«Le centre du village? Partout où l’on peut s’arrêter et discuter»

| jeu, 27. jui. 2017

Corbières, son bord de lac, son pont, son château. Mais aussi des briques et des tuiles, un trésor enfoui ou des maisons «en forme de station de départ de téléphérique». Dans la bouche de ses habitants, le village se dévoile autrement.

PAR FRANCOIS PHARISA

On s’arrête à Corbières pour profiter des rives du lac. Rarement pour se promener dans le village. Au détour des rues de son cœur historique, bordées de fermes séculaires aux fenêtres garnies de géraniums, ou des allées de ses quartiers de villas, les rencontres se produisent pourtant spontanément. Et elles réservent bien des surprises. Les habitants ne sont pas avares en anecdotes quand on leur demande de raconter leur village. Un village qu’ils ont tous appris à aimer. Qu’ils aient toujours vécu ici, qu’ils soient de retour au pays ou qu’ils aient choisi ce bout de Gruyère pour terre d’adoption.
Roland Blanc appartient à la première catégorie. Cinquante-neuf ans que ce boisselier-sculpteur, dont les cuillères en érable sont réputées loin à la ronde, habite dans la maison familiale, à l’entrée du village, le long de la route cantonale. Il y a aménagé son atelier, qu’il partage désormais avec sa fille, Julia, géomètre devenue pyrograveuse, et même ses deux petits-enfants, Léa, 3 ans, et Timéo, 15 mois, qui donnent autant qu’ils réclament de l’énergie.


Ouvrière plutôt qu’agricole
Les présentations d’usage effectuées, Roland Blanc se lance avec enthousiasme dans la présentation de son village. Et il en a des choses à dire, sautant allègrement d’un sujet à l’autre: la fusion avortée avec Hauteville, le château, «notre emblème, mais un emblème inaccessible», les activités des sociétés locales, du chœur mixte La Lyre en particulier, l’oratoire des Fourches dédié à Notre-Dame de Lourdes, les chalets d’alpage, souvent «recouverts de tuiles plutôt que de tavillons», l’ancienne tuilerie oblige.
«A l’inverse d’Hauteville ou de Villarvolard, Corbières a toujours été ouvrière plutôt qu’agricole», souligne-t-il, faisant remarquer que le village ne compte plus aujourd’hui que deux agriculteurs. Ceux-ci exploitent la ferme du Vanel, à côté du giratoire décoré d’une réplique de l’ancien pont suspendu, et celle de La Sauge, propriété communale, au-dessus du quartier de La Condemena. Etiré de haut en bas, des flancs du Bifé au lac, la géographie ne favorise pas les grands domaines.
«Alors, on gardait deux ou trois bêtes à la ferme et on allait gagner son pain à la carrière Leva ou à la tuilerie, ouverte en 1932 et fermée en 1976.» En ce temps-là, la plupart des familles comptaient au moins un membre qui s’esquintait à remplir les wagonnets de terre glaise ramassée au louchet ou qui transpirait à grosses gouttes dans la salle des fours.
«Les maisons individuelles bordant la route cantonale, face au garage TCS et au parking, ont été construites par et pour des ouvriers de la tuilerie», reprend Roland Blanc. Comme lui, ils sont plusieurs dans le coin à être intarissables sur l’entreprise, désormais transformée en lofts rouges.


«C’est noir de Blanc»
Parmi eux, Roger Blanc, dont le père a lui aussi prélevé l’argile. Encore un Blanc, décidément. «A Corbières, c’est noir de Blanc», lance cet ancien syndic depuis la terrasse de sa ferme rénovée, en face de l’église. Lors de notre promenade, on a rencontré quatre Blanc, aucun n’a manqué de décocher cette boutade.
Plutôt que de tuiles et de briques, Roger Blanc préfère nous parler d’un trésor. Un trésor qui n’a jamais été retrouvé. Malgré d’intenses recherches. «Enfants, on allait fouiller au milieu des ruines d’une ancienne tour d’observation, sur la butte de la Montagnettaz, qui s’élevait là où les gens vont maintenant se baigner. Mais quand on a découvert qu’elle renfermait du gravier au milieu des années 1960, une entreprise privée l’a exploitée et elle a disparu.» Reste le chemin de la Montagnetta (sans z), traversant le village. Quant au trésor, «peut-être est-il enfoui au fond du lac?» plaisante Roger Blanc.


Bistrots et buvette
Midi passé, la faim gagne. On se rend à la buvette du foot, que Cindy Chassot exploite depuis novembre dernier (La Gruyère du 10 janvier): fermée de 12 h à 16 h, lit-on sur la porte d’entrée. Malheur. Et le petit magasin d’alimentation n’ouvre pas cet après-midi-là. Sans le sandwich préparé avant de partir et précieusement conservé dans le sac, il aurait fallu aller à Hauteville ou à La Roche. Un comble pour un article sur Corbières.
«Corbières et les bistrots, c’est un peu spécial… Le dernier a fermé ses portes il y a plus de cinq ans. Auparavant, la Croix-Blanche avait également périclité à plusieurs reprises. Déjà en 1983 ou 1984, la commune avait demandé à Marlyse Duding de tenir la buvette du foot et d’en faire un point de ralliement», rappelle le conseiller communal Jean-Noël Berset, croisé plus tard dans la journée, à la buvette justement.
Ce point de ralliement, où se situe-t-il désormais? On a demandé autour de nous, les avis divergent. La salle polyvalente et la buvette, «le centre dynamique», pour les uns, les alentours de l’école et de l’église, «l’âme du village», pour les autres. Interrogé, Udalric Tissot, Corbeyran depuis 2009, a trouvé cette jolie formule: «Le centre du village, c’est partout où l’on peut s’arrêter et discuter un moment.»


Ma cabane au Canada
Udalric Tissot est tatoueur. Un «tatoueur de campagne», comme il aime se présenter. Parce qu’il a installé son studio, une cabane en rondins comme on en trouve au Canada «blottie au fond des bois» comme chantait Line Renaud, chez lui à La Condemena. «Le quartier des nouveaux habitants, le village d’en-haut», selon les anciens.
Un lotissement aux constructions détonnantes. Les chalets traditionnels côtoient des chalets de luxe, des cubes au toit plat et des maisons «en forme de station de départ de téléphérique», médit-on en bas.
Avant La Condemena, le village, qui compte aujourd’hui quelque 500 habitants, s’était déjà agrandi. Du côté du Pré-du-Crêt et de Champ-Raboud, autour du terrain de foot, dans les années 1980. Puis aux Planches, au bord du lac, où les riverains veillent jalousement sur leur tranquillité et leur qualité de vie.


Château toujours en vente
Déjà, le soleil amorce sa descente. On file au château. Parce que, à Corbières, il faut bien parler du château, non? On sonne, on essaie de rentrer. En vain. Dans la maison voisine, Juliette Perona-Leva et son ami Roger Haengartner profitent de la douceur estivale, à l’ombre d’un marronnier et d’une glycine. «Le châtelain n’est pas souvent là, le château est en vente depuis plus d’un an», glisse Juliette Perona-Leva, peintre sur porcelaine «mondialement connue à Corbières». Elle s’étonne: «Mais pourquoi vouloir aller au château? On n’est pas bien ici, avec cette vue?» Le lac, le pont et le Moléson. ■

 

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La maison du passeur vit toujours


Devant sa maison, à côté du petit magasin et de la station-service, Marie-Thérèse Maillard est en train de nettoyer des pots de fleurs dans le bassin. On l’interrompt et on lui explique qu’on aimerait bien en savoir plus sur sa maison, à l’architecture ordinaire, mais à l’histoire extraordinaire. Elle nous invite sur la terrasse ombragée, où Georges, son époux, fait de la confiture d’abricots. Dans le livre de François Blanc, Corbières, 900 ans d’histoire, elle s’arrête sur la photo d’une petite demeure en bois, seule au bord de la Sarine, à l’ombre des arches du pont de Corbières. «Eh bien, c’est la même maison que celle qu’on habite aujourd’hui.» Des transformations ont évidemment été opérées, une annexe a été aménagée, mais l’étage et la toiture d’origine ont été conservés et rénovés. «Mon papa, Léon Blanc, l’a rachetée et l’a reconstruite ici, en 1938. Il a fait 37 voyages avec le cheval pour acheminer les planches jusqu’au village!» Nouvelle vie pour une bâtisse qui en a compté plusieurs. Au début du XVIIIe siècle, la commune l’a acquise à Villarvollard, l’a démontée et l’a rebâtie au bord de la Sarine, pour y loger le passeur. Ce dernier faisait alors, faute de pont, traverser les voyageurs d’un bord à l’autre de la rivière à l’aide de bacs. FP

 

Le marronnier du parking


Habituellement, il est l’arbre des cours d’école. A Corbières, le marronnier trône au milieu du parking du terrain de foot. Fier, mais un peu seul, dans son rond de terre, au côté de trois grosses pierres. «N’est-il pas magnifique mon marronnier? Je l’ai planté le 11 novembre 1989», se souvient parfaitement Gilbert Pugin, ex-syndic, qui habite la maison juste en face, de l’autre côté de la route cantonale. «Quand la salle polyvalente a été inaugurée, en 1987, ces trois pierres avaient été déposées près de l’entrée du parking. Je trouvais cet emplacement trop dangereux pour les enfants en tricycle. Alors, j’ai promis à la commune d’acheter un marronnier à condition de déplacer les pierres», raconte avec plaisir celui qui a longtemps été administrateur du CO et du collège à Bulle. FP

Commentaires

C'est agréable de pouvoir retrouver son passé, j'ai habité toute mon enfance dans ce village jusqu'à mes 20 ans et ai gardé un excellent souvenir, chaque fois que je peux me rendre en Suisse je m'y arrête pour retrouver de petits cousins et l'accueil est toujours excellent. Merci a votre journal et ses journalistes, je suis attachée a ma Gruyère

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