitaillement…

PAR FRANCOIS PHARISA

«Un jour, un élève qui revenait d’une course d’école au chalet m’a dit que le gardien avait été pour lui comme un papa. C’est quelqu’un comme ça que l’on recherche.» Cette perle rare, Daniel Roubaty, président de la Fondation du chalet du Soldat, propriétaire des lieux, espère la trouver rapidement. Le temps presse. A la fin mars, les tenanciers actuels, Marcel et Denise Horst-Jaquet, ne rempileront pas pour une sixième année consécutive. Leur remplaçant devrait reprendre le flambeau le 1er juin au plus tard. Faute de quoi le chalet, situé sur une crête au pied des imposantes Gastlosen, à 1752 mètres, sur la commune de Bellegarde, resterait fermé pour l’ouverture de la haute saison. Impensable pour Daniel Roubaty.
Seulement voilà, les repreneurs potentiels ne sont pas légion. Quand bien même cette bâtisse, au même titre que la cabane des Marindes ou celle de Bounavaux, occupe une place particulière dans le cœur des Gruériens. «Pour l’heure, nous n’avons reçu que deux dossiers de candidature. Mais le délai de postulation court jusqu’à la fin février.»
Car le chalet du Soldat n’est pas n’importe quelle auberge d’alpage. Sa capacité de 80 lits et de plus de 160 places assises rend sa gestion lourde; son accès difficile – il n’y a pas de route goudronnée – transforme le ravitaillement en un casse-tête; et le manque d’eau est un souci récurrent (voir ci-dessous). Pour autant, ces désa-gréments n’entachent en rien les plaisirs de la montagne.


«Que demander de plus?»
Son «coin de paradis», Marcel Horst va le regretter. «Là-haut» comme il dit, il y serait encore resté volontiers trois ans supplémentaires. «La nature, le calme, l’absence de stress… que demander de plus?» Mais les problèmes de santé de son épouse l’obligent à lever le pied et à passer le relais. Après cinq années «merveilleuses».
«J’avais 63 ans. Je venais de passer dix-sept ans au Sapin, à Charmey, et l’envie d’autre chose se faisait sentir. Je n’ai pas hésité longtemps», confie Marcel Horst. La cabane d’alpage, après les restaurants de station, les auberges de village, la buvette de camping, le restoroute et même la plonge sur les bateaux. En matière de restauration, ce cuisinier de formation arrivé en Suisse de ses Pays-Bas natals à l’âge de 20 ans, a tout connu. Et il l’assure, à l’ombre des Gastlosen, «la gentillesse de la clientèle est incomparable».
Avec son épouse Denise Horst-Jaquet, l’accueil leur tenait à cœur. Alors, ils se pliaient en quatre pour satisfaire les clients. «L’hiver, j’ouvrais le chemin venant du Sattelbach avec un petit ratrak que j’avais acheté pour permettre aux gens de monter à raquettes sans brasser trop de neige.»
Derrière les fourneaux, son fidèle cuisinier, Lazar Mitrov, lui aussi un ancien du Sapin. Ensemble, ils ont contribué à maintenir la renommée de l’établissement, qui propose tous les classiques du terroir. Longtemps pressenti pour prendre la succession de Marcel Horst, Lazar Mitrov s’est finalement désisté en décembre. «Pour des raisons familiales», explique-t-il. Et il en a gros sur la patate. «Il n’y a pas plus bel endroit pour tenir un restaurant.»
Le chalet enregistre entre 2300 et 3000 nuitées annuelles. L’été, à midi, il se sert jusqu’à 200 couverts. C’est dire qu’il faut viser juste niveau approvisionnement. «Nous amenions les produits frais deux fois par semaine en jeep depuis Bellegarde et montions trois à cinq palettes de boissons grâce au câble qui part du Petit-Mont», raconte Marcel Horst, qui reste discret sur son chiffre d’affaires. L’hiver, c’est plus compliqué: le câble ne fonctionne pas et la luge, tirée par un quad, remplace la jeep.


Aventure et improvisation
Les Charmeysans Sylvie et Vincent Droux, à la tête du chalet du Soldat entre 2003 et 2009, utilisaient, eux, une motoneige. Mais l’engin avait ses limites. «A la fin de l’hiver 2007, il avait beaucoup neigé, se rappelle Vincent Droux. Des congères s’étaient formées sur le chemin et je ne pouvais plus accéder. Nous avions dû nous faire ravitailler par hélicoptère.» L’aventure.
Le couple avait tout quitté pour reprendre le chalet du Soldat: un poste à la Fédération suisse du tourisme et celui d’ingénieur en mécanique, ainsi que leur domicile neuchâtelois. Le premier été leur reste en mémoire. La fameuse canicule de 2003. «Il fallait rationner l’eau et il y avait d’incessantes coupures d’électricité en raison de problèmes sur le réseau.» Vincent Droux se souvient d’avoir dû préparer des fondues sur le gaz, un soir, sans eau ni électricité. «Nous avions signé pour le côté aventureux, nous n’avons pas été déçus.» La naissance de leurs deux enfants les poussera à remettre les clés de la cabane.


Sacrifier les randonnées
Pour Colette et Nicolas Dupasquier, tenir une auberge d’alpage s’apparentait aussi à un changement de vie radical. Intendante d’hôpital et réviseur d’ascenseurs, tous deux férus de montagne, ils décident de sauter le pas en 2009. De cette expérience, Colette Dupasquier retient surtout la clientèle, «beaucoup plus agréable qu’en plaine». «Les gens atteignent le chalet après plus d’une heure de marche. Ils ont eu le temps de décompresser pendant la montée», raconte la sexagénaire.
Touristes et alpinistes font le plein d’énergie et repartent. Pour une randonnée autour des Gastlosen ou pour attaquer l’une des 800 voies d’escalade qu’offrent leurs falaises. Les gardiens, eux, restent au refuge. Une source de frustration parfois. «Au bout de trois ans, nous en avions assez de tirer un trait sur nos activités sportives, le delta-plane pour mon mari et la montagne pour moi, en consacrant toutes nos journées au chalet.» Depuis, ils y retournent de temps en temps, comme clients désormais. «Les souvenirs remontent. Ça fait quelque chose.»

 

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Fermé pour pénurie d’eau


Depuis le 23 janvier, le chalet du Soldat est fermé pour cause de pénurie d’eau, compliquant ainsi la recherche du nouveau tenancier (voir ci-dessus). Une première pendant la saison hivernale. «Ça arrivait de tirer la langue de temps en temps l’été, lors d’épisodes de sécheresse, quand la source captée en contrebas du chalet était presque tarie», se remémore Marcel Horst, qui exploite le chalet du Soldat depuis 2012. Mais, jamais encore, il n’avait été contraint de fermer boutique en plein hiver.
En principe, l’eau de la source est pompée jusque dans un réservoir de 30000 litres, dont deux tiers sont dévolus à la défense incendie, installé sur le chemin du col du Loup, puis elle redescend vers le chalet. «En raison de l’absence de précipitations en novembre et en décembre, ainsi que du grand froid, les conduites ont gelé. D’habitude, une couche de neige servait d’isolant.»
Le week-end des 21 et 22 janvier, un séminaire organisé par une entreprise de la région a réuni une vingtaine de personnes entre les murs du chalet du Soldat. Et l’eau manquait déjà. «On ne pouvait pas annuler alors que la réservation datait
du mois de septembre. Donc on s’est débrouillés pour monter 900 litres d’eau minérale pour les sanitaires avec le quad et la luge.»
Les précédents tenanciers, que ce soient Colette Dupasquier ou Vincent Droux, étaient aussi ponctuellement confrontés au manque d’eau. Ils géraient avec les moyens du bord: en fermant les toilettes, en travaillant avec de l’eau minérale en cuisine, en empilant la vaisselle en attendant des jours meilleurs, ou encore en restreignant la carte en ne proposant que des plats qui nécessitent peu d’eau. «Certains étés, c’était un souci permanent», se rappelle Colette Dupasquier.
Daniel Roubaty, président de la Fondation du chalet du Soldat, reconnaît que le plan de ravitaillement en eau, datant des années 1940, mériterait «d’être revu de fond en comble». «Les conduites devraient être rénovées. Mais l’investissement n’est pour l’heure pas prévu. Et il faut dire que la conjoncture de cet hiver est vraiment particulière.» Dotée d’un budget annuel d’environ 50000 francs, couvert grâce à la location du chalet et aux dons de ses quelque 600 «amis», la Fondation a effectué de nombreux travaux d’entretien ces dernières années. Notamment le renouvellement des tavillons qui couvrent les façades. FP

 

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