«Personne n’ose rien dire, de peur d’être le suivant»

| jeu, 26. oct. 2017

Selon des témoignages, plusieurs dizaines de personnes ont été licenciées ces deux dernières années au sein de l’Institut de Glion. Confrontations avec la direction, baisse de la qualité de l’enseignement: des anciens collaborateurs donnent leur version. De son côté, l’Institut nie ces accusations.

PAR VALENTIN CASTELLA

«Tout le monde est dégoûté et choqué, mais personne n’ose rien dire, de peur d’être le suivant sur la liste.» Un ancien collaborateur de l’Institut de hautes études de Glion dévoile ce qui se passe actuellement selon lui dans les murs de l’école privée basée à Montreux, Bulle et Londres. Plusieurs témoignages d’anciens employés, récoltés sous le couvert de l’anonymat, mettent également en exergue un bal incessant d’arrivées et de départs. En deux ans, plusieurs dizaines de personnes ont été licenciées, selon eux.
Cette série a commencé au début de l’année 2016, d’après un employé licencié. «Même si des mouvements avaient déjà eu lieu auparavant.» A cette époque, l’institut fondé en 1962 était en mains américaines, sous la bannière de l’entreprise Laureate Education. «Un CEO est arrivé d’Australie à la fin de l’année 2015, explique-t-il. Au début, son discours était optimiste. Mais personne n’y croyait. Finalement, son travail a consisté en la mise en place d’une restructuration. Beaucoup de personnes ont été remerciées sur les deux sites suisses.» Un témoin de l’époque précise: «L’objectif de ce “nettoyeur” était d’améliorer les chiffres avant la vente aux Français.»
Ces Français, ce sont les membres de la société d’investissement Eurazeo (notamment actionnaire majoritaire ou de référence de Desigual, Europcar et Foncia), qui ont racheté Glion en mars 2016 pour une somme de 220 millions. Un montant qui englobe également l’acquisition de l’école valaisanne des Roches.


«C’est la peur qui règne»
La prise de pouvoir de la nouvelle gouvernance (le groupe Sommet Education, qui fait partie d’Eurazeo, gère tous les sites estampillés Glion) n’a, selon plusieurs témoignages, pas freiné les départs forcés. «Depuis l’arrivée du nouveau propriétaire, c’est la peur qui règne, se souvient un ex-collaborateur. Tout le monde se retrouve sur un siège éjectable.» «L’ambiance? C’était un mélange de crainte et de confrontation entre le management et la faculté, continue un autre ancien employé. Il paraît même que j’ai eu de la chance d’être licencié tant l’atmosphère est toujours aussi mauvaise, selon certains qui travaillent encore là-bas.» Un de ses collègues de l’époque confirme «des relations tendues avec la direction, en raison d’un manque de communication».


Dix minutes pour partir
Pour ce qui est des motifs de licenciement, un argument est fréquemment utilisé: «Dans la plupart des cas, on parle de restructuration, enrage un témoin. La direction ne donne pas d’autre explication. Les personnes concernées ont dix minutes pour vider leur bureau et partir, avant que leur messagerie électronique et leur badge ne soient bloqués.» «Personnellement, je m’attendais à ce qu’on parle de mon avenir au sein de l’institut, se souvient un ancien collaborateur. Puis, je suis entré dans la salle et j’ai vu la responsable des RH. J’ai vite compris. On m’a prié de partir, car le nombre d’étudiants était en baisse. A mon avis, il s’agissait d’une excuse.»
Ces nombreux changements auraient aussi une influence sur la qualité de l’enseignement: «Des professeurs ayant dû s’en aller, ceux qui restaient ont été contraints de donner des cours qu’ils n’avaient jamais enseignés jusque-là», constate un ex-employé. Un propos confirmé par une autre source: «Il est vrai que, parfois durant tout un semestre, certains professeurs ne bénéficiaient d’aucune expérience dans le domaine qu’ils enseignaient. Ce qui n’est pas correct par rapport aux étudiants, qui investissent beaucoup d’argent pour suivre les cours (n.d.l.r.: un semestre à Bulle coûte au minimum 38 450 francs).»
Ce qui énerve un employé licencié cette année, c’est que tous ces mouvements au sein de l’école privée ne sont pas uniquement dus à une raison financière, «puisque d’autres sont engagés pour nous remplacer, avec des salaires identiques ou plus élevés». Donc un bal d’arrivées et de départs semble se dérouler depuis plusieurs années. «A la rentrée d’un semestre, on ne savait pas avec qui on allait travailler, tellement il y avait de changements», ironise une autre personne qui ne se trouve plus dans les murs de l’école.
Cette situation aurait une répercussion sur les étudiants (ils sont 1650 au total, dont 700 à Bulle). «Ils se posent des questions en voyant toutes ces personnes s’en aller. Il y a eu tellement de changements au niveau du planning des cours qu’ils en ont marre. Certains sont mécontents. D’autres sont partis.»
La plupart des témoins interrogés ont quitté Glion avec un immense sentiment de frustration, ne comprenant pas pourquoi ils avaient été virés. Si certains disent toutefois avoir «beaucoup appris», ils n’envisagent pas l’avenir de l’institution avec sérénité: «Il s’agit d’une école privée qui doit faire du profit, conclut une source. Si sa politique ne change pas, elle continuera d’être achetée et vendue comme de la marchandise.» ■

 

---------------

 

«Il ne faut pas se baser sur des rumeurs»

Face aux plaintes et aux récits d’anciens employés, l’Institut de hautes études de Glion présente, par la voix de sa porte-parole Alexia Lepage (photo), une version différente voire opposée de la situation.

Un ancien collaborateur dit que des «vagues de licenciements» se sont produites. Il a estimé qu’entre 60 et 80 personnes avaient été remerciées lors des deux dernières années. Confirmez-vous cette estimation?
Alexia Lepage. Des mouvements ont été enregistrés l’année dernière lorsque l’entreprise américaine Laureate Education a vendu les écoles à la société d’investissement Eurazeo. Ces départs étaient liés à la vie classique d’une entreprise. Certains sont partis par envie, d’autres parce qu’ils n’adhéraient plus au projet.
En janvier, une nouvelle équipe de management a été mise en place. Depuis, une stratégie basée sur l’investissement a été échafaudée. Nous avons accueilli seize collaborateurs supplémentaires entre septembre 2016 et aujourd’hui. Treize ont été engagés à partir de janvier 2017 et une quinzaine de postes sont à pourvoir d’ici décembre.
Nous sommes donc bien loin d’une vague de licenciements. La tendance est à l’investissement.

Il n’y a donc pas eu de licenciements?
Je ne peux pas nier qu’il y a eu des départs. Je ne confirme juste pas l’expression «vagues de licenciements».

Plusieurs dizaines de personnes n’ont-elles pas été forcées de s’en aller ces derniers mois?
Je ne peux pas confirmer ces chiffres et je ne vais pas parler des choses qui se sont déroulées par le passé. Dans toute construction de nouveaux groupes, certains adhèrent au projet, d’autres pas. C’est naturel. Il faut faire attention à ne pas faire de quelques cas une généralité.

Certains affirment qu’en raison de nombreux changements au sein de vos effectifs, la qualité de l’enseignement a baissé et que le nombre d’étudiants s’effrite…
Il ne faut pas se baser sur des rumeurs. Le nombre d’étudiants est en hausse.
De plus, de nombreux changements au niveau de l’offre académique ont été effectués et nous avons renforcé le corps professoral, grâce à des personnes bénéficiant de spécialisations pointues dans l’hôtellerie, le luxe et la finance. Quatre meilleurs ouvriers de France nous ont par exemple rejoints cet été. Des rénovations importantes ont été effectuées cette année et sont également en cours sur notre campus principal de Glion. Il s’agit d’un nouveau restaurant gastronomique, de nouveaux équipements pour les ateliers pâtisserie et œnologie et des rénovations de chambres. Nous faisons beaucoup de choses positives pour les étudiants et la région. L’école investit beaucoup et il serait aussi intéressant de le souligner. VAC

 

Commentaires

Très bons commentaires résumant bien la situation à Glion et aux Roches. De plus, la chasse au sorcière a été lancée depuis la parution de cet article pour tenter de retrouver les auteurs de ces fuites d'informations.... interrogatoires., etc. Quelle atmosphère exécrable.
Ce qui se passe à Glion s’est exactement passé à l’école hôtelière de Lausanne (EHL). Même si la situation des deux institutions est légèrement différente mais elles ont vécu exactement le même climat de terreur.
Hélas, cet article n’est que pure vérité, n’en déplaise à Mme Lepage et à la direction de Sommet Education qui gère Glion et les Roches, nommée par Eurazeo, la société d’investissements francaise qui a racheté les écoles en 2016, et qui se targue d’être une entreprise modèle, un employeur éthique et respectueux du bien être de ses collaborateurs. Et, comme par coïncidence, c’est exactement la même chose à l’Ecole des Roches en Valais, où, comme par hasard, une enquête du service cantonal de la protection des travailleurs est en cours. Un article est sorti hier dans Le Nouvelliste: "Crans-Montana: zone de turbulences à l'école des Roches". Édifiant! Intimidations, manipulations, harcèlement moral brutal, management par la peur cautionnés par le CEO de sommet éducation, des Ressources Humaines passives et complices et clairement par vous aussi Mme Lepage, en sont les outils principaux mis en place par le Chief Operating Officer des écoles, aux antécédents éloquents durant sa période à l’Ecole Hôtelière de Lausanne. Celui-ci, avec ces mêmes méthodes, a pris soin d’écarter les CEO des deux écoles et les équipes directionnelles en place, qui auraient protégé leurs équipes, et qui, opposés à cette politique du volume au détriment de la qualité, étaient en travers de son chemin. Résultat: mises au placards, licenciements aux justifications hasardeuses et pseudo-économiques de personnes pourtant immédiatement remplacées par d’autres, comme par hasard Mme Lepage; employés terrorisés, contraints de ne pas se défendre qui partent démunis psychologiquement et financièrement, arrêts maladie, burnouts, démissions d’employés jusque là performants, engagés, jamais malades et heureux au travail depuis de nombreuses années. Comme par hasard, Mme Lepage. Alors non Mme Lepage, ceci n’est pas une coïncidence, ni le fait d’employés réfractaires au changement, à un projet différent, à une nouvelle direction, et NON, Mme Lepage les chiffres des admissions ne sont pas en hausse, mais au contraire n’ont jamais été aussi bas, de même que les prévisions 2018. Cessez de mentir et de défendre l'indéfendable et allez vérifier les chiffres Mme Lepage. Dans cette logique purement financière, la question à se poser : pourquoi une telle destruction opérée, pourquoi faire partir les meilleurs employés (staffs, cadres, professeurs confondus), pourquoi couler des écoles jusque ici classées parmi les meilleures au monde - serait-ce pour qu’un tiers puisse les racheter à bas prix par la suite? Et il y a encore beaucoup à dire sur le sujet Mme Lepage. À bon entendeur.
Très bon commentaires. Analyse très juste et tellement réaliste. L'intervention des pouvoirs publics est plus que nécessaire, c'est même urgent. Allons nous attendre que la situation dégénère pour atteindre la situation de France Telecom, aujourd'hui Orange? Pour rappel, entre 2008 et 2009, une trentaine de salariés de l'entreprise se sont donné la mort après avoir subi «un management par la terreur». Aujourd'hui encore, la justice française instruit ces affaires avec de passibles et lourdes condamnations pénales pour les dirigeants de l'époque. Bien que la Suisse soit un magnifique pays avec une économie libérale, peut-on accepter cette dérive préjudiciable et déjà condamnable ? Il faut créer un collectif et nous mobiliser pour faire cesser cette situation. Note: 150 étudiants au total contre une capacité de 650, c'est la situation actuelle. Oui c'est le grand plongeon. Les prévisions de 2018 sont plus qu'alarmante...
Lorsque Madame Lepage dit que lorsqu'il y a des changements certains n'adhèrent pas et s'en vont... quel mensonge! Les changements ne sont pas expliqués et personne n'est consulté.... les décisions sont prises par le coo et ceo sans rien écouter ni partage Tout ce qui est dit par les témoins est totalement vrai, truste pour l'école pour les étudiants(futurs patrons) triste pour la Suisse, triste pour l'être humain.
Je souscris entièrement tout ce qui a été dit.
Je confirme en tous points la vague de licenciement parmi les enseignants. Et la défiance de ceux qui restent n'est pas sur le point de diminuer : en réaction à l'article ci-dessus, la direction générale a mis en place des réunions "d'information" destinées à mieux "expliquer le projet" aux enseignants. Mais des réunions sans possibilité de poser des questions... Il n'existe donc toujours aucun canal de communication direct, ouvert et constructif entre enseignants et direction, et les changements majeurs sont plus que jamais imposés sans la moindre consultation. Pour ne rien arranger, la direction académique passe plus de temps à dresser des écrans de fumée et précariser un peu plus les enseignants qu'à rappeler à la direction générale combien la dégradation des conditions de travail pèse sur la qualité de l'enseignement dispensé aux étudiants. C'est donc plus que jamais la technique du "tais-toi et marche". Quelle débâcle...
L'ambiance délétère décrite dans cet article est aussi celle qui prévaut dans les locaux de l'Ecole Hôtelière de Lausanne. Celle-ci, depuis plusieurs mois, poursuit - pour des raisons financières liées à une expansion à marche forcée et à des investissements importants - une opération systématique de dégraissage des cadres intermédiaires, menée fermement, à l'américaine et avec discrétion, sous couvert de licenciements économiques au cas par cas. Il n'est pas inintéressant de noter que l'actuel Chief Operating Officer qui coiffe les enseignements du groupe Glion/Les Roches est un récent transfuge de l'EHL, lui ponctionnant depuis lors une partie de ses personnels, administratif et enseignant. La lutte pour la survie est ouverte entre ces deux écoles, et déshabiller Pierre pour habiller Paul est un moyen bien connu de prendre l'avantage. Pour le reste, votre article relate combien le capitalisme moderne du tout-actionnariat sait avantageusement se servir des requins - qu'il récompense - et des petits poissons - qu'il pressure avant de les jeter.
Tout à fait d’accord avec ce qui a été mentionné quant aux transfuges EHL-Glion mais le pire est que ce sont très médiocres qui sont arrivés chez nous...
Ce qui est entrain de se passer à Glion est la copie conforme de que ce transfert ehl a fait par le passé en avec des licenciements abusifs qui ont même conduits un collaborateur ehl à faire une grève de la faim pour faire valoir ses droits en vain, la Direction ehl étant déjà muselée par cet indivdu et son équipe de bandits de grands chemins dont même certains s’étaient servis dans les caisses de l’ehl. Heureusement pour L’ehl, ces individus ont suivi leur gourou a Glion où ils vont pouvoir recommencer leur manège malhonnête. Tous ces MOF qui ont pris la place de bons cuisiniers pédagogues parlant l’anglais, ne même pas tous des cuisiniers et ne parlent même pas langlais et s’en moquent car enseigner ne les intéresse pas. L’ehl mettra beaucoup de temps à effacer ce carnage mais que deviendra t’il de ma chère Ecole hôtelière de Glion où j’ai passé tellement de bons temps et où j’ai tant appris?... Quel malheur...
Malheureusement, cet article dit vrai. Mme Lepage tente de minimiser et c'est le propre de sa fonction, cependant la réalité socioéconomique de cette école est même beaucoup plus accablante. Les licenciements sont conditionnés souvent de 1 à 3 mois de salaire pour les cadres selon l'expérience contre la signature d'un document renonçant à toute poursuite. Oui Glion achète le silence des licenciés. J'étais moi même membre de la direction avant de me faire également licencié, je connais très bien les pratiques et manoeuvres employées. Personnellement mon départ m'arrangerait bien cependant J'ai côtoyé nombreux collègues mal-menés et licenciés comme du matériel trop obsolète mis au rebus. Il est à noté que les RH eux même connaissent leurs lots de départ à un tel point que Glion ne trouve plus de RH désirant travailler pour eux. Aujourd'hui c est une très jeune assistance RH résistante à tous les changements de ses cheffes RH qui a été nommée cheffe avec pour seule formation RH, une semaine de cours validant son aptitude à pourvoir suivre ma formation du brevet RH. Le rachat par les français n'a effectivement rien changé, c'est toujours le même désaroi socio-économique qui dérive à grande vitesse. Oui la qualité des formations à considérablement diminué et encore plus aujourd'hui le prix est disproportionné par rapport à la qualité de l'enseignement. On est loin du niveau de la HEL ou même de celui de SEG et pour des coûts de formation bien inférieurs. A l'époque tout le personnel passait un master d'éducation à bon marché pour combler le manque de professeurs diplômés et pour aider l'école à être accrédité. Cette école montre les limites de son organisation. L'éducation au service d'un actionnariat international sans intervention de l'état n'a de finalité que la paupérisation de ses enseignement avec pour conséquence majeure; la dévalorisation et dégradation professionnelle de ces nouveaux entrants sur le marché du travail. Pour conclure sous la forme d'un petit conseil aux futurs étudiants : orientez vous vers des écoles sans lien avec un actionnariat international. En Suisse il y a de bonnes écoles hôtelières la HEL, SEG ou encore Vatel .... Fuyez les groupes d'investisseurs peu soucieux de votre avenir professionnel.
Tout dans cet article est vrai. C'est une honte que l'école puisse continuer de cette façon.
Oui je confirme, c'est la vérité.

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses