Le réseau de fibre optique se fera sans Swisscom

| jeu, 02. fév. 2017

Le canton maintient sa volonté de déployer la fibre optique dans toutes les régions, même si Swisscom a abandonné le projet.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

Le projet de raccorder l’ensemble du canton à la fibre optique subit un revers. Partenaire depuis le début, Swisscom s’est retiré afin de développer une autre technologie. La société FTTH, qui coordonne ce défi numérique, a décidé, en accord avec le canton et ses actionnaires, de poursuivre seule sa mission. Le financement, le calendrier et le plan d’affaires ont subi quelques modifications.
«Nous ne nous attendions pas à cette décision de Swisscom», a rapporté hier face à la presse le président du conseil d’administration de FTTH, Michel Losey. Communiquée en juin dernier, cette rupture du partenariat a pris effet fin décembre. Depuis cette date, le projet est devenu 100% fribourgeois.


Défi numérique
La stratégie d’amener la fibre optique dans toutes les entreprises et tous les ménages, même dans les coins reculés, est voulue et soutenue par le canton. L’Etat entend ainsi relever le défi numérique et favoriser le développement économique. «La décision de Swisscom de se retirer, une fois que les grandes communes ont été raccordées, va à l’encontre de cet objectif», a estimé hier le président du Conseil d’Etat, Maurice Ropraz.
Ce partenariat avec un canton constituait une exception pour Swisscom. Ailleurs en Suisse, l’entreprise a plus volontiers conclu des contrats avec des villes. Les agglomérations fribourgeoises suffisaient-elles dès lors à Swisscom? «On peut l’interpréter de cette manière-là», estime Michel Losey. En 2012, Fribourg avait également bénéficié d’un interlocuteur de choix, l’ancien CEO de Swisscom, Carsten Schloter, qui habitait dans le canton.
Pour les dirigeants de FTTH, dont l’actionnariat est constitué à 75% de Groupe E et pour le reste de Gruyère Energie, de l’Etat de Fribourg et d’IB Murten, la fibre optique représente l’avenir. Amenée au plus près du consommateur, elle permet d’augmenter la bande passante de manière infinie. Dominique Gachoud, directeur général de Groupe E, plaide pour cette «solution à long terme, qui permettra de relever le défi pendant les cinquante prochaines années».
La technologie alternative choisie par Swisscom consiste à utiliser la fibre optique jusqu’à un certain point, puis de la remplacer par du cuivre ou un autre type de câblage. «Cette technologie a ses limites, estime Dominique Gachoud. On ne peut pas augmenter le débit de transmission de données.»
Avec le départ de Swisscom, FTTH doit s’adapter. L’enveloppe de financement initiale est maintenue, mais le déploiement complet de la fibre optique prendra plus de temps que prévu. Le programme de coopération avec Swisscom prévoyait la fin des travaux en 2027. Les responsables du projet sont incapables d’articuler une nouvelle date.
Le prêt de 35 millions de francs approuvé par le Grand Conseil n’est pas remis en cause. Le nouveau modèle d’affaires prévoit un financement par la location à des fournisseurs de services. Tout opérateur qui le souhaite bénéficie d’un libre-accès au réseau de fibre optique de FTTH, à un prix uniforme dans tout le canton.


Consommer local
Pour bénéficier d’un raccordement, les clients devront désormais se mobiliser et manifester un intérêt. Le modèle s’apparente à celui du chauffage à distance. «Quand un certain nombre de personnes se regroupent et réclament du chauffage à distance, la demande devient suffisante et l’investissement possible», explique Dominique Gachoud. Michel Losey incite les Fribourgeois à «consommer local au niveau de la fibre». Pour les propriétaires et les clients finaux, le raccordement restera gratuit.
Avec ce modèle, il est difficile de présenter un plan de déploiement. En 2017 et 2018, la priorité sera d’amener la fibre optique dans les zones les plus défavorisées où les habitants doivent se contenter d’un service média de piètre qualité. «Nous avons commencé à analyser les communes où les attentes sont les plus fortes. Nous allons prendre contact avec les autorités pour confirmer ce besoin», explique Frédéric Mauron, directeur de FTTH.
La fibre optique posée avec Swisscom restera exploitée en commun. Le retrait de l’entreprise a une conséquence pratique sur les travaux futurs. Pour poser ses câbles, FTTH ne peut plus utiliser le réseau, notamment de téléphone, de son ancien partenaire et doit exclusivement passer par les tubes destinés à l’électricité.

 

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Près d’un tiers des logements sont raccordés

Quelque 47000 logements ont déjà été équipés avec la fibre optique. En 2018, l’entreprise FTTH, qui gère ce déploiement, prévoit d’arriver à 60000 sur les 150000 habitations du canton. Les principales agglomérations bénéficient toutes de cette technologie.
En soutenant ce projet, le canton a souhaité raccorder plus de 90% des logements et 100% des entreprises à la fibre optique. Il s’agit de favoriser l’égalité des chances entre la ville et la campagne.
FTTH prévoit d’investir 200 millions de francs pour parvenir à cet objectif. Fin 2016, quelque 27 millions ont déjà été utilisés. Le canton a octroyé un prêt de 35 mio, dont 10 mio ont été libérés à ce jour.
Le projet a commencé en 2009 avec une phase pilote. Neyruz et le quartier du Torry à Fribourg ont servi de lieux d’expérimentation.
En 2012, le Grand Conseil a accepté le principe et octroyé un prêt. Dans la foulée, la société FTTH est fondée et un contrat de coopération est conclu avec Swisscom. Suivent quatre années où les deux entreprises travaillent ensemble pour déployer la fibre optique. DM

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