«Oui, c’est vrai qu’on aime bien vivre entre nous»

| jeu, 10. aoû. 2017

Suite de la série consacrée aux villages. Aujourd’hui: Maules et ses belles fermes, son marais, son histoire et ses habitants fiers de leurs terres.

PAR VALENTIN CASTELLA

«Bonjour, pourriez-vous m’accorder quelques minutes pour me parler du village?» – «On ne connaît plus personne et puis, on n’a pas grand-chose à dire.» Le premier contact tend à vérifier la légende qui sévit à Maules. Là-bas, il paraît qu’ils vivent entre eux, comme dans un certain village gaulois. D’ailleurs, la société de jeunesse a été baptisée Les Maulois et son logo représente un homme moustachu au casque décoré d’ailes. Le décor est planté: se promener à Maules et s’introduire dans le quotidien de ses habitants semble être une tâche délicate.
En arrivant, ce n’est pas la retenue présumée des citoyens qui interpelle, mais les dizaines de vieilles fermes qui trônent telles d’anciennes impératrices qui n’ont rien perdu de leur charme malgré les années. On s’y promène, sans même s’apercevoir qu’on croque plusieurs mètres de dénivelé. Oui, ça grimpe à Maules. Une première porte s’ouvre. Derrière, Jean-Marie Pasquier, ancien syndic et enfant du village. En s’asseyant à sa table, la vue imprenable qu’offre sa terrasse surprend. «Depuis Maules, on voit La Chia, les Chaux d’Estavannens, les Alpes de Savoie et les sommets du Jura vaudois. Et puis, bien sûr, le Moléson.»
L’homme parle géographie: on en profite pour lui demander quel est son point de vue sur l’ensoleillement. Paraît-il que Maules est en lice pour le titre de village gruérien le plus ensoleillé. Il sourit. «Non, c’est Romanens. On est deuxième.» Estavannens n’est-il pas également dans la course? «Ah bon? Pas sûr», dit-il en rigolant.


«On aime ce côté intime»
Place ensuite aux choses sérieuses. Qu’en est-il de cet esprit de clocher? «C’est vrai qu’on aime bien vivre entre nous. Le village est petit. On apprécie ce côté intime et convivial. Et puis, les gens sont indépendants. On ne se mêle pas des affaires des autres.»
Un coup d’œil par la fenêtre permet d’apercevoir, à l’entrée du village, des quartiers de villas modernes. «Toute cette partie s’est développée il y a vingt ans. En 1974, nous n’étions que 174. Aujourd’hui, ce chiffre a doublé.»
En 1974, Henri Michel était déjà là. Lui aussi a toujours vécu à Maules. Rencontrer un représentant de la famille Michel à Maules n’est pas anodin. L’agriculteur est le fils du célèbre magnétiseur Marcel Michel, connu à son époque dans toute la Suisse romande. «C’est vrai que ça a marqué le village, dit-il sobrement. Des gens téléphonent encore aujourd’hui pour prendre rendez-vous, vingt ans après son décès. Je me souviens des files d’attente dans la ferme. On mangeait en famille et des gens attendaient dans le couloir. C’était particulier.»
Lorsqu’on demande à Henri Michel quels souvenirs ont marqué sa vie à Maules, il raconte notamment une série d’incendies intentionnels qui avaient sévi en 1959. «Cela avait duré plusieurs semaines dans la région. Même la scierie avait brûlé. Nous avions construit des haies pour protéger la ferme, et nous dormions habillés, si jamais il nous fallait loin.»


Vampires et Mirages
Autre souvenir: les avions, qui décollaient de Payerne pour s’entraîner au tir sur le site marécageux des Gurles. Dans le ciel, des Vampires, Venums, Hunters et Mirages ont survolé le village de 1978 à 1987. Les obus et les grenades faisaient alors le bonheur des gamins, une fois les entraînements terminés. Devant sa ferme, à quelques mètres de la maison d’Henri Michel, sa cousine Colette Savary nous raconte. «Les avions faisaient beaucoup de bruit. Les militaires venaient chez nous pour chercher de l’eau pour faire à manger.»
Colette Savary distille quelques anecdotes, puis parle sans retenue. «On croit qu’on n’a rien à dire. Mais, finalement, on bataille quand même!» Elle se présente alors sous un autre nom. «Ici, on m’appelle Colette du bus, car j’ai conduit les enfants à l’école de 1974 à 2009. J’ai côtoyé trois générations.» Elle est donc bien placée pour parler de son village, qui a bien changé. «Lorsque nous étions jeunes, il n’y avait pas d’appartements et les fermes n’étaient pas à vendre. Beaucoup sont partis. Maintenant, de nouvelles villas ont été construites à l’entrée du village. Mais bon, on ne les connaît pas trop ces nouveaux habitants.» «Il y a moins de liens entre les gens, complète Henri Michel, qui accompagne la discussion. Heureusement, certains s’intègrent grâce aux fêtes du village.»
A ce moment, on se souvient que Jean-Marie Pasquier avait mentionné la désalpe de la famille de Léonard Pasquier, qui réunit chaque année une centaine de personnes. Ou de la fête du 1er Août «organisée par les jeunes».
Il est midi. L’heure de manger et de s’aventurer dans le site marécageux des Gurles. Là où, en 2013, un homme au masque à gaz et à la pèlerine militaire avait fait parler de lui dans le monde entier avant de poser son baluchon. Sur internet, photos, représentations et vidéos circulent à son sujet. Un parfum suédois porte même son nom (Fantôme de Maules). Tout le monde s’était intéressé au Loyon, sauf peut-être ceux qui l’ont côtoyé. «Je le croisais souvent, explique Henri Michel. C’était un homme grand, qui n’a jamais rien fait de mal. Il passait à côté de nous, sans rien dire. Je le saluais souvent. C’est tout. Pas besoin d’en dire davantage.»
Sac au dos, on découvre donc le sentier du marais et une nature qui a repris ses droits après des années de silence. En effet, la tourbe y avait été exploitée entre les années 1940 et 1978, avant que l’endroit ne soit racheté par l’armée, puis cédé en 1987. Dès lors, des travaux ont été effectués, afin de faciliter la régénération naturelle du marais.
Le rôle du marais
Classé site Emeraude par le WWF, l’endroit a été d’une importance capitale pour le village, comme l’explique Victor Oberson, qui a débarqué à Maules en 1968 en tant que régent. «Les tourbières ont fait vivre le village. Tout le monde y travaillait, car il n’y avait rien d’autre. Cette activité, tout comme l’exploitation de la forêt, a permis au village de rembourser ses dettes et de retrouver une bonne situation financière.»
Ancien secrétaire communal et ensuite syndic, Victor Oberson semble intarissable sur l’histoire du village. «J’ai pu observer son évolution. Lorsque je suis arrivé, le village était comme figé. Rien ne semblait avoir changé depuis plusieurs décennies. D’ailleurs, je me souviens que, lors de ma première séance du Conseil communal en tant que secrétaire, j’avais dû demander aux participants de parler en français et non en patois. Mais, rassurez-vous, certains aspects n’ont pas changé. Même si je suis bien intégré, je suis toujours considéré comme une personne provenant de l’extérieur, cinquante ans après mon arrivée.»
Les habitants de Maules sont donc bien des Maulois. Mais il suffit de gratter un peu pour que les «petits seigneurs», leur sobriquet, ouvrent avec pudeur les portes de leurs palais en bois décorés de géraniums. ■

 

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La scierie affiche complet

Construite entre 1919 et 1920, puis refaite à la suite d’un incendie en 1959, la scierie du village connaît actuellement une seconde jeunesse. En effet, après l’arrêt des activités en 2009, ce bâtiment a été totalement réaménagé en salle communale et inauguré en 2011. Le tout en conservant la scie de l’époque, qui apporte une touche rustique à l’endroit. Cuisine équipée, chaudron, vue sur le Moléson, cent places disponibles: autant d’atouts qui permettent à cet établissement de connaître un large succès. «Cette année, il est occupé tous les week-ends, explique la concierge Anita Oberson. Parfois, même trois fêtes différentes sont organisées du vendredi au dimanche.»

Une pinte de 1637

Parmi les dizaines de vieilles fermes situées à Maules, l’une d’elles sort du lot. Jean-Marie Pasquier y a habité durant plusieurs années: «Elle abrite la plus vieille galerie datée du canton (1637). Sur le balcon, on peut y apercevoir notamment un calice, une faux et une coupe. A cette période, cette maison était certainement un relais où on servait à boire aux gens qui voyageaient entre Romont et Bulle.»

Maules, abri de trappeurs

Depuis sept ans, Frédéric Pasquier (Maules) et son collègue Roland Dervey (Romanens) proposent aux touristes de dormir une nuit dans deux tentes de trappeurs (1 x 2 places et 1 x 5 places). Sur les hauts du village, ils ont ainsi l’occasion de découvrir le quotidien des chasseurs ou pêcheurs d’Amérique du Nord. C’est à la suite d’un séjour dans les Rocheuses que Frédéric Pasquier s’est lancé dans cette aventure plus connue sous le nom de Dormir ailleurs: «J’ai construit la première cabane pour mon usage personnel, explique le maréchal-ferrant itinérant. Puis, j’ai réalisé un site internet, dans le but de la louer. Je n’imaginais pas que ça allait marcher aussi bien. Aujourd’hui, nous sommes complets tous les week-ends jusqu’en septembre.» L’offre des deux compères propose un retour à la nature. «Eté comme hiver, nous accueillons des citadins de toute la Suisse romande, qui ont soif de dépaysement. Le sentiment qui revient le plus souvent, c’est le bonheur de se retrouver hors du temps durant une journée.» VAC

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