Après dix ans d’emballement, la croissance ralentit dès 2015

| jeu, 13. jui. 2017

La dernière mise à jour de l’étude démographique de la Gruyère montre un fléchissement de la croissance. Situé à 3% en 2011, le taux d’accroissement était de 1,3% en 2015. Son auteure Anne-Christine Wanders, géographe spécialiste des statistiques, donne son éclairage.

PAR SOPHIE ROULIN

La croissance démographique de la Gruyère fléchit. Après une décennie d’emballement, de 2005 à 2014, le taux d’accroissement de la population revient en 2015 au niveau du début des années 2000: 2,5% à Bulle et 1,9% pour le district. Un fléchissement qui semble se confirmer pour 2016 – les chiffres seront disponibles fin août – selon le Service de la statistique. Conséquence: le nombre d’élèves suit la même courbe et les besoins en écoles sont moins urgents qu’on ne le craignait.
Car c’est bien pour les écoles que des études démographiques sont régulièrement réalisées ou mises à jour. En Gruyère, la première date de 2006. Elle avait été demandée après l’ouverture du Cycle d’orientation de La Tour-de-Trême, déjà saturé à sa mise en fonction. Son auteure, la géographe spécialisée dans le domaine des statistiques,
Anne-Christine Wanders vient de la mettre à jour pour la deuxième fois. Elle a revu ses prévisions de 2011 nettement à la baisse. Eclairage.

Ce revirement dans les courbes démographiques a-t-il été une surprise pour vous?
Il me paraît important de souligner qu’on parle d’un fléchissement de la croissance, mais que la croissance elle-même reste forte. On est très loin d’une décroissance. Je n’ai pas été surprise dans la mesure où j’avais déjà pu me rendre compte de cette tendance lors d’une étude démographique réalisée en Sarine l’année dernière.

Reste que ce fléchissement contredit vos prévisions de 2011…
En 2006, l’étude avait montré une forte croissance et j’avais prévu que cela se poursuivrait. Mes résultats avaient choqué parce que les autorités comme la population n’avaient pas pris la mesure des conséquences qu’une telle croissance allait avoir sur les infrastructures, notamment les écoles. Cinq ans plus tard, en 2011, mes prévisions les plus élevées étaient dépassées. J’ai donc revu mes hypothèses à la hausse et j’y suis peut-être allée un peu fort.

Est-ce qu’on sait à quoi est lié ce fléchissement de la croissance?
Plus qu’à un fléchissement, j’ai l’impression qu’on est là face à un phénomène de déplacement de la croissance. Alors qu’ils étaient jusque-là assez stables, on voit s’élever les taux de croissance de la population de la Broye et de la Glâne. Des villes comme Oron, Payerne et Moudon se développent énormément, par exemple.
Et à quoi serait lié ce déplacement de la croissance?
C’est difficile de savoir pourquoi la préférence des gens va à Bulle un temps et à Moudon maintenant. La Gruyère et la Veveyse sont probablement en partie saturées parce qu’on a volontairement mis en place des barrières réglementaires et législatives afin de garder le charme vert de ces régions. Le prix des terrains et des logements s’en ressent et les préférences évoluent.
Les gens sont aussi devenus beaucoup plus mobiles. Auparavant, quand un couple achetait une maison à un endroit, on pouvait imaginer qu’il allait y fonder une famille et que ses enfants iraient à l’école dans le village. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les familles déménagent. Les couples se séparent… Ces phénomènes sociétaux rendent les prévisions difficiles.

La création d’emplois et les projets immobiliers n’apparaissent pas dans votre étude. N’ont-ils pas un impact?
Des projections démographiques en lien avec l’emploi et d’autres facteurs sont très complexes à réaliser. Il s’agirait d’une autre étude que celle qu’on me demande là. Cela dit, en 2006, je m’étais intéressée aux logements, aux places de travail et à leur évolution. Je n’avais pas pu mettre en évidence de relation entre ces facteurs et l’évolution démographique. Alors que, dans le canton de Vaud, des liens ont pu être établis entre développement économique et croissance de la population, ce n’est pas le cas en Gruyère. Ici, la croissance est purement démographique, liée à la mise en place des infrastructures, autoroute en tête. J’ai donc travaillé uniquement sur les éléments de démographie pour les mises à jour.

Sur quoi se basent vos projections?
Il s’agit d’une part de faire vieillir la population et d’autre part d’imaginer l’incidence qu’aura la migration sur cette population. Ce n’est donc pas une science exacte. Au milieu des années 2000, les arrivées et les départs de ou vers une commune voisine, de ou vers un canton voisin et de ou vers un autre pays ont fortement augmenté. Or, depuis 2012 ou 2013, les arrivées se sont stabilisées alors que les départs ont continué à augmenter, produisant une baisse du solde migratoire. Est-ce que cette tendance va se poursuivre?

Mais les communes utilisent vos projections pour savoir si elles doivent réaliser de nouvelles infrastructures. Ces incertitudes les mettent à mal…
Je fais des scénarios, je n’ai pas de boule de cristal. Une projection démographique est un outil qui doit être sans cesse mis à jour par les communes si elles veulent en tirer des tendances fiables. Il faut considérer les nouvelles données dès qu’elles sont disponibles pour savoir dans quel scénario on se situe et si celui-ci correspond vraiment à la réalité. ■

 

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Quelque 63 000 Gruériens à l’horizon 2030

La Gruyère a passé la barre des 50 000 habitants en octobre 2013. A ce moment-là, la croissance semble emballée pour de bon. L’étude d’Anne-Christine Wanders parue en 2012 est regardée dans sa version la plus «optimiste». Selon ce scénario, on imagine que le district comptera 69 000 habitants d’ici à 2025. L’inquiétude est de mise.
Mais les prévisions de 2011 se révèlent trop optimistes. La réalité montre un fléchissement de la croissance en 2015. Une tendance qui devrait se confirmer, selon les nouvelles projections. Le scénario moyen prévoit une légère baisse des soldes migratoires. Ainsi, le taux d’accroissement annuel de la population devrait diminuer progressivement jusqu’en 2030, où il ne serait plus que de 1% en Gruyère (contre 2,5% de 2000 à 2015) et de 1,4% à Bulle et Morlon (contre 3,2% de 2000 à 2015). Cette croissance correspond à celle des années 1990, peut-on lire dans le rapport d’étude.
En 2030, le district pourrait compter entre 60 500 et 65 800 habitants selon les scénarios, soit entre 9000 et 14 000 Gruériens de plus, dont plus de la moitié à Bulle et à Morlon. Ces deux communes réuniraient entre 27 000 et 30 600 habitants à elles seules. SR

 

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Un peu d’air pour les écoles

«Ce ralentissement de la croissance n’est pas pour nous déplaire», commente Jacques Morand, syndic de Bulle. Quand la ville enregistrait 700 à 800 nouveaux habitants dans les années 2009 et 2010, elle en a accueilli 509 en 2015 et 473 en 2016. «La commune n’a pas d’autre choix que de suivre ce mouvement au niveau des infrastructures, ajoute Jacques Morand. Tout cela a un coût important.»
Même si la pression démographique baisse un peu, la ville continue à chercher des terrains pour ses prochains bâtiments scolaires. «Ce ralentissement nous met moins dans l’urgence, c’est bienvenu.» Mais les projets immobiliers à venir, notamment ceux de la gare et du Terraillet, font entrevoir des perspectives de croissance encore marquées pour ces prochaines années à Bulle.
La tendance mise en lumière par l’étude démographique d’Anne-Christine Wanders se confirme au niveau des demandes de permis de construire: «Il y a effectivement un ralentissement du nombre de dossiers, indique le préfet Patrice Borcard. Mais les projets dans le pipeline sont de grandes dimensions.»
Président de l’Association des communes des communes pour le CO de la Gruyère, le préfet a été très surpris des résultats rendus récemment par Anne-Christine Wanders. «Nous demandons ces études pour avoir un outil qui nous aide à la décision, souligne Patrice Borcard. Or, entre les deux analyses de 2012 et de 2017, les perspectives diffèrent de 500 élèves pour l’horizon 2025. C’est un CO entier! Donc ça nuance la portée de telles analyses.» Malgré tout, il espère que la récente mise à jour soit proche de la réalité. «C’est le cas pour les élèves du CO inscrits à la rentrée prochaine, alors qu’en 2012 on était déjà à côté.»
Concrètement à l’échelle du district, la nécessité d’un quatrième CO ne se fera pas sentir avant une quinzaine d’années. «Mais quand on sait qu’il faut douze ans pour concrétiser un projet de cette envergure, cela nous laissera peu de temps pour souffler après l’ouverture de Riaz», ajoute le préfet.
A côté des écoles et des infrastructures, Patrice Borcard veut désormais mettre la priorité sur le développement de l’emploi. «Ces vingt dernières années, la croissance a essentiellement été liée à l’hébergement, nous devons désormais être attentifs à l’emploi, notamment dans l’important dossier qu’est le Plan directeur cantonal.» SR

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