Un petit Montreux, mais avec un camping plutôt qu’un palace

mar, 18. jui. 2017

Après la rive droite et La Roche, passons sur la rive gauche du lac. A l’écart de la route cantonale, Gumefens reste discret. S’ils n’y sont pas nés, les habitants ont choisi ce village pour sa tranquillité, son lac et sa vue. Et ils sont discrets, eux aussi.

PAR SOPHIE ROULIN

Quand elles ne sont pas traversées par la route cantonale, certaines localités se font décidément bien discrètes. C’est le cas de Gumefens, par exemple. Quittons donc la route pour grimper vers le village. Une première halte s’impose: la fromagerie est dotée d’un café. Peut-être un repère d’autochtones? Certainement, mais c’est un peu tard pour les neuf heures et un peu tôt pour l’apéro. Il faudra repasser ma petite dame.
Retour sur la route, mais celle du Gibloux. Une virée motorisée pour un repérage amène un constat qui se confirmera au fil de la journée. Les quartiers de villas sont peu propices à la rencontre. Il faut la provoquer. Un coup de fil et la porte de Gérard Fragnière, ancien secrétaire communal, s’ouvre.
«A une époque, on appelait Gumefens le petit Montreux», raconte celui que tout le monde ici surnomme Jeff. «C’était dans les années 1970. Il s’est alors construit pas mal de résidences secondaires, qui sont vite devenues des habitations principales, et le prix du terrain a grimpé.» Alors que le village voyait sa population diminuer jusque-là, passant de 467 en 1900 à 293 en 1970, la tendance s’est inversée pour atteindre 652 habitants en 2000, dernier chiffre disponible dans les annuaires statistiques de l’Etat. Gumefens a en effet fusionné avec Avry-devant-Pont et Le Bry en 2003. Les statistiques concernent désormais Pont-en-Ogoz, nouvelle entité qui a repris le nom d’un hameau du bord du lac qui avait fusionné avec Villars-d’Avry en 1970 pour donner naissance au Bry. La boucle est bouclée. Enfin…
«Bon, la fusion, Avry et Le Bry l’avaient acceptée facilement, mais à Gumefens ça avait été une autre histoire.» Un coup d’œil dans les archives de La Gruyère rappelle en effet que le Conseil communal de l’époque était opposé au projet et que la fusion avait passé de justesse à Gumefens. «Mais tout ça, c’est du passé. L’esprit de clocher est moins fort aussi.»
Ces dernières années, Gumefens a vu se fermer son bistrot, son bureau de poste et son petit magasin. «Il y avait même un petit coin cafèt’ où on faisait beaucoup de rencontres, relève Marie-Josée Gapany. Aujourd’hui, les liens se tissent par les sociétés ou par l’école pour les parents.»
Conductrice du bus scolaire – qu’elle poutzait énergiquement en ce vendredi de clôture – elle connaît presque tout le monde. «Mais, sans ça, ce serait difficile.» Et de mentionner encore l’association Jette des ponts, née sur les cendres de l’ancienne société de développement. «Elle organise le Marché de printemps, la balade gourmande et d’autres occasions de se rencontrer, ajoute-t-elle. Ces événements réunissent beaucoup de participants.» Discrète, Marie-Josée Gapany se garde bien de préciser qu’elle est la présidente de cette association.


Pour le lac et ses activités
Bientôt midi. Une petite balade s’impose avant le repas. Direction le quartier d’en bas, celui qui abritait les «gens de l’extérieur» à la fin des années 1970. Dans les jardins, des bateaux, des canoës, des paddles. On n’habite pas ici par hasard, mais parce qu’on apprécie la proximité du lac et les activités qu’on peut y pratiquer.
Une passerelle cachée dans la forêt permet de rejoindre l’autre rive du ruisseau de Malessert. Le camping n’est pas loin. A la buvette, la nouvelle équipe, en place depuis le mois d’avril (lire ci-contre), a envie de faire connaître l’endroit et ça commence à se savoir. Il reste juste une place sur la terrasse. Au menu, salade, friture de féra et tarte à l’abricot.
Avant de repartir, un petit détour par le bord du lac et on se dit que Gumefens fait un bien joli lieu de vacances. Un avis que partagent au moins tous ceux qui sont propriétaires d’un cottage ou d’un mobile home ici. Mais qui sont-ils? Le mystère ne sera pas levé aujourd’hui: le panneau «privé» à l’entrée des allées du camping freine l’élan journalistique. Il y a d’autres rues à explorer à Gumefens.
La balade digestive se fera entre la plage et le terrain de foot. Quelques enfants jouent au bord du lac. L’eau clapote. Alors que le vent fait vibrer les cordages le long des mâts des voiliers, on peine à croire qu’on est en Gruyère.
A peine plus loin, une odeur de rose envahit l’air. Le jardin d’Irène et Thomas Benz-Sommer qui s’étend jusqu’au lac. Et, pour partager leur passion, les propriétaires ouvrent leur porte aux curieux deux après-midi par semaine en été (lire ci-contre). Mais en cherchant leur numéro de téléphone, on se rend compte qu’on a quitté Gumefens sans s’en apercevoir. Le terrain de foot pourtant? «C’est bien celui de Gumefens, mais il se trouve sur Avry», explique Elie Fragnière.
Jusqu’à la fin 2002, l’agriculteur était syndic de Gumefens. De sa ferme, située tout en haut du village, le panorama tient du dépliant touristique. «Les remaniements parcellaires liés à l’autoroute ont permis à Gumefens de réaliser bien des infrastructures. On avait aussi pu acheter un terrain pour favoriser l’installation des jeunes du village. C’était en 1978. Mais aujourd’hui, quand on parle de développement, on parle plutôt de mobilité.»
La fusion n’a pas laissé de rancœur. «On est sportifs, du moins dans l’esprit, rigole l’ancien syndic. Les défaites doivent s’accepter.» Il a décidé de «ne garder que le bon. Des tensions, il y en a eu d’autres. Quand on a construit la salle polyvalente, certains croyaient qu’on allait ruiner la commune. Et même quand on a assaini le centre du village en déplaçant la porcherie, il y en avait pour être contre. Aujourd’hui, plus personne ne le conteste, c’est évident!»
Du centre historique du village, il reste la chapelle autour de laquelle on tourne pour accéder aux différents quartiers. Le bistrot de la Cigogne, lui, a disparu au début des années 2000. Depuis, le bâtiment abrite des appartements. Mais le nom a été repris par le tea-room de la laiterie. «Avec l’accord de la famille», souligne Elie Fragnière. Puisqu’on en parle, il sera bientôt l’heure d’y retourner pour l’apéro du soir.
La descente se fait en sillonnant les quartiers de villas. Avec cette chaleur, les rares habitants présents se calfeutrent chez eux. Assis sur sa terrasse, Jean-Pierre Wicht profite de la tranquillité. «On s’est installés ici il y a vingt ans parce que ma femme bossait à Fribourg et moi à Bulle. On est à la campagne, mais entre les villes, avec le lac et à proximité des montagnes.» Et avec une vue imprenable sur elles…
Plus loin, un monsieur ramasse des raisinets: «Je pense que les habitants sont très indépendants. Quand on veut se rencontrer, il y a le tea-room ou les manifestations organisées par Jette des ponts. Ou alors la déchetterie.» Mais on n’aura pas le temps pour la déchetterie.
Au tea-room, en revanche, deux tables de la terrasse sont occupées pour l’apéro. Des habitants d’Avry et de Gumefens, dont Jean-Jacques Reynaud, conseiller communal et policier à la retraite. Arrivé à l’âge de 14 ans, il a vu Gumefens «changer avec le monde. Mais maintenant le développement est fini. Il n’y a plus de zones.» Il regrette d’avoir vu partir les artisans locaux comme Raboud cuisine ou Fragnière électricité. «Gumefens est devenu un lieu de villégiature et on doit maintenant l’assumer.» ■

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