Un centre national sur sol fribourgeois

| mar, 07. mar. 2017

L’Université de Fribourg a décroché l’ouverture d’un centre national spécialisé dans la lutte contre les nouvelles résistances aux antibiotiques. Un million de francs de la Confédération sera attribué chaque année à ce projet.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

L’Université de Fribourg accueille un premier centre national de référence en médecine. Le NARA s’engage dans la lutte contre les nouvelles résistances aux antibiotiques. «Cela positionne le canton de Fribourg et s’inscrit parfaitement dans la création d’un master en médecine», estime le professeur de microbiologie médicale et moléculaire Patrice Nordmann, qui va diriger ce centre.
La problématique est connue. La résistance aux antibiotiques ne cesse de croître: si la Suisse présente un temps de retard sur les pays voisins, elle suit néanmoins la tendance. «Il est apparu important du fait du nombre de ces souches d’avoir un centre qui coordonne la détection, qui évalue et propose des tests de diagnostic et qui donne des conseils thérapeutiques éventuels sur la prescription d’antibiotiques», explique Patrice Nordmann.
Des échantillons arriveront de toute la Suisse à Fribourg. Selon les estimations, le centre pourrait traiter environ 1000 souches en 2017. «Des bactéries résistantes aux antibiotiques surviennent tous les jours, détaille Patrice Nordmann. Mais il est intéressant d’étudier le degré de résistance, voire la résistance à tous les antibiotiques, ce qui est beaucoup plus rare.»
Le centre fonctionnera comme une caserne de pompiers, en alerte mais sans intervenir constamment. «Pendant 364 jours, il ne se passera peut-être pas grand-chose, puis un jour, il faudra vraiment une solution», imagine le professeur. Cette réactivité est nécessaire pour éviter le développement d’une épidémie, particulièrement dans un hôpital. Les souches dangereuses doivent être identifiées rapidement afin que les patients puissent être isolés.
Service public
Le NARA pourra être contacté par tous les systèmes de soins suisses. Il devra idéalement fournir des résultats dans les quarante-huit à septante-deux heures. Une grande part de cette permanence repose sur le professeur Nordmann.
Le travail en réseau s’avère essentiel pour lutter contre les nouvelles résistances. En Suisse d’abord, où grâce à ce centre, les frontières cantonales sont abolies. Mais les réseaux internationaux ont également toute leur importance. Le NARA dispose de relations privilégiées, puisque la structure, créée par l’Université de Fribourg, est la seule antenne suisse de l’INSERM, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, une entité française.
Le NARA englobe plusieurs organismes et dispose ainsi de multiples sources de financement. A la base, l’Université de Fribourg alloue une enveloppe à la Chaire de microbiologie du professeur Nordmann. La Confédération offre 1 million par année pour le NARA. La structure dispose encore des fonds français de l’INSERM, tandis que certaines recherches sont soutenues par le Fonds national suisse ainsi que des fonds européens.
Le centre ne fera pas concurrence à l’industrie pharmaceutique. Au contraire, il accomplit déjà pour elle de petits mandats, notamment lorsqu’il s’agit d’évaluer de nouvelles molécules sur des bactéries très résistantes. L’équipe du NARA a aussi mis au point des tests de diagnostic, dont les retombées financières profitent à l’Université. Elle contribue à la recherche d’antibiotiques contre certaines bactéries très résistantes, mais cela ne représente qu’une petite part de son mandat.


Petite équipe
Le professeur Nordmann ne s’occupera pas seul du NARA. Il est accompagné d’un médecin du CHUV, le Dr Dominique Blanc spécialiste de l’épidémiologie microbienne et de la prévention des infections hospitalières, ainsi que de son assistant, le Dr Laurent Poirel, qui s’intéresse aux relations entre les résistances émergentes chez l’homme et l’animal.
Ce million de francs peut sembler modeste si l’on considère les attentes dans le domaine. «Si vous demandez 10 mio, la Confédération ne vous les donnera pas, constate Patrice Nordmann. Mais j’ai une dotation plutôt plus importante que les autres centres de maladies infectieuses.» Ce montant pourrait également être revu à la hausse, selon l’ampleur du travail.
Le NARA sera installé dans le nouveau bâtiment construit par l’Université à côté du Musée d’histoire naturelle. Un laboratoire de haute sécurité est prévu. Mais les bactéries étudiées ne présentent pas particulièrement de danger. «Elles n’entraînent pas plus d’infections que les autres, explique Patrice Nordmann. Elles deviennent problématiques quand elles surviennent chez quelqu’un d’immunodéprimé. Là, s’il y a pneumonie, les possibilités thérapeutiques sont limitées. Mais ce ne sont pas des bactéries qui tuent spontanément.»

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