Un statut de village résidentiel assumé et bien vécu

| jeu, 17. aoû. 2017

En dix ans, la population de Montet, en Glâne, a plus que doublé. D’agricole, le village est devenu essentiellement résidentiel. Un choix assumé et qui va encore s’accentuer ces prochaines années.

PAR XAVIER SCHALLER

Montet en Glâne, beaucoup le traversent, peu s’y arrêtent. C’est l’ouest lointain, l’un des villages les plus occidentaux du Sud fribourgeois, collé au canton de Vaud. Par la route d’Ursy, on le traverse sans en trouver le centre. Même au deuxième passage. Pas d’église ni de chapelle, pas de commerce ni de bistrot.
Une piste? Suivre le panneau administration communale peut-être? La route passe devant le bâtiment en question, moderne avec sa salle polyvalente au premier étage, et finit dans les impasses d’un quartier de villas.
Retour à la route principale. Le chemin de l’école peut-être? La rue étroite se termine rapidement en cul-de-sac, mais c’est ce qui ressemble le plus à un centre: l’école de 1875 , le Châtelet Demierre, construit au XVIIe ou XVIIIe siècle, des places de parc et un terrain de basket. Avec son massif d’aubépines et de lavande, la place a du charme.
Une fois garé, reste à trouver des habitants. Jouant à fond le jeu de la série Un jour, un village, aucun contact préalable n’a été pris. Les rencontres se feront au gré du hasard. Une voiture se parque justement, une enseignante qui vient préparer sa classe. «J’habite Vauderens et j’enseigne ici depuis cinq ans», explique Sylvia Tanner Mottier.
Avec trois classes de 1H à 4H, le village fait partie du cercle scolaire de Ursy-Montet-Vuarmarens. «Mais notre école va fermer à la rentrée 2018. Actuellement répartis dans six villages, les élèves seront tous regroupés dans le nouveau centre scolaire à Ursy.»
Entièrement rénovée en 2006, l’école historique propose des grandes classes, bien équipées. «Cette fermeture, c’est un drame pour le syndic qui est très attaché à son école. Moi, je suis vraiment bien ici. Pas sûr que je retrouve les mêmes conditions de travail à Ursy.»
Des chemins piétonniers partent pour rejoindre les quartiers résidentiels. Lequel choisir? «Il n’y a presque rien à Montet, à part les cours de pilate, de trampoline et autres zumbas à la salle communale.» Bon, le chemin de droite fera l’affaire.
 

Pas que des Lausannois
Après une boucle parmi les villas sans rencontrer aucun habitant, retour à la route d’Ursy. Descendant le flanc ouest de la colline, c’est elle qui, en fait, définit la zone centre. Daniel Dizerens fume une cigarette devant sa maison qui borde la chaussée. Avec son épouse Roselyne, ils sont arrivés à Montet il y a deux ans. Fermiers à Puidoux-Chexbres, ils se sont retrouvés sans logement à l’heure de la retrai­te. «Et là-bas, tout était trop cher pour nous.»
S’ils font partie des nouveaux habitants, il ne faudrait pas les confondre avec «ces Lausannois des quartiers de villas. Eux, à part le déneigement, l’éclairage public et l’accueil extrascolaire, rien ne les intéresse dans les affaires communales», regrette Daniel Dizerens. Il pourrait ajouter à sa liste le taux d’imposition bas et le réseau haut débit dont bénéficie la commune.
«On ne peut pas critiquer, on ne les connaît même pas», tempère Roselyne. Au centre, il y a pas mal de retraités, des gens qui sont là depuis longtemps. Cela permet de conserver un peu une ambiance de village.» Bien accueillis, ils s’estiment déjà presque intégrés. Daniel Dizerens a d’ailleurs déjà été élu au Conseil communal.
Depuis leur maison, on voit l’ancienne laiterie, transformée en appartement, l’ancienne porcherie, servant d’entrepôt, et ce qui sera bientôt l’ancienne école. Ainsi que la villa de Robert Bovet, qui traite son gazon, pulvérisateur au dos.
 

Restent deux agriculteurs
«J’ai toujours vécu à Montet, explique le retraité. Mon père avait une maison au hameau des Moilles.» Dès 1965, Robert Bovet a travaillé au village comme peseur de lait. «Du lait d’industrie pour la Cremo. Il y avait 14 producteurs quand j’ai commencé et quatre ou cinq lorsque j’ai arrêté, en 2004. Maintenant, il n’y a plus que deux agriculteurs et un seul producteur de lait.» Il se souvient aussi du temps où le village comptait deux épiceries. «La dernière, tenue par mon oncle, a fermé il y a plus de vingt ans.»
Parmi les quelques nouveaux habitants rencontrés, nul ne s’est plaint de l’absence de magasins ou de sociétés locales. Pour eux, Montet en village-dortoir, assumé et heureux, leur convient très bien. Comme le résument les propos d’un couple de sexagénaires, occupés à jardiner et à soigner le gazon: «Il y a tout ce qu’il faut ici. C’est calme, c’est à 30 minutes de Lausanne et on peut prendre l’autoroute à Epalinges, Payerne ou Vaulruz. Pour les achats, il y a Ursy, Moudon ou Oron.»
A Ursy, on trouve en effet boulangerie, boucherie, pharmacie et médecin. Mais il vaut mieux avoir une voiture pour s’y rendre. Sept bus par jour seulement et aucun entre 7 h 39 et 13 h 04.
«Avec le nouvel horaire, on nous a promis treize liaisons quotidiennes vers Moudon», précise le mari. Actuellement, pour s’y rendre en transports publics, il faut passer par Palézieux, soit 50 minutes avec les meilleures correspondances, contre 6 minutes en voiture et 55 minutes à pied, selon Google map.
Sur les conseils des Dizerens et de Robert Bovet, direction la Broye, qui coule en bas de la côte, pour visiter l’oratoire de Notre-Dame du Moulin. A la sortie du village, Chantal Wyss cueille des côtes de bettes pour le dîner, dans un luxuriant jardin de ferme. «Je n’ai pas de mérite, c’est ma belle-mère qui s’en occupe. Moi, je n’ai qu’à me servir.»
Lausannoise, elle a épousé un garçon du village et emménagé à Montet il y a dix ans. Sans regret. «Mon papa est horticulteur, alors je ne suis qu’une demi-citadine. J’ai bien profité de l’animation de Lausanne étant jeune, mais je ne voudrais plus habiter en ville.»
Depuis mars, Chantal Wyss a ouvert un salon de coiffure, au rez-de-chaussée de sa maison. Le seul commerce du village. «Je suis contente, j’ai pas mal de clientes, de Montet et des alentours. Je n’utilise que des produits bios, même pour les couleurs. C’est un argument que tout le monde ne propose pas.»
 

Stop ou encore?
Après la balade à l’oratoire, petit aller-retour à Moudon pour acheter du pique-nique. Dans l’après-midi le ciel se couvre, ce qui ne va pas faciliter les rencontres.
Devant sa maison située à côté du château Demierre, André Deillon charge sa voiture. Du matériel pour des répétitions de danses country. «Je participe à de nombreuses compétitions et, début septembre, il y a les championnats suisses.» Un titre qu’il a déjà remporté quatre fois.
Il a construit à Montet en 1978, mais n’y habite plus. «J’utilise encore mon atelier, pour de petits travaux.» Dans un deuxième véhicule, une verrière d’avion attend sa réparation. «Je suis menuisier de formation. Mais je me suis spécialisé, depuis vingt-sept ans, dans la réparation de matériaux composites, comme le kevlar ou la fibre de carbone.»
«Quand je suis arrivé, Montet était un village familial. Nous organisions de grandes fêtes et tout le monde venait.» Le comité d’animation du village existe toujours. Il organise notamment un Petit Nouvel-An, une messe estivale à l’oratoire et une journée pizza à l’ancien four à pain.
Ancien conseiller communal et responsable de l’aménagement, André Deillon a participé au développement du village. «J’y étais favorable. Mais à un moment, il y a eu un clivage: certains voulaient freiner, comme moi, d’autres accélérer encore.»
La destruction de la Maison Richoz l’a même convaincu de quitter Montet. En 2014, cette annexe du Châtelet Demierre, du XIXe siècle mais non classée, a été rasée pour construire quatre villas mitoyennes. «Il n’y a déjà pas beaucoup de patrimoine ici. J’ai dit: “Si vous faites ça, je pars.” Depuis mes papiers sont à Blessens, où j’ai repris la maison de mon père.»
Dans le village, maintenant sous la pluie, plusieurs fermes sont inhabitées et abandonnées. Apparemment, les villas neuves ont plus de succès. Les rues sont désormais vides. Après un quatrième ou cinquième passage sur la place de l’école, il est temps de rentrer. ■

 

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La messe et les castors à la Broye

Intégré à la paroisse d’Ursy, Montet ne compte aucun lieu de culte sur son territoire. «Il y a quand même l’oratoire au bord de la Broye, explique Robert Bovet. Une messe par année y est généralement organisée». Ratée pour cette fois, elle a eu lieu le 4 août. «La petite grotte a été creusée par un maçon de la commune en 1959. A la massette et au burin. Pourquoi il a fait ça, je ne sais pas vraiment.» Pour s’y rendre, on emprunte un bucolique chemin couvert, qui descend vers la Broye. Sur les berges, on peut observer les traces des castors: quelques petits arbres abattus et des gros dont l’écorce est mangée sur près d’un mètre de hauteur. «On peut aussi observer des chevreuils et des chamois, explique Daniel Dizerens. Ces derniers n’ont rien à faire là, mais ils sont protégés.» On remonte ensuite vers Notre- Dame du Moulin: une vierge dans une niche, une grille, trois bancs et trois ex-voto. La balade vaut autant que l’oratoire.

 

Quand Montet fait boum

Le boom démographique a débuté dans les années 2000. Jusque-là, la population avait peu augmenté, passant seulement de 134 habitants en 1988 à 178 en 2002. La progression a ensuite été constante jusqu’en 2009 (372 habitants). Le nombre d’habitants s’est aujourd’hui stabilisé au alentour de 400. «Puisque presque tout est construit», précise un habitant. Mais elle va à nouveau prendre l’ascenseur. Côté Moudon, à la sortie du village, deux gabarits annoncent la construction prochaine de deux immeubles. «Les perches sont encore là parce que ce sont les vacances, mais la procédure est terminée», constate un voisin. Soit 21 appartements et 32 places de parking en sous-sol en plus. Une nouvelle zone à bâtir va être instaurée, pour une cinquantaine de villas. «Tout est prêt, le PAD va être mis à l’enquête prochainement», précise le conseiller communal Daniel Dizerens. XS

 

 

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