Deux Netton Bosson renaissent à La Viennoise

| sam, 23. sep. 2017

L’artiste gruérien avait créé ces vitraux pour les patrons de La Poularde. Fils des tenanciers de l’ancien cabaret de Romont, Maxime Lafranchi les a sortis de l’oubli. Ils illuminent désormais les murs du café bullois La Viennoise.

PAR JEAN GODEL

Et dire qu’ils dormaient sous la poussière… Deux vitraux incandescents que Netton Bosson avait créés en 1990, pour La Poularde, le célèbre cabaret de Romont, trônent désormais à La Viennoise, l’un des plus anciens cafés de Bulle. Enfin visibles du grand public pour lequel ils n’avaient pas été pensés, après une décennie d’oubli. Ce samedi, à 18 h, les amis de l’artiste gruérien décédé en 1991 organisent une petite fête autour des œuvres retrouvées.
Attablé au pied des verres torrides de Netton Bosson, Maxime Lafranchi raconte leur histoire. Gérant de La Viennoise depuis 2003, il est en fait le fils de Serge et Gisèle Lafranchi, tenanciers de La Poularde de 1969 jusqu’à la mort de Serge, en 2000. Sous leur ère, le cabaret a connu ses heures de gloire, loin du pince-fesses qu’il est devenu à sa fin.


Danseuses et lion en cage
«C’est mon père qui l’a vraiment lancé en tant que cabaret dancing: on venait y manger en couple, puis on passait à la salle pour danser.» Les Lafranchi avaient vu les choses en grand: orchestre de cinq musiciens, bar et grande scène, ouverture toutes les nuits que Dieu faisait, La Poularde a été un phare dans l’obscurité fribourgeoise, de 1970 au début des années 1980.
A l’époque, on savait attirer le chaland. La scène de La Poularde a tout connu: des filles y dansaient, bien sûr, mais on y a aussi vu des spectacles de magie, des panthères rugissantes et même un lion en cage et sa dompteuse danseuse (ou l’inverse). Dans un autre registre, un lanceur de couteaux épargnait sa femme attachée à un tourniquet: «On m’a raconté qu’il devait d’abord boire bien des whiskys pour que sa main ne tremble pas», rapporte Maxime Lafranchi, 41 ans, donc trop jeune pour avoir connu ces hauts faits.
Sans oublier cet autre «artiste» qui tirait lui aussi sur sa femme, au fusil et de dos! «Mon père allait repérer ce qui se faisait dans le monde entier, jusqu’aux Etats-Unis, pour trouver des idées. Ça s’est arrêté quand on a commencé à voir tout ça à la télévision…»
Durant la reconstruction du café, incendié en 1987 – épargné, le cabaret est toujours resté ouvert – Serge Lafranchi commande un vitrail à Netton Bosson. «Netton est venu avec deux esquisses. Comme il n’a pas pu choisir, mon père a pris les deux et en a fait cadeau à ma mère.»
Bien sûr, Netton Bosson ne s’est pas fait prier pour respecter l’esprit des lieux et a composé deux œuvres à l’érotisme puissant: un Adam et Eve profondément enlacés et une allégorie de la Naissance… et de tout ce qui y conduit. Deux vitraux réalisés par le maître verrier Michel Eltschinger, à Villars-sur-Glâne. Très vite, ils trouvent leur place, de chaque côté de l’orchestre.
A la faillite du cabaret, en 2003, ils finissent sous un lit, au domicile de Gisèle Lafranchi. Ils y resteront dix ans, tombés dans l’oubli. «Avec ma mère, on a songé à les vendre, mais personne n’en a voulu.» Ni le Musée gruérien ni une maison genevoise de ventes aux enchères qui n’y a vu aucun intérêt. Maxime les récupère en 2014 et les réduit à la cave de La Viennoise.


Un brin outrageant
C’est là que Marco Cesa les repère il y a deux ans. Avec Guy Sansonnens et André Schibler, il vient alors de lancer les Scènes ouvertes, chaque dernier samedi du mois à La Viennoise. Il convainc Maxime Lafranchi de les montrer au café. Nettoyées, dotées d’un nouvel éclairage, les œuvres sont exposées depuis peu. «A La Viennoise, fait remarquer Marco Cesa, elles sont parfaitement à leur place, à côté des vitraux 1900 du café, dont certains, au fumoir, sont très coquins pour leur temps…»
La puissance évidemment, nécessairement un brin outrageante du trait de Netton Bosson peut enfin éclater au grand jour. Mais c’est bien plus l’hommage éperdu aux forces créatrices, aux forces génitrices, qu’il faut admirer dans ces fabuleux tableaux: l’étreinte charnelle d’Adam et Eve, l’œil fatigué de la femme en couches, ces pénis gonflés formant rosace et enfin ce vagin rose ou, plutôt, cette rose vagin, fleur offerte à la beauté douloureuse de la mère enfantant. ■
 

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