Une perle médiévale glânoise en pleine banlieue lausannoise

| mar, 25. jui. 2017

Par le passé, Rue a été un centre commercial important. Elle a même été une préfecture. Aujourd’hui, elle abrite 620 habitants, pendulaires pour la plupart.

PAR SOPHIE ROULIN

Petite entorse à la règle: même si notre série s’intitule un jour, un village, c’est Rue, la plus petite ville d’Europe, qui accueille cet épisode. Et, commençons par le commencement, une visite du château, puisque dès les premières traces historiques de la localité glânoise, au XIIe siècle, le château est déjà solidement attaché à son socle de molasse.

Le seul à détenir les clés de la vénérable bâtisse à Rue est Jean-Bernard Surchat. «Lors des festivités liées à la fusion de Blessens et de Rue, en 1993, les autorités avaient invité le châtelain, Erich Traber, explique le douanier à la retraite. Je savais qu’il cherchait quel-qu’un. Il m’a donné rendez-vous au château à 17 h précises.

Et, depuis, je travaille pour lui.» A 86 ans, c’est lui qui coupe le gazon, taille les rosiers, entretien les plates-bandes et soigne le jardin potager.

Muni d’un trousseau de clés digne de Fort Boyard, il ouvre la première porte. «C’est là qu’ont lieu les apéros de mariage», explique-t-il sur l’esplanade impeccable. Peu souvent présent, le châtelain loue l’extérieur de sa propriété sur demande.
Fondateur des magasins Interdiscount, Erich Traber a acquis le château de Rue en 1983. «Il semble que la citadelle le faisait rêver quand il circulait en train entre Genève et Zurich», glissera plus tard dans la journée Brigitte Kauffmann, ancienne conseillère communale.
Dotée de salles de bain et d’une cuisine agencée, la bâtisse a gagné en confort à la fin du XXe siècle. Mais son passé médiéval reste bien visible. Boiseries sombres, pièces en enfilade, lourdes tapisseries habillant les murs du salon… «M. Traber est aussi un collectionneur», glisse Jean-Bernard Surchat. Dans les pièces et les couloirs, des orgues de Barbarie, des boîtes à musique. Dans les armoires, des objets de por-celaines, des verres à bière.
A part lors de l’exposition bisannuelle ArtForum, le château ne se visite pas. «Mais à l’époque, les écoles étaient invitées cha-que année pour la Saint-Nicolas», racon-te une ancienne institutrice croisée près de la porte du château. «Saint-Nicolas montait par là, avec son âne, et les enfants suivaient. Ensuite, on était reçus dans la cour et les châtelains offraient les quatre heures. C’était magique!»


Arrivée en 1993 du Valais, l’enseignante se rappelle avoir eu de la peine à trouver un logement. Par la suite, des immeubles se sont construits et plusieurs quartiers de villas se sont développés. Le village compte aujourd’hui 620 habitants, contre 525 en 2000. «Ce chiffre ne devrait plus beaucoup évoluer puisqu’il n’y a quasiment plus de terrains en zone à bâtir», indique Joseph Aeby, syndic. La commune de Rue – composée de Blessens, Gillarens, Promasens et Rue – en compte, elle, 1505.
Les nouveaux habitants, essentiellement vaudois, sont des pendulaires. «Ici, c’est la banlieue de Lausanne», lance en rigolant un couple, rencontré dans le quartier du Péage: «Ça fait plus de dix ans qu’on habite ici. Pourtant, on ne peut pas dire qu’on est intégrés. Mais on commence à s’intéresser, parce qu’on a un fils de cinq ans qui va à l’école.»
De l’autre côté de la colline, le long de la route des Augustins, Chantal Tinguely cueille des bleuets dans le jardin de son ami. «J’habite ici depuis onze ans. J’ai grandi à Payerne et j’ai gardé des habitudes très vaudoises.» Elle est arrivée un peu par hasard, attirée par un prix du terrain attractif. «Je n’avais même pas vu qu’il y avait un château.»
Depuis qu’elle s’est installée à Rue, cette économiste s’est peu à peu reconvertie pour devenir thérapeute. «Actuellement, je suis une formation d’herboriste. Je vis un peu un retour aux sources.» Ses cueillettes l’amènent aussi à rencontrer davantage de monde. «Dès qu’on est ouverts à la discussion, on fait vite des connaissances. Mais il faut faire le premier pas.»
Et de mentionner les lieux de rencontre à Rue: «Il y a pas mal de choses culturelles, comme les expositions ou les concerts à la crêperie. Sinon, il y a les marchés d’été, mais on n’y voit pas beaucoup les nouveaux.» Une catégorie qu’elle estime avoir quittée. Comme pour prouver qu’elle est bien du coin, elle suggère une petite escapade rafraîchissante aux cascades de Rue (lire ci-dessous).
Il est bientôt midi. La faim et la soif, surtout, incitent à ne pas trop s’éloigner. Retour au centre par le bord de la route. On se dit que si Rue était une bourgade française, la rue principale serait certainement piétonne, bordée de terrasses et de boutiques de produits du terroir…
La fontaine et sa toiture offrent une ombre bienvenue, depuis 1849, selon le dépliant Balades pour une mémoire disponible auprès de l’administration communale. Un panneau eau non potable dissuade le passant de s’y désaltérer. L’Hôtel de Ville étant fermé en début de semaine, le repas sera donc breton. La crêperie Entre terre et mer s’est installée au cœur de la ville il y a treize ans. Galettes de sarrasin, cidre, Salidou, photos de phares et pulls à rayures, tout y est.

A l’arrière, le Musée de vieilles voitures de Maurice Girard semble désert. Un coup de fil suffit, paraît-il, mais un collègue a déjà parlé d’automobiles anciennes la semaine dernière… «Vous devriez aller voir Mme Kauffmann, elle a écrit plusieurs livres sur Rue», s’entend-on conseiller. Mais elle est sur Blessens. «Oui, mais tout ça c’est la commune de Rue…» La fusion semble être une histoire ancienne.


Un bâti éparpillé
Blessens, 90 habitants à tout casser, mais un bâti éparpillé. Des fermes, une ancienne laiterie devenue brasserie, un drôle de pont au-dessus des rails, un panneau «Riverains autorisés»… Et le téléphone qui n’a plus de batterie. On est perdus… L’autre route mène à un gîte rural. La patronne offre un verre d’eau salvateur, une prise pour le téléphone et une sympathique discussion.

Pour rejoindre le domicile de Brigitte Kauffmann, il fallait braver l’interdit. Dans une clairière, l’ancienne ferme dans laquelle elle s’est installée avec son mari dans les années 1980 répondait parfaitement aux envies de campagne de ces citadins. Est-ce que ça choque cette ancienne conseillère communale qu’on traite Rue de banlieue lausannoise? «Le professeur Dafflon l’avait écrit il y a plus de vingt ans et on lui avait ri au nez. Mais c’est une réalité. Plusieurs quartiers se sont développés et ne sont habités que par des Vaudois. Ces gens ne cherchent pas forcément à s’intégrer avant d’avoir des enfants en âge de scolarité. Les enfants sont le principal vecteur d’intégration.»


Jusqu’à cinq cafés
Brigitte Kauffmann sait de quoi elle parle, elle en faisait partie. «Jusqu’à ce que j’entre au Conseil communal.» Par la suite, elle s’est piquée au jeu et s’est penchée sur l’histoire de la bourgade et de ses habitants. «On oublie souvent à quel point la Suisse et le canton de Fribourg en particulier étaient pauvres.» Pourtant Rue, avec son château et ses maisons cossues… «Oui, Rue était sur une route d’échanges. Il y avait bien quelques notables, mais ce n’était pas la majorité.»
Rue a compté jusqu’à cinq cafés, était dotée d’une tannerie et même d’un casino, parti en fumée en 1913. Elle a aussi été une préfecture. «Aujourd’hui, à part quelques indépendants, il n’y a pas d’emplois à Rue. On est tous pendulaires.» Et condamnés à partir de plus en plus tôt pour rejoindre Lausanne. «Le développement se poursuit sur Ursy, mais la route est la même.» ■

 

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Une vue imprenable sur Rue

Le gîte rural du Gros Essert se situe tout en haut du village de Blessens, au bout de la route qui ne porte pas de panneau «Riverains autorisés». Les parents de l’actuelle propriétaire, Hélène Schiliro-Favre, l’avaient transformé il y a une trentaine d’années. «A l’époque, c’était assez novateur comme concept. Mon papa était un instituteur reconverti à l’agriculture. L’exploitation s’est modifiée petit à petit.» Aujourd’hui, il n’y a plus de rural, mais trois salles qui sont régulièrement louées pour des fêtes ou des soirées d’entreprise. «Je ne suis pas cuisinière, donc je ne peux pas proposer une carte», s’excuse presque Hélène Schiliro. Des cyclistes et des randonneurs s’y arrêtent aussi pour dormir. Ils bénéficient alors d’une vue imprenable sur la campagne environnante et sur la cité médiévale de Rue. SR

 

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Les pieds dans la Broye
Sur la route de Moudon, au pied de la colline de Rue, on trouve le chemin des Chutes. Au bout de ce chemin, une petite place de parc devant des balles de foin et un sentier qui descend dans la forêt. En cinq minutes, on gagne les berges de la Broye. La rivière, qui prend naissance à Semsales et qui termine sa course dans le lac de Morat, passe ici un petit ressaut. Qui fait le plus grand bonheur des enfants en période de canicule. Le site reste peu connu. Il a pourtant sa propre page Facebook et apparaît souvent sur les sites des amateurs de photographie. SR

 

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