Gruyères se met au gaz naturel sans ouvrir la moindre tranchée

| mar, 21. mar. 2017

La technique du forage dirigé permet d’éviter d’éventrer le site historique. L’abandon progressif du mazout permettra une réduction de 25% des émissions de CO2. La commune a obtenu du canton une dérogation à la Loi sur l’énergie.

PAR JEAN GODEL

Impossible, lundi matin à Gruyères, de ne pas penser à un alien sortant de terre… A l’arrière de l’Office du tourisme, au fond d’un trou préparé dans un chemin de gravier, le sol se met à vibrer dans un léger vrombissement, puis la terre frétille, toujours plus fort, jusqu’à ce que surgisse une tête foreuse, poussée en fait depuis une machine située 100 mètres en contrebas, à côté des parkings au pied de la colline. Point de hurlements d’horreur, mais le regard amusé des participants au point presse organisé par Groupe E Celsius pour marquer le lancement du raccordement du bourg historique à son réseau de gaz naturel.
Actuellement, une cinquantaine d’installations de chauffage équipent les maisons de Gruyères. La plupart fonctionnent au mazout et sont vétustes. A ce jour, 60% des propriétaires se sont montrés intéressés à passer au gaz – Groupe E Celsius en vise 70%.


L’essence plus dangereuse
C’est que, par rapport au mazout, le gaz naturel émet 25% de CO2 en moins. Pour ce qui est des particules fines, c’est cinq fois moins que le mazout et même 100 fois moins que le bois. Le gaz serait-il alors plus dangereux? «Etant plus léger que l’air, il s’évapore, rassure Pascal Barras, directeur de Groupe E Celsius. En cas de fuite, c’est moins dangereux que les vapeurs d’essence, lorsque l’on fait le plein.»
Autre avantage, l’évacuation de la citerne à mazout libère une place précieuse, notamment pour les restaurateurs, lesquels, de surcroît, apprécient de cuisiner au gaz. Enfin, les poids lourds livrant le mazout devraient disparaître de la zone piétonne.


De l’industrie pétrolière
Le problème, c’est que Gruyères est bâtie sur une hauteur constituée d’une roche calcaire très dure. D’où la nécessité de recourir au forage dirigé, une technique peu invasive tirée de l’industrie pétrolière et développée dans les années 1960. C’est l’entreprise Zmoos, basée à Yverdon-les-Bains et pionnière en Suisse romande, qui réalisera les travaux.
Le gaz viendra de la conduite passant sous la route cantonale reliant Pringy à Epagny. De là, la foreuse creusera, à environ un mètre de profondeur, une tranchée jusqu’au haut de la colline puis une boucle de 1 km autour du vieux bourg. Les raccordements privés se feront par l’arrière des maisons.
Pour suivre la progression du travail, explique Roland Pasquier, membre de la direction de Zmoos – un enfant du pays installé sur Vaud – une sonde émet des ondes qui permettent de diriger la tête foreuse avec précision. Pour évacuer les matériaux d’excavation, de la bentonite, une argile naturelle, est utilisée sous forme liquide. Ensuite, les tuyaux de gaz seront soudés puis renforcés, pour plus de sécurité.
Avec cette technique, creuser est pour ainsi dire un jeu d’enfant. Surtout, c’est moins cher qu’avec la technique traditionnelle de la tranchée ouverte, étant donné le contexte (roche dure, dénivelé, obstacles). Les nuisances, elles, sont réduites au minimum: habitants et touristes ne remarqueront presque rien. Surtout, cela évitera d’éventrer le nouveau pavement de la ville pour y installer un chauffage à distance. Une option, a rappelé le syndic de Gruyères Jean-Pierre Doutaz, qui avait été étudiée dans les années 1990 avant d’être abandonnée pour des raisons de coûts. Là, le chantier revient à un million de francs, pris en charge par Groupe E Celsius. Le réseau sera mis en service dès la fin de l’année. Par ailleurs, l’entreprise FTTH FR en profitera pour installer la fibre optique à Gruyères.


Patientes négociations
Cela dit, il a fallu patiemment négocier avec le canton. Car sa Loi sur l’énergie impose aux communes un devoir d’exemplarité: pas question pour elles de se raccorder à des énergies fossiles, comme le gaz naturel, les bâtiments publics ou parapublics. Or, c’est précisément ce que Gruyères va faire pour le Foyer St-Germain, l’administration communale ou encore l’école. «Nous avons dû prouver au Service de l’énergie qu’il n’y avait ici pas d’autre solution», résume Pascal Barras.
Le site étant protégé, ni l’éolien ni le solaire n’étaient envisageables, pas plus, on l’a vu, que le chauffage à distance sous les nouveaux pavés. Gruyères a donc obtenu une dérogation. «En contrepartie, précise Jean-Pierre Doutaz, nous nous sommes engagés à étendre le réseau de chauffage à distance alimenté au bois au centre de Pringy ainsi que sur l’ancien site du motel d’Epagny (n.d.l.r.: où pousseront bientôt un hôtel et une clinique). Voilà une exception qui n’est donc pas une faveur.» ■

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