Trois roues synonymes de liberté retrouvée

| mar, 06. juin. 2017

Tétraplégique à la suite d’un accident, Sebastian Tobler a imaginé et dessiné un trike qu’il va maintenant commercialiser. Ce vélo à trois roues lui permet de parcourir à nouveau routes et sentiers.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

Bouger, sortir, imaginer et créer, Sebastian Tobler ne lâche rien depuis le 31 juillet 2013. Ce jour-là, un accident de VTT le laisse partiellement tétraplégique. Enseignant à la Haute Ecole spécialisée de Bienne dans le domaine de l’automobile, il a imaginé, puis fabriqué un trike, un vélo à trois roues adapté à son handicap.
Sebastian Tobler veut maintenant que son invention profite aux autres. Il a monté une start-up afin de commercialiser ce trike et de développer des appareils thérapeutiques.
Devant sa maison de Farvagny, Sebastian Tobler s’installe sur son trike sans aucune aide. Tous les chemins lui sont accessibles pour autant qu’ils fassent au moins un mètre de large. Seul ou en famille, il peut partir en quelques minutes. Sur son portable, il montre les photos de sa dernière balade sur le Gibloux en pleine nature.


Les jambes bougent
Sebastian Tobler ne pouvait envisager de rester cloîtré à la maison. Quand on lui demande de parler de sport, il s’enflamme: «Le sport, ce n’est que le prénom. Pour moi, c’est une façon de vivre. Et en chaise, tout est tellement limité.» C’est en s’entraînant dans sa cave à la suite de son accident qu’il s’est pris à rêver de liberté et d’espace.
Contrairement aux handbikes traditionnels, le trike permet de bouger les jambes. Attachées, elles sont entraînées dans le mouvement du vélo. «J’ai gardé une sensibilité partielle dans mes jambes, relate Sebastian Tobler. Cela fait du bien de sentir qu’elles tour­nent.»
Le trike n’est pas pour autant un véhicule de course. «Je suis assis sur les chemins, tandis qu’un sportif comme Jean-Marc Berset est couché sur la route», décrit Sebastian Tobler. Son handicap ne lui permet pas de rêver de compétition: son cœur travaille entre 40 et 96 battements par minute et sa capacité respiratoire est fortement diminuée. Mais le trike l’aide à muscler certaines parties du corps.
Le concept s’est précisé quand Sebastian Tobler a commencé à tester des appareils d’entraînement après son accident. Pour les personnes paraplégiques ou tétraplégiques, il est important de continuer à bouger tous les membres. La physiothérapie est d’ailleurs là pour éviter que les articulations ne s’ankylosent. Un trike ou un autre appareil amènent d’intéressants compléments.


De multiples soutiens
Blessé en juillet, Sebastian Tobler demande très vite à ses élèves de la haute école de réfléchir à un handbike. Il dessine ensuite un prototype et lance un appel sur les réseaux sociaux pour le montage. «Il me reste la tête, mais je n’ai plus suffisamment de force dans les mains.»
Une vingtaine de personnes acceptent de l’aider. Beaucoup de pièces viennent du vélo, d’autres sont fabriquées spécialement. Un moteur, inspiré du vélo électrique, apporte une aide suivant la force mise dans les bras.
Ce prototype, Sebastian Tobler le teste depuis deux ans. Il l’a amélioré au fil de ses expériences, travaillant sur les pédales, les vitesses ou encore le siège.
En septembre 2016, il s’associe à Eric Belloy dans l’idée de produire et de vendre des véhicules de ce type. «Nous voulons développer des accessoires ou des options pour permettre à un maximum de personnes de s’asseoir sur ce trike», raconte Sebastian Tobler. Paraplégiques, tétraplégiques, victimes d’AVC ou hémiplégiques font partie du public cible.
Le vélo doit s’adapter à son utilisateur. La Pédale Bulloise, son ancien club de cyclisme, a soutenu financièrement une solution pour les tétraplégiques. L’Ecole des métiers de Fribourg a ensuite pris le relais et réalisé des pièces.
Actuellement, la société travaille sur une présérie. Les deux entrepreneurs cherchent des locaux pour s’installer et projettent d’engager de jeunes ingénieurs. Trouver un emplacement avec des accès pour les personnes en chaise roulante s’avère toutefois compliqué.
L’entreprise devrait ensuite développer d’autres produits thérapeutiques. «Nous sommes en train de créer un réseau pour valider nos appareils, notamment leur aspect médical», explique Sebastian Tobler. Des contacts ont été pris avec des cliniques et des universités. ■

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