De l’eau providentielle sortie de la bouche du dragon

| jeu, 03. aoû. 2017

La grotte du Dragon avait permis aux spéléologues de réaliser l’ascension souterraine du Vanil-des-Artses. Elle leur permet aujourd’hui d’alimenter en eau l’alpage de la Grosse-Orgevalette. L’Association des Folliu-Bornés poursuit néanmoins ses explorations dans le réseau principal de la montagne.

PAR SOPHIE ROULIN

Des spéléologues résolvent le problème d’eau de l’alpage de la Grosse-Orgevalette, sur les hauts des Sciernes-d’Albeuve. Depuis la mi-juillet, un captage installé à 275 mètres à l’intérieur de la montagne permet d’étancher la soif des génisses de Christian Boschung. Un juste retour des choses pour l’Association des Folliu-Bornés (AFB), qui utilise un des chalets de la famille comme base arrière à ses explorations souterraines depuis bientôt vingt ans.
«Dans le grand réseau, celui qui va très profond, il y a toujours de l’eau, explique Michel Demierre, l’un des membres de l’AFB. Mais pour la prélever il faudrait installer un système avec des pompes, ce qui serait compliqué et probablement coûteux.»
Or, en 2013, l’AFB a réussi à gravir par l’intérieur le Vanil-des-Artses (La Gruyère du 27 août 2013). «Et on avait trouvé un écoulement d’eau dans ce qu’on a appelé la grotte du Dragon. On pouvait donc imaginer de la faire descendre par gravité.»
Sauf qu’il fallait tout de même que cette eau traverse la montagne sur 275 mètres, ce qui impliquait l’installation de tuyaux dans des endroits étriqués. Avant d’envisager ces travaux de longue haleine, les spéléo-logues veulent en savoir plus sur le potentiel du cours d’eau. Florian Ballenegger, un autre membre de l’AFB, met alors au point un débitmètre à godet. «Des mesures ont été prises sur une assez longue période, détaille Michel Demierre. Les données ont ensuite été mises en corrélation avec les mesures du pluviomètre installé à proximité par l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches de Davos.»


Se rendre utile
Verdict: même en période d’étiage, il reste toujours un filet d’eau suffisant pour répondre aux besoins de l’alpage de la Grosse-Orgevalette. «On a transmis l’information aux frères Boschung et c’est resté un peu en suspens.» Jusqu’à ce printemps. Christian Boschung appelle alors les spéléologues pour leur faire part de son inquiétude après une saison hivernale trop sèche. «L’été risquait d’être très compliqué…»
Le temps de réunir le matériel nécessaire, les spéléologues «ultramotivés» se mettent au travail. «La famille Boschung a fourni les tuyaux et les a même transportés jusqu’au pied de la falaise.» Mécano de formation, le spéléologue Pascal Huguenin fabrique une pièce sur mesure pour récupérer l’eau qui s’écoule le long d’une des parois de la grotte du Dragon. Un nom qui vient du souffle que les spéléologues entendaient avant d’avoir percé le mystère.
Pour la petite histoire, cette grotte avait été découverte après avoir creusé un bouchon d’argile d’environ 70 mètres. «Un travail de forçat qui avait demandé une centaine de sorties», explique de son côté Jacques Demierre, président de l’AFB. Et d’ajouter: «C’est génial que cela puisse servir aujourd’hui à quelque chose.»


Un demi-litre par minute
L’installation des tuyaux demande elle aussi plusieurs sorties à une dizaine de spéléologues. «Les frères Boschung se sont chargés de l’infrastructure à l’extérieur», ajoute Michel Demierre. Soit environ 400 mètres de tuyaux entre la sortie de la grotte et le pâturage à alimenter. Ces tuyaux extérieurs seront démontés chaque hiver pour éviter des dégâts liés aux avalanches ou aux chutes de pierres.
«C’est un vrai plus pour nous, commente Christian Boschung. Avant, il fallait amener l’eau avec le tracteur et les génisses devaient descendre jusqu’en bas du pâturage, là où passe la route, à chaque fois qu’elles avaient soif.» Les problèmes d’eau sont courants sur ce versant des Préalpes. Leur nature calcaire fait que les précipitations rejoignent directement le réseau souterrain creusé dans la roche, appelé réseau karstique. «Sans les spéléologues on n’aurait pas pu récupérer cette eau.»
Au bout du tuyau s’écoule environ 0,5 litre d’eau par minute. «Pour être à l’aise, les frères Boschung disaient avoir besoin d’un mètre cube par jour, relève Michel Demierre. On n’y est pas tout à fait. On va donc retourner dans la grotte pour améliorer notre système de collecte.» L’AFB poursuit également ses explorations dans le réseau principal de la montagne. «On est à moins 600 mètres par rapport à l’entrée. Et on espère aller encore très loin si la nature nous le permet.» ■

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