Une monnaie régionale pour relocaliser l’économie

| jeu, 28. sep. 2017

L’un des fondateurs de la monnaie locale le Léman est présent ce jeudi à Bulle. Le sociologue évoquera son système d’échange ainsi que sa vision de l’économie locale et durable. Dans la région, une monnaie locale est en phase de création. Elle s’appellera la Grue.

PAR VALENTIN CASTELLA

Aujourd’hui à Bulle, à l’occasion de la 20e édition du séminaire d’économie politique organisé à l’Ecole professionnelle artisanale et commerciale (EPAC), Jean Rossiaud, codirecteur du Forum démocratique mondial, expose sa vision de l’économie et évoque le sujet de la monnaie locale. Un thème qu’il connaît parfaitement, étant donné que le sociologue franco-suisse est l’une des personnes à l’origine du Léman, un système d’échange transfrontalier qui a la même valeur que les monnaies nationales (1 Léman est égal à 1 franc suisse et à 1 euro pour les billets papier).
Mis en circulation dans le bassin lémanique helvétique et français en 2015, le Léman regroupe aujourd’hui 450 entreprises et commerçants et réunit une communauté d’environ 5000 personnes.
Ancien délégué des Verts suisses à la coordination mondiale des partis Verts, celui qui est actuellement conseiller municipal en ville de Genève évoque cette nouvelle économie démocratique basée sur le commerce local et durable.

Comment est né le Léman?
Un groupe de travail s’est réuni afin de lancer cette initiative dans l’idée de relocaliser l’économie, de trouver des solutions pour augmenter les transactions entre les entreprises locales. Cela nous a pris quatre ans et nous l’avons lancée lors du festival Alternatiba, une manifestation qui mettait en avant des solutions immédiates et concrètes concernant le réchauffement climatique.

En quoi cette idée favorise-t-elle l’économie locale?
Une monnaie complémentaire circule obligatoirement dans l’économie réelle. On ne peut pas l’utiliser pour spéculer sur les marchés financiers et rien ne sert de la conserver dans un coffre-fort, étant donné que sa valeur ne varie pas. Cette circulation crée de la richesse. Nous avons également développé un système de crédit mutualisé. Dans ce cadre, il s’agit d’inscriptions comptables qui permettent aux sociétés de commercer entre elles. Cet élément renforce le tissu local d’entreprises qui fonctionnent dans une même communauté de paiement. Ce système offre une meilleure résistance aux crises internationales. Si la Bourse de New York s’effondre, comme en 2008, l’économie locale se retrouve asséchée en raison d’un manque de liquidités. Mais, si les sociétés sont bien organisées entre elles, elles peuvent continuer à travailler, même si elles connaissent des difficultés de trésorerie.

Selon vous, les monnaies locales ont également un impact écologique…
Si on consomme localement, les marchandises n’effectuent pas le tour de la planète. De notre côté, les entreprises qui collaborent avec le Léman s’engagent à suivre une charte qui englobe des responsabilités sociales et environnementales.

Comment jugez-vous l’évolution de votre initiative, deux ans après sa création?
Nous avons réussi notre pari, notamment avec la création de bureaux de change à Lausanne, Vevey, Thonon et Evian. Nous allons encore nous développer en lançant prochainement une application qui permettra aux commerçants d’effectuer des transactions électroniques entre eux. Cette nouveauté devrait séduire davantage d’entreprises, d’autant plus que notre crédit mutualisé fonctionnera avec un système de ligne de crédit à taux zéro. Il s’agira d’un gain énorme pour les sociétés connaissant des problèmes de liquidités et qui doivent emprunter auprès des banques.

Combien existe-t-il de monnaies locales dans le monde et en Suisse?
Je dirais environ 8000, un peu moins d’une dizaine en Suisse et deux en Suisse romande. Il s’agit du Léman et du Farinet, en Valais. Je sais également que des projets sont en route dans le Gros-de-Vaud et en Gruyère.

Votre système doit-il encore être perfectionné?
La difficulté est qu’un commerçant peut avoir des poches trop pleines de monnaie. Celle-ci s’accumule et l’entrepreneur ne parvient plus à la diffuser. Notre travail consiste alors à dénicher des fournisseurs qui acceptent ce système d’échan-ge.

Cette manière de commercer a-t-elle de beaux jours devant elle?
On se dirige vers une multiplication des monnaies. Elles seront locales, mais également thématiques. Je pense là à une monnaie de temps créée au Japon qui concerne l’aide familiale. Là-bas, on peut donner cinq heures pour s’occuper d’enfants à Tokyo. Ce temps est comptabilisé et utilisable à Kyoto pour aider par exemple la famille de l’utilisateur. Actuellement, nous travaillons à un projet d’échange en kilowattheure. Des particuliers pourraient échanger l’énergie qu’ils produisent grâce à leurs panneaux solaires.

Où s’arrête le local au niveau géographique?
Une monnaie doit être adaptée à un bassin de vie, et non à des frontières géographiques. Ce bassin regroupe les affinités économiques, sociales et culturelles.

Certaines personnes vous ont-elles déjà traité d’idéaliste?
Oui, ça arrive. Mais ce que nous entreprenons est très concret.

Comment êtes-vous perçu par le monde économique «traditionnel»?
Nous sommes approchés avec une certaine prudence. D’importantes entités genevoises et vaudoises, notamment étatiques, commencent toutefois à venir à notre rencontre. Des localités sont également séduites, à l’image de Carouge et du Grand-Saconnex. Là-bas, tout ce qui est vendu peut être acheté en Léman et les communes officient en tant que bureau de change. ■

 

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La Grue en phase de création

La région devrait bientôt bénéficier d’une monnaie locale complémentaire. En effet, une assemblée constitutive sera organisée le 3 novem-bre dans l’optique de la création de la Grue, son nom. Si tous les détails ne sont pas encore réglés, quelques informations ont été délivrées par le groupe de travail, constitué d’une petite dizaine de personnes depuis ce printemps. «Notre idée est de créer une monnaie complémentaire, des bons d’achat si nous souhaitons être précis, qui réunirait l’ancien comté de Gruyère, explique l’un des membres Simon Rauber. La Grue pourrait ainsi être utilisée en Gruyère, dans le Pays-d’Enhaut et dans le Saanenland. Soit un bassin économique regroupant 50 000 personnes, trois cantons et deux langues.»
Avant de voir et de pouvoir payer en Grue, plusieurs étapes sont encore à franchir. «Nous avons déjà établi toutes les tâches à effectuer et rédigé une charte. Après la création de notre association et l’établissement des statuts, il sera alors temps d’aller à la rencontre des acteurs économiques que nous souhaitons toucher. Soit les services, l’agri-culture, l’artisanat et les commerces.» Les créateurs estiment que leur monnaie ne verra pas le jour avant deux ou trois ans. A noter qu’une même initiative est en cours à Fribourg. VAC

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