Le français sur l’herbe du parc, avec envie et l’esprit libre

| mar, 25. jui. 2017

Le parc du Cabalet à Bulle: un lieu de détente… et d’apprentissage. Cet été, on y étudie le français grâce aux cours mis en place par la section fribourgeoise de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière et la ville. Rencontre avec des élèves très motivés.

PAR YANN GUERCHANIK

Accroupie au centre d’une ronde d’élèves, Hélène Lelièvre tombe sur un os. Allez donc expliquer «avoir l’eau à la bouche» à des personnes qui ne parlent pas le français. La prof se lance avec assurance. Elle définit chaque mot lentement, puis s’aide d’un geste et d’une onomatopée. Un miam-miam doublé d’une caresse sur le ventre: l’affaire est jouée. Autour d’elle, les têtes se met-tent à hocher en signe de compréhension. S’ensuit un éclat de rire. Signe de détente.
Au parc du Cabalet, les mercredis et jeudis en fin d’après-midi, l’ombre portée d’un arbre suffit à délimiter une salle de classe. A l’air libre, les jambes en tailleur ou assis sur une chaise pliable, on prend place pour un cours de français sans chichis ni boule au ventre. En toute décontraction. Avec juste l’envie d’apprendre. Celle qu’on a quand on est grand. Parce qu’on sait comment mettre à profit les leçons.
Cet été, la section fribourgeoise de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) étend son offre à Bulle, après l’avoir proposée pour la première fois à Fribourg l’an passé. Des cours gratuits de français en colla-boration avec la ville de Bulle (La Gruyère du 27 juin). Il suffit de venir s’inscrire sur place une demi-heure à l’avance. Le cours commence à 17 h et dure jusqu’à 18 h 30.
Et ça marche! «Jusqu’à présent nous affichons toujours complet», se réjouissent Hélène Lelièvre et Charlotte Bonamis, les deux formatrices de l’OSEO en charge des cours à Bulle. Soit deux groupes de douze personnes à chaque fois, plus quelques «auditeurs libres» qui préfèrent écouter un peu à l’écart.
Un avantage proposé: l’encadrement pour les enfants de 2 à 10 ans. «Cela permet aux parents de venir, en particulier les mères de famille.» Plus loin dans le parc, du côté de la place de jeux, les enfants sont regroupés sous la surveillance de Pamela Pittet, employée du Centranim et future éducatrice sociale. Pour eux aussi, l’événement est profitable. C’est l’occasion de se faire des nouveaux copains.


Apprendre et échanger
Ce qui frappe d’emblée en observant les deux groupes, c’est la diversité des participants. Des hommes et des femmes, des jeunes et des plus âgés, des peaux sombres ou claires, des cheveux courts, longs, teintés, sous un foulard ou sous une casquette. Les classes sociales varient de même: vacanciers de passage, nouveaux travailleurs en Suisse, demandeurs d’asile.
Un échantillon représentatif de la réalité bulloise. Le chef-lieu gruérien compte 117 nationalités différentes et 38% de ses 22 000 habitants sont des personnes venues d’autres pays. «Nous avons des Syriens, des Chinois, des Kényans, des Allemands…» énumère Hélène Lelièvre.
Son groupe a choisi d’aborder aujourd’hui le thème de la cuisine. Alors chacun y va de sa recette et on passe en revue les spécialités des uns et des autres. Dans le groupe de Charlotte Bonamis, le programme est moins appétissant, mais très profitable: on y apprend les prépositions.
Les premiers pas dans la langue de Molière se font parfois sur la pointe des pieds. On apprend quelques mots, on s’essaie à une phrase, on prend des notes. Il s’agit d’acquérir une base, quelques rudiments pour mieux se débrouiller dans la vie de tous les jours. Il s’agit d’ouvrir une porte. Une porte qui donne sur des cours de français plus classiques.
«Les gens viennent ici de leur propre initiative, explique Hélène Lelièvre. Nous axons les cours sur l’oral et la vie pratique. Du coup, nous sommes très à l’écoute de leurs demandes. Nous improvisons selon les situations qui se présentent. Et puis, le cours se donne avec un minimum de matériel. Du coup, on compose avec ce qu’il y a en nous.»


Un vecteur d’intégration
La langue comme vecteur d’échange et d’intégration. Derrière les balbutiements et les hésitations, il y a cela avant tout. Et le besoin est grand. «Je suis frappée de voir à quel point les participants s’échangent leur numéro de téléphone dès la fin du premier cours.» Beaucoup reviennent d’ailleurs chaque fois.
De son côté, Charlotte Bonamis relève la bonne ambiance qui règne. «C’est sans doute plus familial ici qu’à Fribourg. Il faut dire que le parc se prête bien à ce que nous faisons.» Si elle a surpris quelques regards malveillants, elle confie que, dans l’ensemble, la plupart des promeneurs regardent cela d’un bon œil.
Les cours sont proposés jusqu’au 17 août, s’il ne pleut pas. Au vu de leur succès, on se dit qu’il en faudrait plus à Bulle. La demande est là. Reste à organiser l’offre. ■

Bulle, parc du Cabalet, mercredi et jeudi, de 17 h à 18 h 30, jusqu’au 17 août

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