La recherche d’ouvriers d’alpage, une quête toujours plus difficile

jeu, 18. mai. 2017

De nombreux agriculteurs peinent à trouver des ouvriers pour œuvrer, l’été, sur les alpages. Conditions de vie, isolement et spécificité du travail en montagne: autant de facteurs qui rendent difficile la recherche de main-d’œuvre. Ces saisonniers débarquent, la plupart du temps, de l’étranger et notamment de l’Est.

PAR VALENTIN CASTELLA

L’été approche et la montée à l’alpage se précise pour les agriculteurs de la région. L’heure n’est toutefois pas à la sortie du placard du bredzon pour nourrir les clichés encore bien ancrés. Depuis plusieurs dizaines d’années en effet, les armaillis ont été remplacés par des ouvriers, provenant, pour la plupart, de l’étranger.
Après les vagues africaine et portugaise, c’est aujourd’hui des hommes de l’Est qui investissent les chalets de juin à octobre. Et ces derniers sont, pour beaucoup d’agriculteurs, de plus en plus difficiles à trouver. A l’image du Gruérien Laurent Caille qui, malgré de longues recherches, n’a pas encore déniché la perle rare. De plus, une nouvelle embûche s’est ajoutée à cette quête: la diminution de l’octroi de permis B pour les Roumains et les Bulgares.


Des endroits rustiques
Pourquoi l’engagement de main-d’œuvre est-il devenu compliqué? La première raison évoquée concerne les conditions de travail, qui ne correspondent pas aux standards de la plaine. «Même s’ils bénéficient de conditions d’hygiène acceptables, les ouvriers vivent durant plusieurs mois dans des endroits qu’on peut qualifier de rustiques», commente Philippe Dupasquier, président de la Société fribourgeoise d’économie alpestre.
Le Tourain poursuit: «Il faut aussi être conscient que le métier peut paraître moins attractif que d’autres, étant donné que la semaine de travail ne se termine pas le vendredi à 17 h.» «Les journées commencent à 5 h 30 et se terminent aux alentours de 19 h», complète Laurent Caille, d’Estavannens.
Autre condition requise: bénéficier d’une bonne condition physique: «Les candidats doivent effectuer beaucoup de déplacements à pied et supporter de lourdes charges.»
Le mode de vie est également particulier. «Certes, la personne vit dans un petit coin de paradis, mais elle est retirée de tout, reprend Laurent Caille. Dans les chalets, il n’y a pas de wifi. Le contact avec la famille n’est pas toujours évident à établir et l’employé peut se sentir déraciné.»
L’agriculteur du Châtelard Jean-Louis Roch, qui collabore avec des étrangers depuis plus de vingt ans, essaie d’atténuer cet éloignement: «Ils débar-quent aujourd’hui avec leur téléphone et leur ordinateur et nous devons faire des efforts pour faciliter la communication avec leurs proches.»
Philippe Dupasquier évoque également le fait que la technologie, toujours plus poussée dans ce secteur d’activité, peut freiner certains candidats, pas assez formés. «Mais cela reste assez rare, atténue Jean-Louis Roch. Une personne manuelle peut effectuer la plupart des travaux.»


Candidature sur Facebook
Pour trouver du personnel, les employeurs utilisent différents moyens. Du plus traditionnel, comme les petites annonces, notamment publiées dans les journaux agricoles, au plus moderne, comme les réseaux sociaux. «Certains, essentiellement des Suisses, déposent leur candidature sur Facebook, sur des pages destinées aux agriculteurs», détaille Laurent Caille.
Mais la manière la plus fréquente d’embaucher reste le bouche-à-oreille. Un système qui fonctionne bien pour le Glânois Jean-Louis Roch: «J’ai la chance de pouvoir compter sur un Roumain établi en Suisse depuis une vingtaine d’années. Il est ma source et il me permet d’engager ses connaissances.»
Parfois efficace, le bouche-à-oreille peut toutefois réserver quelques mauvaises surprises. «C’est la loterie lorsque les ouvriers ne disposent pas de références», constate Laurent Caille. Jean-Louis Roch ajoute: «Bien sûr, on peut parfois mal tomber, comme j’ai pu le constater l’été dernier. Une personne est partie après un mois, car elle ne se sentait pas à l’aise.»
Si la main-d’œuvre étrangère est sollicitée, c’est parce que les Suisses ne sont pas nombreux sur le marché: «Il y en a quelques-uns, notamment des jeunes qui ont terminé leur formation et qui ne possèdent pas de domaine», précise Philippe Dupasquier. Mais leurs employeurs doivent assurer un salaire minimal de 3630 francs. «Des montants élevés par rapport aux bénéfices engrangés», admet Laurent Caille, qui complète: «Les Suisses sont plus exigeants. Un ouvrier a, par exemple, refusé mon offre car il jugeait les conditions trop rustiques.»
A l’heure actuelle, aucune aide cantonale n’est proposée aux agriculteurs, à l’image des Vaudois, qui bénéficient d’un service de placement regroupant toutes les offres (TerrEmploi). «Cette base de données est efficace pour les vignerons ou les maraîchers, note Frédéric Ménétrey, directeur de la Chambre fribourgeoise d’agriculture. Toutefois, l’alpage est un secteur très spécifique, où chaque situation est différente. Une telle offre ne serait pas efficace.»


Une réflexion est menée
Consciente du problème, l’Union des paysans fribourgeois a entamé une réflexion, en collaboration avec deux cantons romands (Vaud et Valais), ainsi que plusieurs départements français limitrophes. «L’objectif est de faciliter l’introduction des ouvriers, explique Frédéric Ménétrey. Nous en sommes encore au stade de l’étude, mais pourquoi pas proposer une formation de plusieurs jours?»
En attendant, les seules solutions offertes aux agriculteurs sont de… s’y prendre à l’avance et d’avoir un peu de chance. ■

 

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Radiographie d’un ouvrier

Après les armaillis, les «hippies» en quête de liberté, les Africains et les Portugais, les hommes venus de l’Est constituent la majorité des ouvriers agricoles étrangers qui officient sur les alpages. De Pologne, de Bulgarie et principa-lement de Roumanie, ces travailleurs, âgés de 20 à 40 ans, débarquent généralement en juin et repartent en octobre, une fois le bétail de retour en plaine. «La plupart d’entre eux se débrouillent dans de nombreux domaines, décrit Philippe Dupasquier, président de la Société fribourgeoise d’économie alpestre. Chez eux, ils ont déjà touché à l’agriculture, à la mécanique et à la construction.»
Deux catégories se distinguent: la première regroupe les hommes avec une formation ou qui ont déjà travaillé sur les alpages. «Tout le monde souhaite s’attacher leurs services, explique le Gruérien Laurent Caille. Car il n’y a pas besoin de les former. Ils sont autonomes et l’agriculteur peut se consacrer à d’autres travaux.»
Au contraire, si la personne débarque dans un univers inconnu, l’acclimatation est plus longue. «Même si la plupart des ouvriers s’adaptent rapidement, on doit logiquement les accompagner en début de saison pour tout leur expliquer, reprend Laurent Caille. C’est une charge de travail supplémentaire. Il peut également y avoir un problème de compréhension en raison de la langue.»


Avec quel salaire?
Au niveau contractuel, les étrangers sont soumis aux mêmes règles que les ouvriers helvétiques. «Il est conseillé de respecter le contrat type d’agriculture du canton, que cela soit au niveau des jours de congé (1,5) ou des heures de travail hebdomadaires (55)», détaille Frédéric Ménétrey. Selon la grille salariale de l’Union suisse des paysans, les ouvriers provenant de Roumanie et de Bulgarie reçoivent un salaire minimal de 3200 francs. «Toutefois, selon le type d’alpage, les activités, les responsabilités ou le nombre de bêtes, les conditions sont différentes sur chaque alpage, poursuit le directeur de la Chambre fribourgeoise d’agriculture. Les deux parties s’arrangent entre elles.»
A noter qu’une pension type, comprenant le loyer, la nourriture et le blanchissage, est également proposée dans ce contrat. Son montant est de 990 francs. En moyenne, après déduction de la pension et des assurances, un ouvrier sans formation gagne environ 2000 francs par mois. VAC

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