Les normes fédérales menacent une vingtaine de porcheries

| sam, 27. mai. 2017

Les porcheries ont jusqu’au 31 août 2018 pour respecter les nouvelles normes fédérales en matière de détention des animaux. Chaque cochon devra disposer de plus de surface. Avec une perte de 28% de capacité, certaines porcheries ne seront plus rentables. Dans le canton, quelque 12 500 places d’engraissement sont menacées de disparition.

PAR XAVIER SCHALLER

Tout est bon dans le cochon, dit l’adage. Surtout s’il a mangé de la soupe au petit-lait, préciseraient volontiers les Fribourgeois. Dans le canton, l’élevage du porc va de pair avec la fabrication du fromage. Car, pour valoriser le petit-lait, on n’a pas trouvé mieux (voir encadré). Ce mécanisme si parfait est toutefois en danger, à cause des nouvelles exigences fédérales en matière de détention des animaux.
Dès le 1er septembre 2018, chaque cochon élevé en Suisse devra disposer de plus d’espace. Les installations existantes perdront d’un coup 28% de leur capacité. Un possible coup de grâce pour celles qui sont déjà à la limite du seuil de rentabilité. Dans le canton, une vingtaine de porcheries pourraient fermer, ce qui représente entre 10 000 et 15 000 places d’engraissement perdues.


Travail supplémentaire
A Sommentier, le fromager Erich Hunkeler loue et exploite une porcherie de 240 bêtes, qui appartient à la société de laiterie. Comme souvent pour les installations anciennes, elle a été construite à côté de la fromagerie pour ne pas avoir à transporter le petit-lait. «Je ne gagne déjà pas grand-chose avec les cochons. Si je perds 30% de capacité et que, en plus, j’ai davantage de boulot, ça ne vaut plus la peine.»
Ce travail supplémentaire serait dû à l’interdiction des sols à caillebotis intégral. Une autre nouveauté de la loi. Très répandues, ces surfaces percées permettent d’évacuer directement les déjections. Avec deux tiers de sol plein, Erich Hunkeler estime qu’il devra racler les box tous les jours.
Au niveau de la société de laiterie, on y croit encore. Son président Bertrand Castella indique qu’une offre a été demandée pour la mise aux normes. Le prix des transformations sera déterminant pour la suite. Même s’il s’agit d’investir pour gagner moins. Les nouvelles normes garantissent le bien-être des animaux, pas un meilleur prix de la viande.
«Pour une installation qui est aux normes en 2017, les coûts ne seront pas aussi significatifs: il suffira, en particulier, de diminuer le nombre d’animaux par box et d’installer un tapis en caoutchouc sur deux tiers des caillebotis», résume Grégoire Seitert, vétérinaire cantonal. Son service de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (SAAV) est chargé de l’application sur sol fribourgeois des nouvelles exigences fédérales.


Label et paiements directs
Le recouvrement d’une partie du sol peut aussi nécessiter un renforcement de la ventilation. En outre, ces adaptations pourraient ne pas suffire, même à court terme. Migros a annoncé son intention de n’acheter, dès 2020, que des porcs élevés avec un parcours en plein air. Les fournisseurs des jambons de la borne AOP, si l’appellation existe un jour, pourraient devoir répondre à cette même exigence.
«Les porcheries fermées sont toujours légales», précise Mario Buchs, collaborateur à l’Institut agricole de Grangeneuve. Avec leurs ventilations filtrées et contrôlées, elles génèrent d’ailleurs nettement moins d’odeurs. «Mais les nouvelles installations sont pres-que toutes construites avec parcours, pour bénéficier des paiements directs – les contributions au bien-être des animaux – ou obtenir un label.»
Pour les bâtiments existants, ce type de transformation est onéreuse et difficile à mettre en œuvre dans une zone village. D’autant que, dans une zone habitée, chaque mise à l’enquête fait planer le spectre des oppositions. «Si vous avez d’un côté l’église, de l’autre l’école et du troisième côté l’EMS, ça ne marchera pas», image Mario Buchs. Le technicien connaît bien la question, lui qui coordonne le groupe de projet «porcheries 2018», mis en place en 2015 pour centraliser les demandes liées aux mises aux normes.


Le spectre des oppositions
Certains propriétaires ou exploitants ont ainsi décidé de construire à neuf, à l’extérieur des villages. Non sans difficultés, comme en témoigne Yves Nicolet agriculteur à Cottens et engraisseur de porcs. «Le propriétaire de la porcherie que je loue, dans le village, a décidé de ne pas la mettre aux normes. Cette installation est de toute façon au bout du rouleau.»
Comme agriculteur, il peut bâtir sa propre porcherie en zone agricole. Il a mis le projet à l’enquête en mars 2015. «Les services de l’Etat ont donné leur feu vert au mois de juillet. Mais il a fallu six mois à la préfecture de la Sarine pour délivrer le permis!»
A Noël 2015, il a enfin obtenu le permis de construire. «Le dernier jour du délai de recours, une opposition a été déposée.» Celle-ci se basait sur les nuisances sonores des ventilateurs et des transports de bétail. Elle a été jugée irrecevable en première instance et fait actuellement l’objet d’un recours devant le Tribunal cantonal.
«Mon projet est en zone agricole, à 230 mètres de la première habitation. Si je ne peux pas construire une porcherie, personne ne le peut.» Yves Nicolet ne veut pas abandonner son projet, pour lequel il pourrait obtenir un crédit d’investissement sans intérêt du Service cantonal de l’agriculture. Il craint néanmoins que l’affaire n’aille jusqu’au Tribunal fédéral. «Une procédure de ce genre dure souvent une année et demie. Le projet ne pourrait donc pas aboutir avant le 31 août 2018.»
Dans ce cas de figure, il espère qu’une solution provisoire pourra être trouvée avec le vétérinaire cantonal. Bien que la marge de manœuvre laissée par la Confédération soit de zéro mois, Grégoire Seitert confirme que ses services pourront déroger et accorder des autorisations individuelles de courte durée. «De quelques mois seulement et à trois conditions: que le projet soit crédible, qu’il ait déjà été déposé et qu’il ait une bonne chance d’aboutir.» ■

 

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Des difficultés parfois sous-estimées

Quelque 12 500 places d’engraissement de porcs menacées dans le canton. Plus d’un cinquième de la capacité cantonale (58 000 places) pourrait ne pas respecter les nouvelles exigences fédérales, imposées dès septembre 2018.
La nouvelle ordonnance sur la protection des animaux est entrée en vigueur le 1er septembre 2008. «Le législateur était conscient que les mises aux normes prendraient du temps, note Grégoire Seitert, vétérinaire cantonal fribourgeois. Raison pour laquelle une disposition transitoire de dix ans a été retenue. Certains éleveurs de porcs ont sous-estimé les difficultés et se retrouvent désormais à la bourre.»
De mai à octobre, son Service de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (SAAV) va effectuer un inventaire. «D’entente avec les autres services d’Etat concernés, l’objectif est de savoir précisément quelles installations sont déjà conformes en 2017 et lesquelles pourront l’être à fin 2018.»
Président de l’Union des paysans fribourgeois (UPF), Fritz Glauser estime avoir fait son travail: «Depuis 2013, nous rappelons à nos membres qu’il faut y penser. La défense professionnelle a été jusqu’à approcher chacun pour rappeler qu’il était midi moins cinq! Un questionnaire a été envoyé en 2015, en collaboration avec Grangeneuve, aux détenteurs de porcs pour connaître leur situation et leurs intentions.» Une consultation à laquelle la moitié des intéressés avaient répondu.


Question parlementaire et motion
Les relais politiques du monde agricole ne sont pas non plus restés inactifs. Le 9 février, le fromager René Kolly (plr, Le Mouret-Ferpicloz) et l’agriculteur Dominique Zamofing (pdc, Posieux) ont déposé une motion. Cosignée par douze de leurs collègues députés, elle demande «une aide à fonds perdu pour financer les nouvelles constructions et les rénovations».
En octobre 2014 déjà, les députés Gabriel Kolly (Corbières) et Sébastien Frossard (Romanens), tous deux démocrates du centre et agriculteurs, avaient déposé une question parlementaire intitulée «Mise aux normes des porcheries en 2018, quelle est la volonté du canton de Fribourg?» A la suite de cette interpellation, un groupe «porcheries 2018» a été mis en place à l’Institut agricole de Grangeneuve (IAG).
Depuis un peu plus d’une année, il offre un guichet unique et réunit cinq services impliqués dans les procédures de permis de construire. Des représentants de la branche, comme Swissporcs ou l’UPF y participent également. «Nous avons déjà examiné 23 dossiers, quatre sont en cours de traitement, explique Mario Buchs, coordinateur du groupe à l’IAG. Nous conseillons les exploitants, à eux ensuite de choisir d’effectuer ou non les travaux.» XS

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