Les résidents de Saint-Joseph en pincent pour la comédie

| mar, 16. mai. 2017

En plus de l’atelier tricot ou de la sortie du loto, les résidents du Foyer Saint-Joseph, à Morlon, s’essaient au théâtre. Samedi, à l’abri PC du village, la bande de joyeux drilles ont présenté leur spectacle devant une huitantaine de spectateurs conquis. Quatre résidents racontent cette expérience.

PAR FRANCOIS PHARISA

Il n’est jamais trop tard pour se découvrir un faible pour le théâtre. Les résidents du Foyer Saint-Joseph, à Morlon, le savent bien. Depuis un an, ils prennent plaisir à se donner la réplique. Samedi, dans l’abri PC du village, avec perruques et costumes, ils ont présenté le fruit de leur travail devant une huitantaine de spectateurs. La toute première représentation publique de la Compagnie Ephémère, le nom qu’ils ont donné à leur troupe, non sans humour. «Même si ce n’est pas du Shakespeare», selon les mots du directeur de l’établissement Jérôme Schneuwly, les pièces jouées ont ravi une assistance conquise d’avance.
Monter une troupe de théâtre composée de résidents et de membres du personnel d’un home. Le projet, novateur, a été imaginé il y a un an par la Touraine Brigitte Roulin, auxiliaire de santé Croix-Rouge au Foyer Saint-Joseph. «Pour être honnête, quand elle m’a soumis l’idée, je n’y ai pas cru», admet Jérôme Schneuwly. Trop peu de ressources, juge-t-il alors: l’établissement n’étant pas un home médicalisé, il ne bénéficie pas de subvention pour l’animation, assurée, donc, par les aides-soignants. Et les résidents n’accepteront jamais, pense-t-il. Mais Brigitte Roulin est «têtue». Elle insiste.


«Envieux de leur voisin»
«Plusieurs résidents ont directement été emballés», raconte cette dernière, à Saint-Joseph depuis cinq ans. A côté de l’atelier tricot et de la sortie du loto, une animation théâtre est donc créée il y a un an environ. En septembre dernier, la troupe d’une petite dizaine d’acteurs propose un premier spectacle, dans l’intimité du Foyer. Une réussite. «Cela a tellement plu qu’on s’est dit qu’il fallait le refaire devant un vrai public, dans une salle plus grande», se souvient Brigitte Roulin. Alors, enthousiaste, elle imagine un nouveau spectacle, fait de saynètes comiques à interpréter en duo.
La troupe se met au travail. Elle gagne de nouveaux membres, «envieux de leur voisin de chambre» après le succès remporté par la première expérience. A raison d’une heure hebdomadaire, sous le regard bienveillant des collaborateurs, les résidents apprennent à réciter un texte, se déguisent, rient beaucoup. Et jamais personne n’est en retard. «Ils étaient demandeurs et voulaient toujours en apprendre davantage», observe Brigitte Roulin, qui raconte qu’une résidente, Maria Gachet, «a eu peur qu’on ne la remplace», après avoir dû être hospitalisée pendant quelques semaines. Samedi, cette dernière a bien tenu ses deux rôles, celui d’une épicière dont le pot-au-feu était radioactif et celui d’une épouse un peu trop possessive et autoritaire.


Effets thérapeutiques
Infirmière en cheffe de l’établissement, Emilie Buchs n’est pas avare en compliments quand elle évoque le travail effectué par le personnel pour ce projet théâtral. Un projet aux effets thérapeutiques. «Les résidents d’un home se sentent parfois un peu mis de côté par la société. Alors, prendre part à un projet d’une certaine envergure, avec un but concret, c’est très valorisant et cela leur redonne confiance en eux.»
Selon elle, ce petit théâtre a permis de rapprocher les résidents entre eux et de créer un nouveau lien avec les membres du personnel, différent de celui d’aide-soignant et patient. ■

 

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«Je vais chanter une petite chanson»


Michel Meuwly. Entre chaque saynète, Michel Meuwly s’est présenté devant le public et a annoncé le nom de la pièce et ceux de ses acteurs. La tête bien haute, des bretelles noires sur une chemise blanche, il a pris son modeste rôle avec sérieux. Sitôt le spectacle terminé, il a filé en loge mettre un blouson bordeaux et une cravate assortie. «J’aime être bien habillé quand je sors. Bon, au Foyer, je suis en training», admet-il en s’excusant presque. Ce Singinois d’origine est entré au home Saint-Joseph il y a quinze ans déjà, la soixantaine pas encore atteinte. «J’ai été hospitalisé pour de gros problèmes de santé et je n’ai pas voulu retourner vivre seul chez moi.» Alors, à Morlon, il s’est occupé du jardin de l’établissement jusqu’à la retraite, en parallèle d’un travail en atelier protégé. «Auparavant, j’étais jardinier à la ville de Fribourg.»
La petite troupe du Foyer, il l’a intégrée «il y a quelques jours seulement». Une répétition hebdomadaire, ce n’est pas pour lui. Mais il ne regrette pas d’avoir changé d’avis au dernier moment. A la fin du spectacle, il en a même profité pour «chanter une petite chanson», Je reviens chez nous, des Compagnons de la chanson, puis il a enchaîné avec un solo d’harmonica, très remarqué. «Je m’y suis remis il y a à peine plus d’une année. Je n’avais pas rejoué depuis vingt ans. Ce n’est pas facile, j’ai des problèmes d’asthme», explique-t-il sans sourciller tout en tirant sur sa cigarette, devant l’abri PC. «On ne me refera pas…» FP

 

«A 92 ans, le stress, vous savez…»


Cécile Ayer & Vito Messina. Elle était un peu la star du spectacle. Petit bout de femme espiègle de 92 ans, Cécile Ayer avait le rôle de la mariée. Une mariée un peu gaillarde qui savait très bien ce qu’elle voulait. Son époux, joué par le Riazois Vito Messina, auxiliaire de santé Croix-Rouge et veilleur au Foyer Saint-Joseph, marchait au pas. «On a fait de bonnes expériences tous les deux. Mais on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Hein, Vito?» lui lance-t-elle le spectacle terminé, le regard plein de malice. Quand on lui demande
si, dans la vraie vie, elle s’est aussi mariée, cette Gruérienne de Neirivue, entrée au foyer il y a cinq ans, répond du tac au tac: «Bien sûr, vous croyez quoi, on ne vivait pas “à la colle” dans le canton de Fribourg…» Une répartie et une facilité de parole dont elle a su user pour charmer le public. Samedi, comme lors de chaque répétition, à en croire son compagnon de scène, elle a improvisé en modifiant certaines tournures de phrases. Sans la moindre appréhension. «A 92 ans, le stress, vous savez…»
A l’instar des autres résidents-acteurs, elle estime que ce projet de théâtre a resserré les liens entre ses participants. «On se connaît mieux maintenant. Pas comme dans ces homes de trois ou quatre étages avec 80 résidents.» FP

 

«Ça amène de la vie dans la maison»

Bernard Duding. En septembre dernier, la compagnie Ephémère s’était produite une première fois, dans le réfectoire du foyer, sous le seul regard des autres résidents. Un échauffement. Bernard Duding avait déjà joué un médecin. «Il faut croire que les patients apprécient mon travail», sourit-il, ses petits yeux plissés derrière ses lunettes. Samedi, il a incarné un chirurgien qui «n’a pas fait vingt ans d’études pour traiter un cor au pied avec une simple pommade. Il faut amputer.» Hubert Deschamps, le médecin des Sous-doués en vacances, aurait apprécié.
Au moment de prononcer sa première réplique, le Bullois de 76 ans avoue avoir ressenti «une pointe de stress». Et puis celui-ci s’est vite envolé. Il a pris confiance et a pu réciter son texte en variant les intonations et en détachant les yeux du script. Il y a pris goût. Pourtant plus accoutumé aux parties de chibre, cet ancien employé
de «la fabrique» (comprendre: Cailler à Broc) pendant quarante ans, se voit bien rempiler.
«On est une bonne équipe. C’était vraiment sympa. Et ça amène du mouvement et de la vie dans l’établissement.» FP

 

«Jouer ensemble nous a rapprochés»

Anne Savary. Sa petite-fille Christelle et ses filles Brigitte et Sabine sont venues l’applaudir. Mais pas seulement. «Même mon docteur était là, vous vous rendez compte?» lance Anne Savary, toute pimpante dans son pull bleu marine, le brushing impeccable qui a résisté à cette perruque afro orange flashy qu’elle arborait il y a encore un quart d’heure. Sous le regard de ses proches, elle a assuré comme une cheffe, dans son rôle de gendarmette un brin zélée au volant d’un véhicule civil. Même quand il a fallu tricher avec la mise en scène. «Je devais normalement sortir de la voiture et contrôler le coffre qui avait été heurté par un autre automobiliste, raconte-t-elle avec enthousiasme. Mais il y avait des barres en bois sur les côtés qui soutenaient le décor. Je me suis dit que si j’essayais de les enjamber, j’allais tomber devant tout le monde.» Le métier qui rentre.
Anne Savary, 80 ans, de Posieux, était gérante d’une petite coopérative en Basse-Ville de Fribourg. Elle réside au Foyer Saint-Joseph depuis sept ans. Et elle en est convaincue
– «Je l’ai d’ailleurs dit au directeur» – ce théâtre a rapproché les résidents entre eux et avec le personnel. Une remarque qui revient dans la bouche de chacun des participants interrogés. «Il y a plus de chaleur maintenant. Nous avons beaucoup rigolé pendant les répétitions.» Qu’elle n’aurait manquées sous aucun prétexte. FP

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