Le président de la France que les gens d’ici éliraient bien

| sam, 22. avr. 2017

Plus que les précédentes, la campagne présidentielle française passionne les Romands. Comment a-t-on suivi les débats? Pourquoi un tel intérêt? Pour qui voterait-on? Cinq personnalités du Sud fribourgeois se sont prêtées à un petit jeu impressionniste.

PAR JEAN GODEL

Mais pourquoi donc les Romands se passionnent-ils pour les élections présidentielles françaises? Indéniablement, les onze candidats en lice ont mis les petits plats dans les grands pour présenter un spectacle à proprement parler extraordinaire: entre casseroles retentissantes, mises en examen, reniements politiques et effondrement des partis historiques, cette campagne ne ressemble à aucune autre.
La Gruyère propose un petit panorama parfaitement subjectif: cinq personnalités du Sud fribourgeois évoquent leur ressenti, racontent «leur» campagne et, subsidiairement, dévoilent pour qui ils voteraient.


● Paul Plexi
Le vainqueur de la Nouvelle star 2016 suit la campagne essentiellement sur les réseaux sociaux. Et le Glânois lui reconnaît un côté très théâtral: «C’est un show! Mais la campagne est plus focalisée sur les clashes que sur le fond. Avec la rapidité des réseaux sociaux, tout cela contribue à jeter de l’huile sur le feu.»
Au travail, où un petit tiers de ses collègues sont français, les vannes fusent à la pause-café: «C’est “le” sujet de conversation. Je les chambre souvent, mais aucun n’a encore osé me dire qu’il voterait Front national. La tendance est plutôt à Jean-Luc Mélenchon.»
En l’occurrence, ce serait aussi la sienne: «Jean-Luc Mélenchon a un ton relativement nouveau. Et son style est à part, son image bien pensée, avec sa veste de vieux prof.» Sur le fond, son programme est très à gauche, reconnaît le musicien, par ailleurs peu enthousiasmé par le phénomène Macron: «Sur le fond, c’est encore de la poudre aux yeux.»
Face aux scandales, Paul Plexi renvoie tout le monde à l’affaire du présidentiable Dominique Strauss-Kahn, en 2011: «On attaque les gens sur leur point faible. Pour l’instant, on n’a pas encore réussi à faire tomber Mélenchon.»


● Jean-Claude Sudan
Fondateur de JCS Sciage SA, une entreprise spécialisée dans le sciage du béton à Attalens, Jean-Claude Sudan est intéressé au premier chef par l’avenir de la France, lui qui y a implanté une succursale il y a quatre ans, non loin d’Annecy. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience l’a laissé perplexe: «La France est dévastée.»
En cause, un rapport au travail différent de celui à l’œuvre en Suisse, estime le patron: «Les gens ne sont pas impliqués, les rendements ne sont pas les mêmes que chez nous et les prix, une catastrophe!» Quant aux 35 heures, il y voit une «aberration totale» avec un système – «jamais imité nulle part…» – qui défavoriserait autant les entreprises que les ouvriers: «Ça ne leur suffit pas pour vivre.»
La France n’est-elle donc pas réformable? «Si, mais avec un gouvernement à poigne!» Avec qui à sa tête? «Fillon. C’est le seul dont le programme tienne la route.» Le libéralisme d’Emmanuel Macron? «Il n’y a jamais eu de véritable parti du centre en France. Avec qui gouvernera-t-il?» Le même problème se pose pour Jean-Luc Mélenchon, selon lui. Quant au Front national, il va trop loin, selon lui: «Sortir de l’Union européenne est irréalisable: la France est dans un tel état de pauvreté…»
Quant aux casseroles de François Fillon, elles ne retiennent pas Jean-Claude Sudan: «On connaît les siennes, pas celles des autres. Tous se servent dans les mêmes gamelles.»


● Patrice Borcard
Pour le préfet de la Gruyère, c’est le côté série télé qui passionne les Romands: «On a là un vrai feuilleton, une téléréalité, un drame permanent. Comme spectateur, c’est passionnant. Mais je n’aimerais pas être français… J’étais à Paris ce week-end: j’y ai rencontré des électeurs dans le flou le plus complet!»
Patrice Borcard juge inquiétant le délitement d’un système politique articulé, depuis la Seconde Guerre mondiale et de Gaulle, autour de l’axe gauche-droite. Et il ne voit pas, en Emmanuel Macron, l’émergence d’un vrai centre.
Car avec En marche! mais aussi le Rassemblement bleu Marine et la France insoumise, ce ne sont plus les partis qui mènent le bal, mais des mouvements agrégés autour de personnes – Macron, Le Pen et Mélanchon. «De fait, on ne sait pas exactement en quoi consiste le programme d’Emmanuel Macron sur de nombreux points.»
Les Français assistent donc, désemparés, à «l’implosion en direct» de l’ensemble du système que des scandales en cascade ont déclenchée. «C’est assez dramatique», se désole Patrice Borcard, inquiet de cette fracture démocratique qui divise le pays: «Les Français ont l’impression que les moyens de gouvernement aussi bien que le ministère de la parole – les médias – se sont approprié les pouvoirs et forment une petite caste. Du coup, ils ont envie de tout bazarder.»
Et ce fossé entre élus et population ne daterait pas d’hier. Aujourd’hui, une vague antisystème s’y engouffre, sur laquelle surfent tous les candidats. «Tous renient l’Ancien-Monde. Pendant ce temps, la campagne s’appuie sur des croyances plutôt que sur des idées.»
La France, qui aime tant se livrer à des figures providentielles, en manquerait donc cruellement. Pas même Emmanuel Macron? «A Paris, j’ai vu des affiches sur lesquelles il se regarde dans un miroir qui lui renvoie l’image de François Hollande… Certes, il a du talent, mais il rassemble derrière lui aussi bien Robert Hue (ancien président du Parti communiste) qu’Alain Madelin (ministre libéral dans les gouvernements de Chirac, Balladur et Juppé). Ses propositions sont parmi les plus séduisantes, mais j’hésiterais beaucoup: l’incertitude est telle…»
Patrice Borcard voterait quand même pour lui, «avec de grands doutes». Le préfet de la Gruyère se dit surtout persuadé que Marine Le Pen figurera au second tour. Et que François Fillon passera l’épaule, malgré ses casseroles: «Sociologiquement, la France est à droite.»


● Pierre Joye
Le médecin à la retraite est attaché à la France pour des raisons personnelles: à la fin du XIXe siècle, son grand-père a quitté la Suisse pour chercher du travail à Paris, comme groom d’ascenseur dans un hôtel particulier. «Mais la campagne actuelle ne me passionne guère: toutes ces casseroles, ça fait quand même bizarre.»
Pour lui, c’est l’élection du président au suffrage universel qui explique les dérives en cours: «La Suisse, où les Chambres élisent le président, coupe certes toutes les têtes qui dépassent, mais c’est le moins mauvais régime: ce sont les institutions qui priment. En France, tous les coups sont permis.» Le retraité se lamente autant de la pipolisation de la politique que de la simplification à l’œuvre au Front national: «Les gens simples sont sensibles aux arguments populistes.»
Alors qui? Macron, «le moins mauvais. D’abord, parce qu’il est jeune. Et tant mieux s’il n’a jamais été élu jusque-là: il ne sera coincé dans aucune compromission. Ce serait un joli coup de pied dans la fourmilière.» Pour autant, Pierre Joye emprunte à Michel Houellebecq ces mots pour dire son apathie face au spectacle français: «J’observe d’un œil froid l’avancée du néant.»


● Antoine Micheloud
Pour le directeur de la station de Moléson, les Français sont un «peuple à rebondissements»: capables de grandes choses comme d’un «laxisme exemplaire». Pas vraiment passionné de politique, de nature plutôt centriste, le Valaisan d’origine ne se dit en tout cas pas surpris par les scandales: «Quand je regarde ce qui s’est passé aux Etats-Unis ou maintenant en France, je me dis que la Valais (n.d.l.r.: qui sort d’une élection au Conseil d’Etat agitée) est une contrée polie…»
Tous pourris? «Non, tous humains, de chair et d’os, avec leurs défauts. La France a besoin d’un chef d’Etat, elle aura un homme comme tout le monde. Car il est quasi impossible de ne pas trouver de casserole à quelqu’un ayant trente ans de carrière politique derrière lui.»
Au final, la confusion générale – «quel rôle a joué les médias?» – aurait même provoqué un lissage entre les quatre principaux candidats, au coude-à-coude: «L’ampleur des scandales a annihilé leur effet.» Pragmatique, le professionnel du tourisme demande à voir ce que les candidats ont à dire.
Et au terme du premier débat télévisé, il a vu en François Fillon celui qui représente le mieux «la stabilité dont la France a besoin.» Mais si sa mise en examen devait se muer en condamnation, il sera malaisé de l’imaginer légitime. «Le plus légitime, c’était Alain Juppé.»
Pour lui, c’est l’expérience qui compte. D’où sa confiance en l’actuel maire de Bordeaux, aimé de ses concitoyens. Voilà qui discrédite à ses yeux Emmanuel Macron. «Il lui manque une assise pour les Législatives. Les Français, contestataires, ont l’habitude du retour de balancier…» Le phénomène Mélanchon? «Il a raison de vouloir instaurer une VIe République.» Ce sera tout. Le socialiste frondeur Benoît Hamon, lui, n’a vraiment pas ses faveurs: «Je n’aime pas les traîtres.»
Et Marine Le Pen, alors? «Je ne me laisse pas influencer par les accusations de fascisme, de xénophobie et d’europhobie pour ne pas regarder le programme d’un parti. Mais le Front national n’est pas la bonne solution pour la France.» Toujours cette méfiance des extrêmes…
Alors qui? «Plutôt Fillon, Mais je suis versatile, du genre à déjouer les sondages au dernier moment. Ce qui est sûr, c’est que la personnalité qui changera la France ne figure sur aucune des listes cette année.» ■

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