Le trafic des minibus improvisés se poursuit, comme avant

| jeu, 13. avr. 2017

Ce jeudi soir, des minibus transportant des passagers quitteront le canton en direction du Portugal. Un an après le terrible accident survenu dans l’Allier, en France, les habitudes n’ont que peu évolué. Enquête.

PAR FRANCOIS PHARISA

Mille huit cents kilomètres, pour à peu près vingt heures de route. Martinho Dos Santos, 59 ans, relie Bulle à Viseu, dans le centre du Portugal, quatre fois par année, pour retrouver sa femme et sa fille, restées au pays. Parfois en autocar, mais le plus souvent dans l’un des minibus de ses cousins, qui gèrent une petite entreprise de transport au Portugal. «J’ai toujours fait comme ça, j’ai confiance en eux, alors pourquoi je ferais différemment maintenant? L’accident n’a rien changé», lance cet ancien responsable du Centre portugais de la Gruyère, en haussant les épaules.
L’accident, c’était il y a un an. A la veille du week-end pascal, un minibus, parti de Romont, percutait frontalement un poids lourd sur une route de l’Allier, en France, faisant douze victimes, neuf Fribourgeois et trois Vaudois. Le drame avait choqué, d’autant plus que le fourgon était modifié et que son chauffeur n’avait pas toutes les autorisations requises. Ce dernier, ainsi que son oncle, le propriétaire, seront d’ailleurs jugés d’ici la fin de l’année.
Pourtant, les témoignages recueillis le démontrent, ce va-et-vient de minibus improvisés semble bien perdurer. Comme si rien ne s’était passé.


«Leur carte circule»
«La façon de faire est la même qu’avant», s’énerve Antonio Godinho, ex-conseiller communal à Romont et membre bien connu de la communauté lusitanienne du chef-lieu glânois. Selon lui, ils sont une trentaine dans le canton à proposer leurs services pour gagner le Portugal en fourgon. «Et je suis encore gentil. Vous tomberiez des nues si vous voyiez le nombre de minibus avec des plaques fribourgeoises au Portugal.»
Certains voyagistes ont pignon sur rue, leur nom et leur numéro de téléphone se trouvent aisément sur internet ou sur l’une des nombreuses annonces placardées contre les murs des lieux de rencontres de la communauté. De l’avis des personnes interrogées à Romont et à Bulle, ces chauffeurs sont «des gens sérieux et expérimentés, qui respectent les règles».
D’autres, en revanche, se font plus discrets. «Leur carte circule sur les chantiers. Une fois le boulot terminé le vendredi, ils filent prendre une douche, ramassent les clients et partent vers le Portugal. Puis ils reviennent le dimanche. C’est révoltant», s’agace Antonio Godinho, qui n’a pas sa langue dans sa poche quand il évoque le sujet. Quinze ans durant, il a effectué le trajet entre ses deux pays, pour acheminer des marchandises. Il dit avoir vu «tout et n’importe quoi avec ces minibus».


«Les gens ont déjà oublié»
Comme lui, José Lanzana, de la société Eggmann-Frey, représentant pour la ligne d’autocars Eurolines, regrette la persistance de ce «fléau». «Il est vrai que l’accident de minibus et celui d’autocar en janvier dernier ont fait prendre conscience à certains des dangers encourus. Mais globalement, rien n’a changé. Les “pirates” partent chaque semaine, de Fribourg, du Valais, du restoroute de La Côte, et continuent d’emprunter les routes nationales françaises pour éviter les péages. Les gens ont oublié l’accident», observe-t-il, précisant que sa société attire une autre clientèle, des retraités qui ne recherchent pas la rapidité, mais davantage la sécurité et le confort.


Entre 250 et 400 francs
Le transport en minibus comporte des avantages indéniables. Ils sont connus: le porte-à-porte, intéressant pour les personnes résidant dans des villages éloignés des aéroports de Porto et de Lisbonne, ainsi que le prix. Le voyage aller-retour se monnaie entre 250 et 400 francs par personne, valises comprises. Un tarif imbattable en période de fêtes, quand le voyage en avion peut grimper jusqu’à 800 francs. «En plus, les compagnies de minibus font des promotions à Noël, à Pâques ou pendant les vacances d’été», relève Anna Faveiro, responsable du Centre portugais de la Gruyère. Comme beaucoup, elle ne pense pas que le drame de l’année passée ait affecté ces transports et appelle les passagers à se montrer plus prudents. «Des minibus partiront probablement de Bulle, ce soir.»
De Romont également. «Certains ont pour point de départ le giratoire de la Belle-Croix», assure un Cottensois d’origine portugaise. Croisé au Centre portugais de Romont, il préfère garder l’anonymat. Pour lui, ces transports en fourgon s’assimilent un peu à un «sacrifice».
«On essaye de réserver des billets d’avion à l’avance, mais ils sont trop chers. Et quand Pâques arrive, il faut tout de même bien aller rendre visite à la famille quelques jours, alors on réserve une place dans l’un de ces minibus qui, parfois, sont déjà complets. Alors le chauffeur ajoutera un siège.»


Voyage entre amis
En cas de contrôle de police, ce dernier prétextera à un voyage entre amis, qui se partagent seulement les frais d’essence. «Ils jouent tous là-dessus et sur l’astuce des neuf sièges», peste José Lanzana. Pas besoin, en effet, pour un voyage à titre privé, avec un minibus n’excédant pas neuf places, de permis spécifique, de tachygraphe ou d’autorisation internationale.
L’accident d’il y a un an n’aurait donc eu aucun impact? Si la façon d’opérer des chauffeurs n’a guère évolué, les passagers seraient en diminution. C’est ce qu’affirment deux chauffeurs de minibus – les seuls qui ont accepté de témoigner – dont les avis diffèrent des impressions glanées dans la communauté.
«C’est calme cette année. Avant, je descendais au Portugal deux fois par semaine. Désormais, je m’y rends plus qu’une fois. Et principalement pour des marchandises», indique Diamantino Nobre, à la tête d’une entreprise portugaise de transport entre le pays et la Gruyère.
Même son de cloche du côté d’Avelino Beselga, à Bulle, qui a monté sa petite société il y a seize ans. «Ce week-end, je remplirai deux minibus. Il y a quelques années, on partait avec cinq ou six fourgons.» Il a d’ailleurs dû réduire dernièrement la voilure, en revendant un véhicule. Tous deux disent avoir été contrôlés par la police dans les mois qui ont suivi l’accident dans l’Allier. «Les transporteurs en règle paient à la place des conducteurs illégaux.» ■

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