«De chez moi, par beau temps, j’ai la vue jusqu’au Mont-Blanc»

| sam, 12. aoû. 2017

Du jardinage aux mines de charbon, en passant par des écoliers pétitionnaires et un détour dans une chapelle cachée à Besencens, les habitants de Saint-Martin, en Haute-Veveyse, racontent leur village.

PAR FRANCOIS PHARISA

Saint-Martin possède la plus belle des places de jeux. Opinion purement subjective, mais c’est celle de ses habitants et on s’est facilement laissés convaincre. Petit terrain de foot, terrain multisport, terrain de basket, toboggan, balançoires, un espace vert arborisé qui fait office de centre-village. Le vendredi, quand sonne la fin de l’école, une cinquantaine d’enfants s’y précipitent, bientôt rejoints par leurs parents, qui amè-nent le ravitaillement.
Mais bon, aujourd’hui, on n’est pas vendredi et les enfants profitent des relâches estivales. La place est déserte. Tout comme le bistrot du village et l’épicerie-boulangerie, qui rouvriront le 14 août. «Du vieux pain n’est jamais dur, mais point de pain, ça c’est dur», lit-on sur la vitrine. Pas de chance.
Heureusement, on croise Jean-Louis Aebischer. D’un côté de l’autre, il s’affaire entre la salle polyvalente, l’administration communale, l’école et la place de jeux. Jean-Louis, c’est le concierge des infrastructures communales. Celui que les écoliers viennent réclamer quand le ballon finit sa course sur le toit, celui qu’ils fuient quand ils ont fait une bêtise.
Il partage la fonction avec son épouse, Gisèle. De merveilleux ambassadeurs de leur village, qui nous invitent à boire le café chez eux, à deux pas d’ici, dans le quartier des Courtes Poses. Un bien joli nom pour papoter sur une terrasse au soleil.


Scrabble et arts martiaux
«Il se passe très souvent quelque chose à Saint-Martin, mais il faut pour cela s’y intéresser», lance d’emblée Gisèle Aebischer, comme pour casser immédiatement toute idée reçue. Et d’énumérer: les lotos, les concerts à l’église, le marché de Noël, les fenêtres de l’avent, les spectacles de la Jeunesse, la Tractomobile, les cours de scrabble et d’arts martiaux, le ski-club, la gym des aînés, la fanfare et le chœur mixte bien sûr. «Et il y en a même pour les geeks, qui tiennent leur vide-grenier», conclut celle qui fête cette année ses trente-cinq ans de cornet au sein de la fanfare L’Avenir.
Retour au centre du village, dominé par l’église, imposante, comme souvent dans les communes longeant la frontière avec le canton de Vaud. Il fallait leur montrer, à ces réformés, que leurs idées ne se propageraient pas en ces terres. De l’histoire ancienne.
Depuis 2009, une église évangélique a pignon sur rue, installée dans le bâtiment qui abritait le Lion d’Or. Et ses fidèles se montrent plus assidus au culte du dimanche à 10 h que ne le sont les catholiques à la messe une demi-heure plus tard, ironise-t-on dans le village.


«Du succulent Limousin»
De l’autre côté de la route cantonale, qui coupe Saint-Martin en deux, une belle ferme attenante à un grand potager soigneusement cultivé. Edith Conus y veille, le corps penché en avant, les mains dans la terre. Surprise par notre présence, elle se redresse et nous dirige vers Marie-Josée Demierre, sa belle-maman, qui habite aussi la maison. Une petite mamie de 81 ans, les yeux clairs, vifs, pétillants, le sourire communicatif.
Cinquante-neuf ans que Marie-Josée Demierre vit à Saint-Martin, elle qui a grandi à Besencens. La voix légèrement enrouée, elle l’assure, dans ses placards, on ne trouvera pas un produit ni de la Coop ni de la Migros. Ah! ça non. «Nous ne manquons de rien ici.» Pour remplir le garde-manger, elle a «le p’tit mag», le boucher itinérant, qui vend «du succulent bœuf limousin», et son jardin. «Je cultive de tout: des raves, du persil, des pommes de terre, même des taupes parfois», rigole-t-elle.
Quand elle ne jardine pas, elle aime s’asseoir sur le banc devant la maison et «regarder» comme elle dit. Guguer quoi. Les allées et venues des voisins, les enfants qui sortent de l’école, les voitures qui défilent. Elle profite du paysage aussi. «L’autre matin, vers 7 h, le Mont-Blanc était splendide. Ses deux côtés étaient éclairés et le centre restait dans l’ombre.» Parce que oui, depuis Saint-Martin, on y voit loin, jusqu’au Mont-Blanc et les montagnes savoyardes. Plus proches, la Dent-de-Jaman, la Cape-aux-Moines, les Dents-du-Midi… un panorama non exhaustif, mais qui vaut assurément le coup d’œil.


Un puits de 180 mètres
Frida Demierre aussi peut admirer, par beau temps, le toit de l’Europe depuis son balcon. Mais c’est d’une colline qu’elle préfère nous parler. «Là, au milieu de la pente, où la route passe, le puits principal s’enfonçait à 180 mètres de profondeur», indique-t-elle en pointant son doigt vers le flanc de la colline du Jordil. Frida Demierre a 88 ans. Adolescente, elle a travaillé plusieurs étés comme trieuse de charbon. Le «temps des mines», selon l’expression consacrée à Saint-Martin. «Surtout le temps où les enfants devaient donner de l’argent à leurs parents et non l’inverse», sourit-elle, en recommençant à tricoter.
Frida Demierre a toujours été «une bosseuse», nous confiait Marie-Josée, son homonyme, rencontrée tout à l’heure. En 1974, avec son mari, elle a fondé Demierre Transports. Elle y tenait à jour la compta et faisait toutes ces petites choses indispensables à la bonne tenue d’une entreprise. Aujourd’hui, son fils, Jean-Bernard, a pris le relais.
On laisse Frida Demierre à ses aiguilles. Dans le lotissement de Champ-Riond, on retrouve Christiane et Roger Braillard, attablés sur la terrasse. Ils ont construit la première («ou était-ce la deuxième?») maison individuelle à Saint-Martin. C’était en 1976, il n’y avait que des fermes ou presque. Et «pas le moindre chemin goudronné, excepté la liaison Saint-Martin-Le Jordil», se souvient Christiane Braillard, qui anime la gym des aînés une fois par semaine.


De la suite dans les idées
Depuis, les quartiers de villas de Champ-Riond et des Courtes Poses sont sortis de terre. La salle polyvalente a été inaugurée en juin 1995. Et la place de jeux, elle, a été aménagée par étapes. «Elle a été créée en 1985, quand le terrain a été aplani. Avant, on jouait au foot tant bien que mal dans un pré pentu», rappelle Roger Braillard, ex-syndic, qui ne résiste pas à livrer ici une petite anecdote sur l’ajout de la place multisport, en 2012.
«Cinq écoliers sont arrivés un jour à la commune avec une pétition, munie d’une huitantaine de signatures, dûment récoltées. Ils demandaient l’installation d’une rampe pour skateboard.» Mais, impossible, celle-ci aurait généré trop de bruit. «Alors, on les a convoqués et on leur a proposé à la place ce terrain synthétique», s’amuse Roger Braillard. Pas chicaneurs, les gamins ont validé. ■

 

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Point de fusion
Un plébiscite à faire rougir un dirigeant nord-coréen. En 2003, les citoyens de Saint-Martin approuvaient le mariage de leur commune avec ses voisines de Besencens et de Fiaugères à 100%. Net et sans bavure. Les autorités ont alors décidé de marquer le coup en créant une place de pique-nique, à l’endroit où les routes des trois anciennes communes se rejoignaient. Un banc en rondins de bois a été installé, désormais appelé le banc de la fusion, qui offre aux promeneurs une pause bienvenue. Depuis, à chaque événement important que connaît la commune, ce point de rencontre est enrichi. En 2013, à l’arrivée du 1000e habitant, un tilleul et un marronnier y ont été plantés.

Une chapelle dans le grenier
Quand on a demandé quelles étaient les particularités de la commune, plusieurs habitants nous ont conseillé de faire un détour par Besencens. Il s’y cacherait une mystérieuse chapelle. Sur place, en face de l’ancienne école, la ferme d’Yves et Nicole Currat intrigue. La façade arbore quatre vitraux. Accompagnée de sa belle-maman, Marie-Thérèse, Nicole Currat nous fait entrer. Et on la découvre, cette fameuse chapelle, perchée sous le toit. L’autel, les chaises, les idoles, les tableaux, tout y est. «Elle fut construite dans les années 1910 par Mgr Léonard Currat, qui habitait la ferme», relève la propriétaire. Né à Saint-Martin en 1853, celui qui fut chancelier de l’évêché et vicaire général est «le frère de l’arrière-grand-père d’Yves», précise Marie-Thérèse. «Il y a célébré la messe pour les gens du village, tous les dimanches matin jusqu’à sa mort, le 18 avril 1840.» FP

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