Bisbille entre l’ex-syndic et la ville de Bulle

| jeu, 20. avr. 2017

La commune va mettre à l’enquête un PAD destiné à remodeler un projet immobilier porté par la femme de l’ex-syndic, Yves Menoud.

PAR JEAN GODEL

Cette mise à l’enquête, à première vue banale, cache un conflit larvé entre l’actuel Conseil communal de Bulle et l’ancien syndic, Yves Menoud. Demain en effet, la commune mettra à l’enquête une modification de son plan d’aménagement local (PAL). Il s’agit d’y ajouter un plan d’aménagement de détail (PAD) obligatoire au Vieux-Moulin, au centre de La Tour-de-Trême, entre la voie du Bulle-Broc et la rue de l’Ancien-Comté.
Ce secteur est soumis à des impératifs de protection en raison de son inscription en zones «ancienne ville» et «péricentrale II», mais aussi à l’Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger (ISOS): s’y trouvent en effet deux bâtiments historiques – une villa carrée à toit Mansart et la ferme avoisinante, toutes deux propriétés d’Yves Menoud et de son épouse Marie-Christine.
Ce périmètre est entouré de parcelles à bâtir, en grande partie en main de Marie-Christine Menoud. A l’est, d’autres parcelles construites recèlent un potentiel de densification «substantiel», relève le rapport explicatif du bureau Team +. Centrale, champêtre, à un jet de pierre des transports publics, la zone est stratégique.


Un projet «pas bon»
Seulement voilà: le projet de valorisation de la parcelle de Marie-Christine Menoud n’a pas plu au nouvel Exécutif bullois: «De l’avis du Conseil communal, ce projet, qui a soulevé plusieurs oppositions, n’était pas bon», confirme Patrice Morand, en charge de l’aménagement.
De surcroît, la propriétaire semble pressée, ce qui pose problème à la commune: «Si les objectifs communaux sont clairs, lit-on dans le rapport explicatif, les moyens pour y répondre ne sont pas encore exprimés. Le risque est donc grand que la qualité nécessaire afin d’accompagner cette densification ne soit pas atteinte.» En clair, les autorités craignent une verrue de plus à Bulle.
Dans un premier temps, la commune propose de procéder par mandat d’étude parallèle (MEP). Mais les Menoud refusent, lit-on dans le dossier remis hier à la presse. Bulle opte alors pour un PAD obligatoire. Mais comme le préfet de la Gruyère a déjà délivré le permis de construire, le Conseil communal a dû en demander la suspension au Tribunal cantonal, qui la lui a accordée.


Exigences plus sévères
On en est là. Si le PAD ne soulève aucune opposition, Bulle pourra modifier son règlement communal d’urbanisme. Et poser ses exigences: urbanisation de qualité, intégration au contexte bâti et paysager, notamment par l’utilisation de matériaux et de teintes assurant un caractère «plus discret» que les bâtiments protégés et par une implantation et des dimensions adaptées.
Ce projet dérange, donc: «Des propriétaires voisins en avaient esquissé d’autres, mais ils se sont retrouvés devant le fait accompli et tout a été bloqué», explique Patrice Morand. Qui veut voir dans le recours à un PAD obligatoire la possibilité de réunir toutes les parties concernées, y compris la commune, propriétaire de l’Hôtel de Ville voisin, intégré au périmètre.
L’édile, élu il y a un an sur un programme de reprise en main de son aménagement par la commune, assure qu’une solution sera trouvée afin de préserver ce site: «La volonté du Conseil communal est d’œuvrer dans la concertation.» ■

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Yves Menoud accuse la commune de mensonge

Contacté à Rome, Yves Menoud se dit «vraiment fâché». Ni sa femme, propriétaire du terrain concerné, ni lui n’ont jamais refusé de passer par un MEP, assure-t-il: «Parce que jamais on ne nous en a proposé un! C’est un mensonge de le prétendre. C’est malhonnête. Je viens d’appeler la commune (n.d.l.r: mercredi) pour exiger des preuves. Un MEP nous aurait plus arrangés qu’un PAD. Moi qui, comme syndic, ai tant vanté les mandats d’étude parallèle…»
Au départ, raconte-t-il, il y a la volonté de deux voisins de valoriser leurs terrains, trop exigus à eux seuls. Mais aussi la nouvelle LAT et ses impératifs de densification ainsi que plusieurs sollicitations pour leur parcelle. Si bien que le couple Menoud se décide pour le projet de LTT Immo, un promoteur avec qui ils font une promesse de vente. Mais l’un des deux voisins fait opposition à la servitude de passage qui passe sur sa parcelle. S’ensuivent de nombreuses réunions avec la commune, dont Yves Menoud, encore syndic, se récuse. Le 8 février 2016, la commune donne un préavis positif, suivie par les services de l’Etat.
Le préfet signe donc le permis de construire, malgré le fait, révèle Yves Menoud, qu’entre-temps, le nouveau Conseil communal a demandé le retrait du projet, le trouvant mauvais. L’ex-syndic refuse, dénonçant un «revirement total»: «Le préfet n’a pas plus octroyé d’effet suspensif, aucun élément nouveau n’étant intervenu.» La commune et le voisin saisissent alors le Tribunal cantonal. Lequel ne devrait pas rendre sa décision avant l’automne. Cependant, l’effet suspensif est accordé: si le permis de construire n’est pas annulé, les travaux ne peuvent pas commencer.
Yves Menoud, qui a rencontré le syndic Jacques Morand il y a deux semaines, est fâché d’apprendre par les journalistes la mise à l’enquête du PAD durant ses vacances. Il se dit pourtant persuadé qu’un compromis sera trouvé. «Nous sommes prêts à améliorer notre projet. Mais il faut le faire sur des bases saines, pas en manœuvrant dans notre dos.» Avant de décider d’une éventuelle opposition au PAD, les époux Menoud demanderont des explications à la commune. JnG

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