Chasse sexée et contrôlée pour mieux gérer les chamois

| mar, 19. sep. 2017

La chasse au chamois ouvrait samedi. Une nouveauté du plan de chasse 2017 qui compte trois samedis supplémentaires à la période traditionnelle. Le plan de tir est aussi plus contraignant: les nemrods fribourgeois connaissent d’avance le sexe et l’âge de l’animal à abattre.

PAR SOPHIE ROULIN

«Hou! elle est lourde dis donc!» L’aide du garde-faune, qui attrape la bête par les cornes, n’est pas de trop pour suspendre la femelle au crochet qui permet de la peser: 23,3 kg. «J’ai eu de la chance. Il en faut parfois», glisse Claude Pasquier, visiblement content. «Elle était droit derrière le chalet, aux Cases, à Allières», explique-t-il à Fabrice Maradan, garde-faune dans l’Intyamon. Celui-ci officie ce samedi en compagnie d’Elias Pesenti, biologiste auprès du Service des forêts et de la faune (SFF), à l’un des trois postes de contrôle mis sur pied durant la période de la chasse, à Saussivue.
Après avoir pesé le chamois, le garde-faune observe sa dentition, mesure ses pattes arrière et la longueur de ses cornes. «Tu crois que ça vaut la peine de l’inscrire pour le concours des trophées?» interroge Claude Pasquier. «Avec 220 mm, c’est rien de trop, répond Fabrice Maradan. Mais tu peux essayer. Je te fais les papiers.» Avant cela, le garde-faune va encore estimer l’âge de la chèvre en comptant les cernes sur les cornes. «C’est une bête qui était beaucoup en forêt. Regarde là comme ses cornes sont pleines de poix. Elle a 8 ans et demi.»
Les chasseurs l’avaient estimée à 6 ans et demi. «Ce n’est pas pour embêter les chasseurs que ces contrôles ont été mis sur pied, explique Elias Pesenti. Ces mesures nous permettent d’en savoir plus sur l’état de santé de la population de chamois dans son ensemble.» De plus, les données sont communiquées aux autres cantons, ce qui permet d’avoir une vision plus globale.


Une mission précise
Si de tels contrôles existent depuis plusieurs années dans certaines régions, ils ont été introduits l’année dernière à Fribourg. Et ils revêtent un caractère particulier cette année puisque la chasse au chamois a vécu une petite révolution. Le plan de tir prévoit désormais de prélever un tiers de jeunes de moins de deux ans, un tiers de femelles adultes et un tiers de mâles adultes. Avec un objectif, permettre à la population de chamois de retrouver la stabilité et si possible la croissance (La Gruyère du 28 mars).
Au total, 180 autorisations ont été délivrées et tirées au sort. Avec une mission précise pour chaque chasseur. Ce qui corse encore la chasse au chamois? «Oui, c’est plus compliqué, mais c’est plus attrayant aussi», répond Patrick Genoud, venu présenter un éterlou – jeune mâle entre un et deux ans – tiré au Jansegg, au-dessus de Bellegarde. «C’est ce qu’on apprécie avec la chasse au chamois, ce n’est pas une chasse facile.»


Une amende de 200 francs
Pour preuve, alors que dix animaux abattus seront présentés durant la soirée au poste de Saussivue, deux ne correspondaient pas à l’autorisation accordée. «J’ai tiré un mâle alors que j’avais droit à une femelle», explique Jean-Daniel Duc. «Il était avec un paquet de femelles et leurs petits. J’ai été induit en erreur. Ça me coûtera 200 francs.» Il avait pris la peine d’avertir immédiatement le garde-faune, comme le stipulent les règles. Le chasseur ne cache pas pour autant sa désapprobation par rapport à ce nouveau plan de chasse.
«Jusqu’ici, on a toujours préservé les femelles et ça a bien fonctionné», argumente le nemrod. «C’est une vision simpliste qui mène à des déséquilibres comme l’ont montré des études scientifiques», lui rétorque Elias Pesenti, reprenant l’argumentaire déjà présenté à Broc en mars dernier, lors d’un débat houleux (lire aussi ci-dessous). Même si des chasseurs ont participé aux discussions qui ont mené au nouveau dispositif, tous ne le comprennent pas et ne l’acceptent pas.


De chasseur à garde-faune
L’ambiance n’est pas pour autant tendue au poste de contrôle. «L’entente entre chasseurs et garde-faune est meilleure que ce qu’on veut bien croire», relève Fabrice Maradan, qui officie depuis quatorze ans. «Mais la chasse est un hobby et ses adeptes n’ont pas une vision complète des enjeux.» C’est d’ailleurs ce qui l’avait surpris quand il était entré au SFF, après avoir été chasseur durant quatorze ans.
«On est garde-faune pour l’ensemble de la population, pour les forestiers, pour les agriculteurs, pour les chasseurs, pour les joggers…» Autant d’acteurs qui doivent s’accorder autour de compromis quand il s’agit de résoudre un problème. «Mais nous serons très contents quand on pourra à nouveau délivrer 300 autorisations de tir au chamois, reprend le garde-faune. Ça voudra dire que la population aura retrouvé la forme!» ■

 

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Fribourg n’est pas le seul concerné

Le canton de Fribourg n’est pas le seul à enregistrer un recul de la population de chamois. Ce constat est établi à l’échelle de l’arc alpin. Abritant un cinquième de la population de cet ongulé, la Suisse a une responsabilité particulière et a décidé de réagir. Des directives ont été émises par la Confédération et elles sont reprises dans un document publié par Chassesuisse – la faîtière des chasseurs – et la Conférence des services cantonaux de la faune, de la chasse et de la pêche. «La chasse n’est pas le seul facteur à influencer les conditions de vie des chamois, reconnaît Elias Pesenti (photo). Mais c’est un des facteurs sur lequel on peut travailler.» En analysant les données de la chasse ces douze dernières années, une tendance claire est apparue: trop de mâles adultes ont été prélevés par rapport aux femelles et surtout par rapport à la population totale. «Jusqu’à un malheureux record de Suisse de 3,4 mâles tirés pour une femelle l’année dernière», souligne Elias Pesenti. Un ratio qui était plutôt proche de 2 pour 1 jusqu’en 2012.
Prélever autant de mâles d’âge moyen provoque des réactions en chaîne. «Les femelles refusent souvent d’être couvertes par de jeunes mâles, argumente le biologiste. Elles vont alors jouer les prolongations. Le rut s’éternise et les mâles s’épuisent au point de ne plus arriver à passer l’hiver.» De plus, les naissances auront lieu environ six semaines plus tard au printemps. La pâture de première qualité est alors déjà passée. Sans compter que les jeunes ont moins de temps pour prendre des forces avant l’hiver.
«Toutes ces observations ont été faites dans le cadre d’études scientifiques, souligne le biologiste. Elles ont aussi montré que, pour garder l’équilibre naturel d’une population, les plans de chasse devaient proposer le prélèvement d’un tiers de jeunes, d’un tiers de mâles adultes et d’un tiers de femelles adultes.»
Quid des revendications des chasseurs selon lesquels il y aurait une trop grande pression de la part du lynx dans le canton? «La régulation du lynx se fait à l’échelle intercantonale, en collaboration avec Berne et Vaud, indique Elias Pesenti. Nous ne pouvons pas décider seuls s’il y a des mesures à prendre. Nous mettrons le sujet sur la table lors d’une prochaine rencontre.» SR

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