Syndics, ces élus qui ne seront jamais plus des citoyens lambda

| sam, 18. mar. 2017

Près d’un an après avoir rendu leur tablier, que sont devenus les anciens syndics des chefs-lieux? Le Romontois Roger Brodard, le Châtelois François Genoud et le Bullois Yves Menoud parlent de leur nouvelle vie, sans la commune. Pour autant, un ancien syndic ne revient jamais un citoyen comme les autres.

PAR SOPHIE MURITH

Ils ont été «Monsieur le syndic». Mais ce temps est révolu. Un an après la sortie d’exécutifs de nombreux élus, dont les trois syndics des chefs-lieux du Sud fribourgeois (lire ci-dessous), la question de la place de l’ancien édile dans l’espace public se pose. Quels droits, quels devoirs lui incombent-ils?
Ceux du simple citoyen, en réalité. Libre de ses mouvements et donc de quitter sa commune. Roger Brodard, ancien syndic de Romont, habite désormais Collombey (VS).
Libre de rester, aussi. Quelle attitude tenir alors? «J’ai choisi de rester très en retrait, note Jean-Paul Glasson, syndic de Bulle de 1994 à 2009. Ni par dédain ni par manque d’intérêt, mais par retenue.»
Georges Oberson, à la tête de Riaz de 2007 à 2011, est bien d’accord sur ce point. Après avoir quitté ses fonctions communales pour raison professionnelle, il assistait aux assemblées sans pour autant intervenir. «On ne vous y écoute pas comme un citoyen lambda et, pour les élus en place, ce n’est pas évident.» L’ancien syndic fait figure d’initié, du moins durant la première année.


Perdre ses réflexes
Joseph Aeby, actuel syndic de Rue, avait aussi été contraint de suspendre son activité communale en 2002. Après un passage par le Conseil général, il est de retour à la syndicature depuis l’an dernier. Il se souvient de son passage au citoyen lambda.
«Pendant un an, vous avez encore le réflexe syndic. En passant devant le signal 50 km/h, on note mentalement qu’il faut le changer. Mais, il faut se souvenir que cela ne nous regarde plus.»
Ils sont unanimes. Pour rien au monde, ils n’émettraient de critiques à l’encontre de leur successeur. A la rigueur, faut-il se tenir à disposition des nouvelles autorités comme source d’archives?
Une autre chose est certaine. Il ne peut y avoir qu’un seul syndic. Et les honneurs qui lui sont dus restent collés à la fonction. «Certains aimeraient davantage de reconnaissance , relève Jean-Paul Glasson. Mais nous étions et les nouveaux font. Nous n’existons plus et c’est très bien.»
Joseph Aeby estime que ces dernières années, les attentes de la population sont différentes envers les élus. «Auparavant, cela inspirait davantage de reconnaissance. Les citoyens nous voient désormais plus comme des fonctionnaires au service de la cause.»
Une aura semble pourtant persister à nimber les anciens syndics. «Quand on a été, on est toujours meilleur que quand on est, s’amuse Jean-Paul Glasson. Même si mon action n’a pas été considérée comme spectaculaire durant mes quinze années de syndicature, cela demeure, on vient toujours me parler de Bulle.»
Georges Oberson, désormais conseiller général, vit la même expérience. «Quand on est syndic, on est un peu juge de paix, assistant social. On se confie plus facilement à vous qu’à un conseiller communal. Ça a beaucoup diminué, mais ça ne s’arrête pas complètement. C’est agréable.»
Quant à savoir si cela va durer, il subsiste un doute. Le renouvellement démographi-que et le temps font patiemment leur œuvre de sape vers l’oubli. ■

 

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«J’ai retrouvé une liberté»


Romont. Après avoir passé dix ans au Conseil communal et autant en tant que syndic, Roger Brodard ne s’est pas représenté en février dernier. Il a donc quitté ses fonctions en avril et sa ville en octobre. «J’habite à Collombey, ce n’était pas planifié. Nous avons souhaité nous rapprocher de nos petits-enfants qui vivent en Valais, pour les voir grandir.»
Mais il l’assure, Romont reste à une bonne place dans son esprit. «J’y retourne à chaque fois que j’en ai l’occasion. Mon frère y tient le Lion d’Or, j’y ai noué beaucoup d’amitiés qui resteront toute ma vie et je suis un fervent supporter du FC Romont.»
Son déménagement, il a parfois dû l’expliquer. «Certains étaient surpris, mais je n’ai pas eu de remarque négative. Je n’ai pas de justification à donner pour mon départ, je mène ma vie comme je l’entends.» Brûlé comme Bonhomme Hiver, Roger Brodard ne le prend pas comme une attaque personnelle. Bien au contraire. «Il semble que le procès allait plus dans le sens des remerciements que de la critique.»
La distance géographique lui permet de voir évoluer la commune avec du recul. «C’est très intéressant. Nos successeurs portent un autre regard sur certains projets lancés sous ma syndicature.»
Il estime avoir tourné la page assez facilement. «Ne plus vivre à Romont me facilite la tâche. J’ai retrouvé une liberté. S’occuper d’une commune était absolument génial. Je l’ai vécu durant dix ans et personne ne pourra me l’enlever.» SM

 

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«Avant je vivais à 200 km/h»


Châtel-Saint-Denis. Son travail d’enseignant et d’adjoint de direction au CO de la Veveyse continue d’occuper la vie de François Genoud, ancien syndic de Châtel-Saint-Denis. Comme un fil rouge dans une vie qui a bien changé en quelques mois. «Avant je vivais à 200 km/h.»
Elu au Grand Conseil, il poursuit son action politique, le moyen de rester lié à une partie de sa vie de syndic. «Cela a atténué la peur d’arrêter. Quand je participe aux réunions, je repars comme en 40.» Avec davantage de sérénité toutefois. «Je n’ai plus à prendre de décision.
 En décidant, dans une commune, on sait que l’on ne va pas se faire que des amis. Je n’ai plus cette pression-là.»
Il reconnaît s’être détaché de la commune d’autant plus facilement que les grands dossiers avaient pu être menés à bien durant son mandat. «Le chantier de la gare avait atteint une première étape décisive, mais j’avoue que je reste particulièrement attentif au dossier Montmoirin». Il garde bien sûr un œil sur les affaires communales, mais se garderait bien d’intervenir publiquement. «J’ai voulu assister à une séance du Conseil général, mais l’occasion ne s’est pas encore présentée.» François Genoud affirme sa confiance en l’équipe en place. «Mon devoir de réserve ne me permet pas de critiquer les décisions du Conseil communal. Ou de prendre publiquement position. A moins que je ne sois directement interpellé.» SM

 

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«Ma devise, servir et disparaître»


Bulle. «J’ai eu la chance de décider de mon sort. Je ne me suis pas représenté.» Yves Menoud, syndic de Bulle de 2009 à 2016, avait apprécié que ses prédécesseurs ne s’en mêlent pas durant son mandat. «Certes, j’ai de l’expérience, mais ce n’est pas pour autant que je peux être une centrale de conseils.»
Cela ne l’empêche pas d’avoir un avis, un avis de citoyen. «Depuis que j’ai quitté l’Exécutif ma vision a changé, j’appréhende les choses différemment.» Il ne tient pas pour autant à intervenir publiquement. «Mon attitude a été guidée par ma devise: servir et disparaître.» Mais disparaître, ne veut pas dire ne plus s’intéresser.
«Je ne vis pas sur les souvenirs, j’ai mis du recul naturellement. J’ai une vie bien différente, mais j’ai toujours des mandats.» Sa sortie a ainsi pu se faire en douceur et il reconnaît que, en la matière, le système de milice a du bon. «Cela permet d’avoir connu d’autres choses que la fonction publique et d’avoir d’autres intérêts. Je suis heureux de mon passé et surtout de mon présent. Aujourd’hui, quand je suis en société, je suis toujours très à l’aise, mais sans le poids de l’autorité. C’est encore plus agréable.»
Quant à son avenir, Yves Menoud reste évasif. «C’est désormais ma vie privée.» Il ne s’était volontairement pas relancé immédiatement dans une activité. «Aujourd’hui, je me sens ragaillardi, j’ai des projets pour cet automne.» SM

 

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