De la crème double au pays des caribous

| jeu, 04. mai. 2017

Pour sa 6e saison, l’émission «Dîner à la ferme» met en compétition des agriculteurs suisses émigrés au Québec. Aussi célèbre là-bas – si ce n’est plus – qu’ici, Alain Morisod a contribué à réunir une partie des sept candidats. Anne Pharisa Jaquet, d’Estavannens, et Eric Dupasquier, de Vuadens, porteront haut les couleurs gruériennes.

Par SOPHIE ROULIN

Télévision. «Tout ça, c’est la faute d’Alain Morisod.» Le plus célèbre des chanteurs romands en terre québécoise a en effet joué les intermédiaires pour la RTS, proposant à des amis agriculteurs vaudois émigrés: «Et pourquoi pas une édition de Dîner à la ferme au Canada?» La 6e saison de l’émission, qui débute demain soir, s’invite donc au pays du caribou. Sur sept candidats, deux sont Gruériens: Anne Pharisa Jaquet, 40 ans, d’Estavannens, et Eric Dupasquier, 62 ans, de Vuadens.
«Quand Alain Morisod nous a appelés pour connaître notre intérêt, j’ai cru à une farce», raconte Eric Dupasquier, à Saint-Alexandre, au Québec (lire ci-dessous). «Mais on a rappelé et c’était bien lui.» Les Dupasquier connaissent l’émission, diffusée au Québec sur TV5 Monde. Ils hésitent malgré tout. «On se rendait compte que cela allait nous donner du travail. Mais on s’est dit qu’on allait le faire, pour le fun.»
Le Gruérien d’origine appelle sa «compatriote» Anne Pharisa pour la convaincre de participer également. Même hésitation du côté de Johnville où vit la famille Jaquet (lire ci-dessous). «J’aime bien que tout soit parfait, alors je voyais bien que ça nous donnerait beaucoup de job avant le tournage.» La jeune femme était prête à dire non, mais son mari et sa fille la pousse à accepter. «On a réfléchi et beaucoup discuté, se rappelle-t-elle. La condition était qu’on le fasse en famille et que chacun contribue.»

Tournage en étapes
L’équipe de la RTS vient à trois reprises pour le tournage. Au début août, elle noue les premiers contacts et fait des repérages. L’occasion aussi de filmer des images du 1er Août, toujours célébré avec enthousiasme par les expatriés helvétiques. En septembre, elle tourne les séquences du quotidien de chacune des exploitations. Quant aux repas, ils seront partagés durant les premiers grands froids, en novembre.
«Les travaux de nettoyage n’ont pas toujours été un plaisir, souligne Anne Pharisa. Mais ça nous a beaucoup rapproché de mener un tel projet ensemble. Ma fille Emilie a beaucoup contribué au niveau de la décoration, de la préparation des assiettes. Elle a pris de l’assurance. Et, moi, j’ai appris à lâcher prise.» La cabane à sucre a néanmoins été poutsée de fond en comble pour accueillir les caméras de la RTS.
Dans l’émission qui sera diffusée vendredi prochain, on verra Anne, Olivier et leurs enfants déguster des macaronis de chalet dans la plus pure tradition gruérienne. Pour régaler ses invités, Anne Pharisa a aussi misé sur des spécialités aux saveurs helvétiques: une soupe de courge adoucie à la crème double précède un filet de bœuf au sirop d’érable accompagné de rösti.
«Le Québec n’a pas une grande histoire gastronomique, relève la jeune femme. J’ai appris à cuisiner en Suisse, j’ai fait l’économie familiale à Grangeneuve. Nos goûts restent très suisses.» Elle avoue même ramener des épices et des assaisonnements à chacun de ses voyages. «Mais on le fait tous», rigole-t-elle.

Crème et meringues
Dans le container qui a transporté leurs affaires, les immigrés gruériens n’ont pas manqué d’emporter une centrifugeuse. «A chaque fête, on sert des meringues et de la crème double», affirme Eric Dupasquier. Pour son dîner, le Vuadensois les a placées entre un diplomate au kirsch et un Paris-Brest.
A Saint-Alexandre comme à Johnville, tout est fait maison ou presque. Et pas seulement pour l’émission. «Je fume moi-même mes saucissons pour la Bénichon», relève le Vuadensois, qui a repris cette tradition bien gruérienne pour le plus grand bonheur de ses huit enfants. Mais l’empreinte du Canada est bien là: à ses hôtes du Dîner à la ferme, il propose du saumon fumé par ses soins. En patois dans le menu: saumon dou fathon…
Les deux Gruériens sont en compétition avec trois Vaudois, un Argovien et un Saint-Gallois. Ils en découdront chaque vendredi jusqu’au 23 juin et se retrouveront au-dessus du Léman pour une finale tournée en décembre.

 

Les Colombettes bis à une heure de Montréal

Eric Dupasquier et son épouse Rose sont partis le 15 octobre 1979. «Juste avant la Bénichon de Vuadens», raconte-t-il au téléphone. Rose est enceinte et elle ne pourra plus prendre l’avion le 11 novembre, date à laquelle le reste de la famille fera le voyage.
Le grand saut au-dessus de l’Atlanti-que, c’est le rêve de Pierre, le papa d’Eric. Déjà adultes et mariés, ses deux fils le suivent, tout comme ses deux filles, encore adolescentes. A l’automne 1979, les Dupasquier quittent donc leur ferme située à 500 mètres des Colombettes, à Vuadens, pour une exploitation de Saint-Alexandre au Québec. Une exploitation qu’ils ont appelée… Les Colombettes.
Peu de temps après leur départ, fin février, le décès de Pierre Dupasquier, à la suite d’un problème cardiaque, émeut toute la Gruyère. Il a juste eu le temps de voir naître Patrick, son petit-fils, qui arbore aujourd’hui fièrement le bredzon pour jouer du cor des Alpes, lors du 1er Août célébré chaque année par les expatriés suisses. «Il est musicien et a appris facilement.»
De son côté, Eric entonne volontiers le Lyôbà. «Au début, la gorge se serrait quand il fallait prononcer di Colombètè, explique-t-il dans la séquence souvenirs de l’émission. Maintenant, ça va mieux. Il fait bon vivre, ici, au Canada.»
A leur arrivée, les Dupasquier possédaient 200 hectares de terre. Ils en comptent aujourd’hui le double. Associé à son frère et à son neveu, Eric y cultive notamment du maïs et du soja et y élève 240 têtes de bétail, dont 110 à 120 vaches laitières. SR

 

Elle a suivi son «chum» et laissé ses montagnes

C’est pour «suivre l’amour» qu’Anne Pharisa a pris l’avion pour le Québec. La première fois pour trois semaines, à l’été 1995, pour rejoindre Olivier Jaquet. Il avait quitté Estavannens en juin, avec ses parents Charlotte et Conrad Jaquet et ses deux frères, Nicolas et Philippe, pour s’installer à Johnville. La famille y avait acquis un domaine de 120 hectares.
En 1996, Anne reprend l’avion pour un séjour de trois mois, puis pour un séjour plus long l’année suivante. «Et, en 1998, on s’est mariés pour que j’obtienne le visa et que je puisse m’installer à mon tour», explique-t-elle par téléphone, avec un accent gruérien encore bien présent même si les sonorités québécoises percent çà et là.
Dans leur ferme, qu’Olivier a désormais reprise avec son frère Nicolas, la famille Jaquet élève 230 têtes de bétail, dont une centaine de vaches laitières, sur quelque 260 ha de terre. Anne seconde son mari, ou plutôt son chum, comme elle l’appelle maintenant. Elle gère aussi le quotidien de la famille qu’ils ont fondée: Emilie, 17 ans, Benjamin, 15 ans, et Adrien, 8 ans.
Les liens avec la Suisse restent forts, surtout pour Anne qui y a toute sa famille. «J’essaie de revenir une fois par année.» Et pour financer son billet d’avion, elle cultive et vend des courges et des potirons. «La montagne, la vie au chalet, la foire d’Albeuve… tout ça reste important pour moi.» Les larmes ne sont jamais loin quand elle les évoque. «Quand je bois mon premier Rivella à mes retours en Suisse, je demande un moment de silence!» Et le rire chasse la nostalgie. SR

Commentaires

Je me réjouis pour cette émission. J'aime bien faire mes bricelets, cuchaules et pain d'anis au Canada. Mais lire que le Québec n’a pas une grande histoire gastronomique... m'a un peu choquée. Je vous conseille de faire un petit tour à La Maison du Pêcheur à Percé en Gaspésie... Tout simplement sublime. Le Homard Nu risque bien de vous donner l'eau à la bouche! Accompagné d'une bière Pit Caribou... Santé!

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Chute mortelle dans les Préalpes

Un accident de montagne s’est produit dans la région de la Dent-de-Folliéran, dimanche en fin de matinée. Un homme de 28 ans domicilié dans le canton de Fribourg a fait une chute d’environ 200 mètres et a perdu la vie. Il se trouvait sur l’arête de Galère et cheminait en direction du Vanil-Noir.