La diarrhée virale bovine complique la montée à l’alpage

| mar, 06. juin. 2017

Au moment des transhumances, plusieurs mesures sont mises en place pour protéger les troupeaux indemnes de la BVD. Depuis septembre, les efforts ont redoublé pour entraver la progression de la maladie. Explications avec le vétérinaire cantonal Grégoire Seitert.

PAR YANN GUERCHANIK

La diarrhée virale bovine (BVD) persiste. Il y a peu, elle convainquait les organisateurs d’Expo Bulle d’annuler l’édition 2017 (La Gruyère du 4 mars). Au moment de la montée à l’alpage, le Service de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (SAAV) a adressé ses directives à tous les responsables des estivages. Plusieurs séan­ces d’information ont par ailleurs été menées à l’attention des agriculteurs dont l’exploitation est touchée.
Le canton compte quelque 136 000 bovins sur ses terres et la plupart des troupeaux sont indemnes de ce virus depuis un certain temps. Pour cette raison précisément: «Les animaux n’ont plus d’anticorps et la réinfection d’un cheptel indemne peut avoir de graves conséquences et engendrer de nombreuses réinfections», rappelle le SAAV.
Pour éviter la contamination, il faut estiver ensemble exclusivement des bovins épargnés par la BVD et réputés indemnes. Pour les exploitations sous «séquestre complet» et «séquestre partiel», l’estivage n’est possible que si les déplacements individuels des bovins sont dûment autorisés par le vétérinaire cantonal Grégoire Seitert.
«Actuellement, treize exploitations sont sous séquestre total et 56 sont soumises à des mesures sanitaires car elles possèdent des femelles gestantes interdites de déplacement, ce qui correspond au sequestre partiel», indique celui-ci.
Les exploitations dont certaines femelles portantes seulement sont interdites de déplacement sont soumises à des conditions et des mesures de précaution (voir ci-dessous). «Ces dernières valent pour toute la période d’estivage, y compris la fin des estives en septembre», insiste le vétérinaire cantonal.
Autre message martelé par Grégoire Seitert: «Les données BDTA doivent correspondre à la réalité sur le terrain!» Chaque éleveur a en effet la responsabilité légale de tenir à jour sur la banque électronique de données sur le trafic des animaux (BDTA) les informations relatives à chacune de ses bêtes. Notamment la liste de ses déplacements. «Et les veaux nés à l’alpage sont échantillonnés et bouclés dans les cinq jours», précise le vétérinaire cantonal.
Autrement dit, le SAAV n’aimerait pas découvrir qu’une vache censée être à tel endroit se trouve en réalité à un autre. Rappelons qu’au moment de préparer l’Expo Sarine, le 25 février dernier, une affaire de falsification des données BDTA par deux éleveurs avait sonné comme un coup de tonnerre dans le milieu.


Groupe de réflexion
Les fédérations cantonales d’élevage, en collaboration avec le SAAV, les vétérinaires praticiens, Sanima (l’établissement d’assurance des animaux de rente), le Service de l’agriculture et l’Institut agricole de Grangeneuve ont mis en place un groupe de réflexion afin de travailler sur des mesures additionnelles à l’échelon cantonal.
Une analyse supplémentaire du lait de citerne de chaque exploitation laitière fribourgeoise a ainsi été menée durant le mois d’avril. En cas de résultat élevé sur le plan du taux d’anticorps BVD, l’exploitation est soumise à des investigations plus poussées. Durant cette période, elle est alors placée sous séquestre total et les bovins ne peuvent pas monter à l’alpage.
«Depuis avril, la situation s’est stabilisée», indique Grégoire Seitert. Le vétérinaire cantonal souligne l’effort fourni afin «d’entraver la progression de la maladie». «Depuis septembre dernier, c’est près d’un million de francs qui ont été dépensés par la Sanima et le SAAV en dépistage et autres analyses.» ■

 

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Mesure reprise au niveau national


En ce qui concerne l’estivage, les mesures ordonnées sont-elles identiques à celles déjà prises par le passé?
Grégoire Seitert, vétérinaire cantonal: Ce sont les mêmes. Sauf que le SAAV demande en plus les plans des pâturages et qu’on délivre des autorisations individuelles avec des mesures pratiques de protection à mettre en place sur les alpages. Le but est d’éviter le contact – en particulier lors des vêlages – entre des femelles gestantes interdites de déplacement (FID) et des bovins gestants de troupeaux indemnes.

Limiter les contacts entre les troupeaux de différents propriétaires, n’est-ce pas trop difficile?
En général, les alpages sont faits de plusieurs pâturages: il est donc possible d’éviter un contact direct entre les troupeaux en utilisant les parcs attenants à d’autres moments que son voisin ou en jouant sur la topographie des lieux comme des barres rocheuses, des forêts.


Des contrôles auront-ils lieu?
Des contrôles sont prévus. Nous pensons toutefois que les détenteurs en question sont pleinement conscients du risque que représentent leurs animaux et ne veulent pas être tenus responsables de la réinfection du cheptel de leur voisin.

Qu’en est-il des éleveurs fribourgeois qui placent leurs vaches sur des terres vaudoises? Ou, à l’inverse, des éleveurs vaudois qui placent leurs vaches sur des terres fribourgeoises?
Les Fribourgeois qui ont des troupeaux sous mesures BVD et qui aimeraient placer leurs animaux sur des terres vaudoises doivent faire une demande auprès du service vétérinaire du canton de Vaud (SCAV). De même, les éleveurs vaudois soumis à des mesures BVD doivent faire une demande auprès du SAAV. Leur demande sera traitée de la même manière et avec les mêmes conditions que celles des éleveurs fribourgeois.

Le canton de Fribourg semble dévoué à l’éradication de la BVD, qu’en est-il des autres cantons?
Le programme d’éradication est un programme fédéral auquel sont soumis tous les cantons. Depuis janvier 2017, une douzaine de cantons sont touchés par la BVD avec des cas de réinfection. Grâce au soutien financier et logistique de Sanima (n.d.l.r.: l’établissement d’assurance des animaux de rente), notre canton a la possibilité d’aller plus loin dans le dépistage et l’analyse de cadavres de bovins dans les centres de collecte: ce qui correspond aux mesures additionnelles décidées en 2013. Le soutien de Sanima nous permet également de faire une deuxième analyse sur le lait de citerne ce printemps: ce qui correspond aux mesures additionnelles décidées en 2017 par le groupe de réflexion cantonal. Le but étant de détecter d’éventuelles exploitations touchées avant de monter à l’alpage. Cette mesure sera reprise en 2018 au niveau national. YG

 

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