«Pauvre Jacques», une histoire d’hier et d’aujourd’hui

| jeu, 06. avr. 2017

La romance du Pauvre Jacques a pour héros deux Gruériens, un couple au destin extraordinaire. Jacques Bosson et Marie-Françoise Magnin ont fini leurs jours en ville de Bulle, à l’endroit où une maison vient d’être démolie. Une fiction s’est emparée de la trame historique et a mythifié la réalité.

PAR SERGE ROSSIER

Etonnante destinée que celle des Gruériens Jacques Bosson et Marie-Françoise Magnin! La romance du Pauvre Jacques entretient leur souvenir depuis plus de deux siècles. Après bien des péripéties, les deux amoureux passèrent la seconde partie de leur vie dans le quartier bullois de La Léchère, à l’endroit où une maison vient d’être démolie, près du Collège du Sud.
«Pauvre Jacques quand j’étais près de toi / Je ne savais pas ma misère / Mais à présent que tu vis loin de moi / Je manque de tout sur la terre.» Le refrain de cette romance reste connu en Gruyère: il fut populaire dès sa composition, en 1789. Sa trame historique a fait l’objet de plusieurs éclairages: tour à tour Joseph Sterroz (1896), François Reichlen (1906), Denis Buchs (1991), Alain-Jacques Tornare (2001, 2012) et Jean-Pierre Bielmann (2008) en ont dégagé les traits essentiels.
La version originale du Pauvre Jacques est composée à l’occasion du mariage de Jacques Bosson (1757-1836) et de Marie-Françoise Magnin (1760-1835), célébré le 26 mai 1789 en l’église Saint-Symphorien de Versailles. Bref intermède sentimentalo-pastoral pour la cour, alors que les Etats généraux ont commencé le 5 mai.


Un vacher sans terre
Né à Bellegarde, Jacob Boschung quitte la ferme paternelle et se fait engager par la famille Magnin, fermiers aisés, exploitant la ferme de la Buchille à quelques encablures de Bulle. Le domaine est propriété des von der Weid de Fribourg. Le jeune vacher plaît immédiatement à la fille du propriétaire, Marie-Françoise, mais les Magnin refusent l’idée d’unir leur héritière à un simple vacher sans terre.
Jacob Boschung, francisé en Jacques Bosson, est contraint de s’engager dans le régiment Wadner de 1778 à 1786. Il revient alors auprès de Marie-Françoise, à la Buchille. On trouve le moyen d’éloigner le jeune homme une seconde fois en recourant, à nouveau, aux relations des von der Weid: un vacher est demandé auprès de la sœur du roi, Elisabeth de France, pour s’occuper du bétail en son domaine de Montreuil (à deux kilomètres du château de Versailles).
Jacques repart donc pour l’Ile-de-France comme vacher. Il est rapidement nommé régisseur de la ferme de Madame de France. Mise au courant des amours contrariées de Jacques Bosson, la sœur du roi intervient auprès des Magnin par l’entremise des de Diesbach. L’idylle devient mariage d’amour le 26 mai 1789. Comme dans les contes de fées, le couple aurait pu vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants: ce ne fut pas le cas. Le 19 mars 1790, il donne naissance à une fille, Marguerite, leur unique enfant dont la marraine de baptême n’est autre qu’Elisabeth de France.
Mais les soubresauts de la révolution n’épargnent pas le jeune couple: sa protectrice, Madame Elisabeth, sœur du roi, est mise en résidence surveillée. Elle est guillotinée en mai 1794. Jacques est enrôlé de force dans la Garde nationale. Comme le couple de Gruériens a poursuivi l’exploitation de la ferme du domaine de Montreuil, le voici accusé d’«at-tachement à l’auguste famille des Bourbons» en 1793. Jacques réussit à se réfugier à Bulle avec sa fille alors que Marie-Françoise est emprisonnée durant plus d’un an. La chute et la mort de Robespierre sauvent la vie de la jeune femme qui peut quitter Paris et rejoindre sa famille.
Enfin réunis, le couple et sa fille s’installent à Bulle où Marie-Françoise meurt en 1835. Jacques Bosson la suit en 1836. Quant à la fille unique du couple, Marguerite, elle épouse Pierre Glasson (dit «du Tonne-lier») qui exerce la profession de boulanger à la Grand-Rue, à Bulle. L’un des huit enfants du couple n’est autre que Nicolas Glasson (1817-1864), avocat, conseiller national, juge fédéral et poète bullois: la rue entre la gare ferroviaire actuelle et la rue de Vevey lui est dédiée.


Fin de vie Au Clos devant
Sur un dessin anonyme en couleurs, on distingue une ferme entourée d’un pré clos et de quelques fruitiers. Un quatrain en alexandrins lui sert de légende: «La voilà devant moi ma modeste Léchère / Parmi les verts rameaux cachée au fond des prés / Où ma mère m’apprit ma première prière / Guidant parmi les fleurs mes pas mal assurés.»
Au dos de ce dessin, on trouve six strophes manuscrites. Mieux encore, dans La Gruyère illustrée, les poètes de la Gruyère, recueil publié par le peintre Joseph Reichlen et Joseph Sterroz en 1896, on peut lire, dans la présentation de Nicolas Glasson: «Le thème de La Léchère, propriété située au nord de Bulle, lui tenait au cœur. Preuves en sont encore quelques stances qu’il a écrites au verso d’un dessin reproduit ci-haut, probablement de lui et qui représente cette demeure où flottaient pour lui de chers souvenirs.» Joseph Reichlen y propose une copie du dessin en question. Le dessin et l’écriture manuscrite seraient donc de Nicolas Glasson.
Comme l’indique le recensement de la population de 1834, Jacques et Marie-Françoise Bosson sont établis Au Clos devant N° 111. Malheureusement, le cadastre bullois de 1854 situe le Clos devant dans le quartier de La Léchère sans indiquer précisément la maison qui porte ce nom.
Un incendie en 1903 détruit complètement la maison représentée sur le dessin de Nicolas Glasson. Sur les fondations restantes, une nouvelle demeure est reconstruite. C’est cette maison du début du XXe siècle – plusieurs fois transformée – qui vient d’être démolie à proximité du Collège du Sud. Elle se trouvait à l’endroit où Jacques Bosson et Marie-Françoise Magnin ont terminé leur existence. ■

 

Commentaires

Bonjour, A propos de cette pièce, je possède une copie de l'original de la pièce. Savez-vous si ce document intéresserait quelqu'un ? Meilleurs messages. Thérèse Roch

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