D’irréductibles Vaudois unis pour le vin du Pays-d’Enhaut

| sam, 30. sep. 2017

Pascal Rittener-Ruff récolte pour la première fois les fruits de ses 400 m2 de vignes. Situées à 1080 mètres, celles-ci ne rentrent pas dans les critères légaux. La Municipalité et des personnalités de la région soutiennent le viticulteur. Pragmatisme contre réglementation, la guerre est déclarée.

PAR SOPHIE WOELDGEN

Les vendanges de la plantation de vignes de Pascal Rittener-Ruff, situées sur les hauts de Chateau-d’Œx, se sont déroulées jeudi sous le soleil. Plantation et non vignoble, car le domaine agricole du Morsalaz n’est pas inscrit au cadastre viticole vaudois. Et cela, pour une question d’altitude. A 1080 mètres, ces 400 m2 de vignes ne rentrent pas dans les critères établis par la Commission cantonale du cadastre viticole.
Après une demande d’agrandissement de son domaine à 4000 m2, refusée par la Commission, Pascal Rittener-Ruff s’est fait débouter par le Conseil d’Etat. Il attend maintenant la réponse du Tribunal cantonal. En attendant, c’est entouré par des représentants et des amis du Pays-d’Enhaut qu’il a vendangé ses quelques vignes.


Risque de précédent
Contrairement aux autorités cantonales, la Municipalité soutien le projet. «On comprend le règlement, mais pas les peurs affichées du conseiller d’Etat Philippe Leuba ni l’attitude du canton», explique Stéphane Henchoz, municipal. En effet, le canton évoque le risque de précédent «pouvant à terme déstabiliser le marché», rapportait 24 heures en juillet dernier.
Le président de la Fédération vaudoise des vignerons François Montet explique cette position. Le cadastre, établi sur des critères d’altitude, d’inclinaison et d’orientation, définit les surfaces éligibles au statut de vignoble. Cela, afin de garantir une certaine qualité dans la production de vin.
Argument que Pascal Rittener-Ruff contre par son engagement à ne jamais commercialiser son vin. «On est dans le cas d’un particulier qui se lance dans les vignes à titre expérimental. Dans un contexte ou 70% du vin est importé, cela n’a pas de sens poursuit Stéphane Henchoz. Et puis, à la suite des votations de dimanche passé, on voit que le souci du citoyen est de produire et de consommer le plus local possible.»
François Montet conteste cette position. «Même s’il n’y a pas de commercialisation, Pascal Rittener-Ruff ne va pas boire lui-même les 3000 bouteilles qu’il est possible de produire sur une parcelle de 4000 m2. Il va les donner et elles vont tout de même arriver sur le marché. Même si ce n’est pas 3000 bouteilles qui vont concurrencer les vignerons de la plaine, il en suffit de quelques autres pour que ça ait un impact. Cette surface dépasse totalement le cadre expérimental» affirme-t-il.
Mais alors, quid des 70% de vin importé? «Les bouteilles étrangères sont bien meilleur marché et le prix reste un critère important lors de la vente. Il faut donc des vins de très bonne qualité pour concurrencer ces vins étrangers, aux coûts de production bien inférieurs», répond-il.


Produit complémentaire
Frédéric Delachaux, directeur de Pays-d’Enhaut Tourisme, soutient «les démarches de diversification intéressantes. Créer un produit complémentaire aux productions de notre terroir en est un très bon exemple. Il faut aussi prendre en compte le réchauffement climatique. Ce projet s’intègre totalement dans le contexte actuel.»
Cependant, pour le président de la Fédération vaudoise des vignerons, «l’évolution climatique est très lente. Si on plante des vignes, il faut pouvoir garantir une excellente qualité neuf fois sur dix. Je ne suis pas allé voir ces vignes, mais si elles n’ont pas été touchées par le gel tardif ce printemps, c’est qu’elles avaient au minimum un mois de retard» affirme-t-il.
Pascal Rittener-Ruff n’a pourtant rien laissé au hasard. Sur son domaine, il a planté trois cépages non conventionnels «multirésistants aux maladies, mais pas grâce au génie génétique», tient-il à préciser. Solaris, siramé et léon-millot sont des cépages utilisés dans les pays du Nord, «dont tout le monde rigolait il y a quelques années, mais qui commencent à montrer de sérieux résultats. Sans traitement, ces plants ne sont absolument pas néfastes à l’environnement» ajoute le viticulteur.
«En termes de communication c’est un magnifique vecteur. Je me réjouis de déguster un morceau d’Etivaz avec un verre de vin de Château-d’Œx» lance le municipal Stéphane Henchoz.


Une unique vendange?
Les soutiens sont bien présents, mais les embûches également. «Il y a 75% de chances que je perde au Tribunal cantonal», estime Pascal Rittener-Ruf, avant de temporiser: «Dans la vie, si on ne se bat pas, on n’avance pas.» Et dans cette bataille, cette journée de vendanges est déjà une petite victoire.
«On n’y croyait pas. Est-ce que ce sera l’unique vendange ou est-ce qu’il y en aura d’autres?» s’interroge Marc-Aurèle Vollenweider, l’avocat de Pascal Rittener-Ruf.
En plus de l’interdiction d’étendre son vignoble, le viticulteur risque aussi l’arrachage de la moitié de ses vignes. «La loi fédérale autorise 400 m2 de vignes contre 200 m2 pour le canton. Soutenu et conseillé par des connaisseurs, je croyais vraiment recevoir l’autorisation. Surtout dans ces conditions: sur mon terrain, sans aucune aide financière, à titre expérimental.»
Jeudi, en cette fin de matinée ensoleillée, les bras commencent à fatiguer, mais les réflexions ne tarissent pas. «Cette situation soulève le problème de notre société actuelle, de tout vouloir cloisonner, de tout définir et de ne plus laisser de place à l’innovation», lance le municipal de Château-d’Œx.
«La seule façon d’avancer, c’est d’être audacieux. L’audace remue, permet d’amener quelque chose de nouveau, c’est pour ça que je soutiens entièrement sa démarche», ajoute Edmond Plawczyk, champion du monde du kilomètre lancé en snowboard, venu soutenir son ami Pascal Rittener-Ruff.

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