«L’économie gruérienne a besoin de l’immigration»

| jeu, 09. mar. 2017

L’Association régionale la Gruyère se penchera demain sur le sujet de l’intégration. Différents thèmes seront traités, dont celui du potentiel économique de la migration. Spécialiste de la question, le Gruérien Marco Pecoraro participera à ce rendez-vous. Il dévoile sa vision.

PAR VALENTIN CASTELLA

Entre 2000 et 2015, le nombre de résidents étrangers vivant dans le district de la Gruyère est passé de 5800 à 14 000. Soit une augmentation de 141%. Cette tendance est impressionnante, compte tenu du fait qu’elle ne comptabilise pas les Suisses qui ont élu domicile dans la région durant cette période. Elle est toutefois proche de la moyenne nationale, qui est de 142%.
Comment le district accueille-t-il ces nouveaux arrivants, comment les intégrer et quelles en sont les répercussions? L’Association régionale la Gruyère (ARG) se penchera, vendredi, sur le thème de l’intégration (voir ci-contre). A cette occasion, plusieurs intervenants s’ex-primeront, dont le Gruérien Marco Pecoraro (photo), économiste et chargé de recherche au sein du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population à l’Université de Neuchâtel. Il parlera du potentiel économique de la migration en Gruyère.

Comment décririez-vous les migrants qui ont élu domicile dans la région ces dernières années?
La population gruérienne était composée, en 2015, de 26% de personnes de nationalité étrangère. Au niveau du canton, le district se situe en deuxième position, derrière la Sarine (28%) et devant le Lac (21%). La Veveyse suit avec 20%, devant la Glâne (19%). Selon les statistiques de 2015, la majorité des migrants proviennent d’Europe. Les Portugais sont les plus nombreux (5700), devant les Français (2360), les Kosovars (900), les Italiens (630) et les Espagnols (590). En ce qui con-cerne la formation achevée la plus élevée, il est intéressant d’observer que entre 50% et 60% des migrants de première génération ne bénéficient que d’une formation obligatoire. Concernant les étrangers de deuxième et de troisième génération, ils affichent un profil proche des Suisses. La majorité bénéficie d’une formation de niveau secondaire II, soit un CFC ou un bac.

Quels sont les effets économiques de la migration?
Beaucoup d’études le démontrent: la migration contribue au développement économique. Elle encourage l’innovation et la croissance. Et on l’observe bien en Gruyère, une région en plein développement économi­que. Son rôle premier est de compenser les pénuries sur le marché du travail. Dans le pays, entre 40% et 50% des Suisses bénéficient d’un CFC. Il existe donc un manque de main-d’œuvre pour des métiers peu et très qualifiés. Les migrants comblent ce déficit. En Gruyère, une majorité est très peu formée par rapport à l’ensemble du pays. C’est notamment dû à la structure de son économie, qui a davantage besoin d’ouvriers et d’employés peu qualifiés. De l’autre côté, seuls 25% des Gruériens possèdent un diplôme universitaire. La région a donc aussi besoin de personnes très qualifiées. Enfin, la génération des baby-boomers arrive bientôt à la retraite. C’est donc une chance de pouvoir compter sur des gens qui contribuent au financement de l’AVS.

Certains affirment que l’arrivée de travailleurs étrangers empêche certains Suisses de trouver un emploi…
Certains secteurs souffrent de la concurrence de la main-d’œuvre étrangère. Mais ce n’est pas uniquement ce facteur qui favorise l’opinion négative sur la migration. Elle est aussi guidée par les différences culturelles. Les explications économiques et culturelles sont complémentaires et affectent les différentes parties de la population de façon distincte.

Les migrants sont-ils bien intégrés économiquement dans la région?
Oui, à en croire les chiffres du chômage. Concernant les étrangers de deuxième et de troisième génération, ainsi que les Européens, le taux se situe entre 4% et 5% en Gruyère. Cela démontre qu’ils sont bien «absorbés» et que l’économie régionale a besoin de l’immigration. Bien sûr, tout n’est pas rose. Une minorité de migrants connaissent de grandes difficultés d’intégration.

Une région doit-elle obligatoirement s’ouvrir pour se développer?
Les personnes contre cette idée sont peut-être très heureuses ainsi et n’ont pas besoin de vivre dans une région qui se développe économiquement. On ne peut pas forcer les gens à s’ouvrir. Cette différence fait aussi la beauté de la Suisse, qui peut être comparée aux Etats-Unis, où des régions sont très progressistes, alors que d’autres pas du tout.

Les Etats-Unis et leur président ont remis à la mode l’idée du protectionnisme. Comment expliquer son succès?
Certaines régions ont clairement été victimes de la globalisation. Je pense à des villes comme Détroit, qui a subi une forte désindustrialisation depuis les années 1970. Après des décennies de prospérité, la mondialisation a commencé à faire peur et le repli sur soi a progressé. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles Donald Trump a été élu. Le Brexit est un autre exemple. Mais je ne suis pas certain que cette tendance soit nouvelle. Elle est juste mise beaucoup plus en lumière par les médias et internet. Avant, les mauvaises vibrations circulaient moins rapidement.

C’est pour cette raison que le terme «migration» possède aujourd’hui une connotation négative pour certaines personnes?
C’est le cas pour un tiers des Suisses, si ce n’est pas davantage, comme en témoigne le résultat de la votation du 9 février 2014, lorsque 50,3% des citoyens ont voté contre l’immigration de masse. Avec mon collègue Didier Ruedin, nous avons également effectué une étude concernant les attitudes des citoyens suisses envers l’égalité des chances entre Suisses et étrangers. Entre 20% et 30% des sondés prônaient le «Suisse d’abord». Heureusement, l’économie du pays est prospère. Ce qui limite une progression trop rapide de ces idées.

 

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L’intégration en question

L’Association régionale la Gruyère (ARG) organisera, vendredi à Espace Gruyère, de 13 h 30 à 17 h, une nouvelle édition des états généraux de l’ARG. Cette fois-ci, ce sera le thème de l’intégration qui se retrouvera au cœur du débat, ouvert au public. Après le mot de bienvenue de Patrice Borcard, préfet et président de l’ARG, Antonio da Cunha, professeur à l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne, évoquera les principes de l’intégration. Marco Pecoraro, économiste (voir ci-contre) et Jean-Daniel Wicht, directeur de la Fédération fribourgeoise des entrepreneurs, se pencheront, eux, sur le potentiel économique de la migration en Gruyère.
Dès 15 h, Michel Favre, responsable de service d’animation socioculturelle de Marly, et Marie-France Roth-Pasquier, conseillère communale chargée du dicastère de la jeunesse, de l’intégration et des transports, évoqueront quelques actions réalisées. Ensuite, Marie-Claire Rey-Baeriswyl, responsable du département des prestations de services de la Haute Ecole de travail social de Fribourg, animera une discussion d’ensemble sur le thème «Vivre ensemble dans nos communes: nos réussites». Enfin, Bernard Tétard, délégué à l’intégration des migrants et à la prévention du racisme, effectuera une synthèse de la journée. VAC

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