Au Conseil général romontois, en Verts et contre tous

| jeu, 26. oct. 2017

Chacune de leur prise de parole suscite le ras-le-bol de leurs collègues du Législatif. En multipliant les interventions à rallonge, au ton parfois piquant, les cinq conseillères générales romontoises Vertes agacent. Et elles n’en ont cure.

PAR FRANCOIS PHARISA

Elles ne sont que cinq, reléguées dans le coin de la salle au fond à gauche, mais elles savent se faire entendre. Convaincues, combatives, elles multiplient les interventions, proposent, dénoncent, ne se gênent pas pour lancer des piques. Et tant pis si leurs prises de parole sont immédiatement suivies d’un soupir collectif. Au Conseil général de Romont, les cinq élues Vertes ne laissent pas indifférents. Elles agacent et irritent.
«On entend beaucoup de demandes du groupe Les Verts. Ce que je ne comprends pas, c’est que ces questions arrivent pendant le Conseil général alors qu’il a maintenant un représentant à l’Exécutif. Dans les autres partis, beaucoup de questions mineures sont traitées en interne.» Lors de la dernière séance du Législatif, au début du mois, après une nouvelle salve de remarques venues du quintet Verts, Achille Deillon, conseiller général démocrate-chrétien, réagit. Et dit tout haut ce que ses collègues pensent tout bas: l’attitude des Verts, ça suffit.


Dialogue de sourds
Plus que le fond, c’est la forme qui dérange. Interrogés, les représentants des cinq autres partis romontois le soulignent. «Questionner est normal, même souhaitable. Mais le ton et les termes utilisés ne sont souvent pas adéquats», regrette le socialiste Vincent Brodard.
Président de Horizons Nouveaux, Nicolas Paccaud repro-che, lui, la longueur excessive des interventions. «Les questions et remarques sont bien sûr autorisées, mais devraient être plus ciblées. On intervient pour faire avancer les choses et non pas seulement pour occuper le temps de parole et parler de soi.»
Comme ces derniers, Valentin Bard (plr) ne remet pas en cause le droit démocratique de poser des questions. Mais à vouloir trop en faire, on finit par lasser. «C’est dommage, à force d’être trop cash, elles se mettent les personnes à dos. Une méfiance et un ras-le-bol se sont installés et c’est préjudiciable pour elles et pour le Conseil général dans son ensemble», estime-t-il.
Car, si elles savent se faire entendre, pas sûr qu’elles sa-chent se faire écouter. «Beaucoup ne les écoutent plus vraiment et réciproquement elles ne nous écoutent plus», poursuit le conseiller libéral-radical. Pourtant, certaines critiques, celles portant sur le projet d’école primaire en particulier, ne manquent pas de pertinence. Tout le monde s’accorde sur ce point.
D’autres demandes sont en revanche considérées comme «futiles». «Réclamer que les bâtiments de l’administration publique à Romont suivent les standards finlandais en matière de tables à langer… Je veux bien, mais n’y a-t-il pas plus important?» interroge Achille Deillon.


«Tour de passe-passe»
Une hyperactivité qui importune donc. Mais celle-ci ne semble pas être le seul motif de l’agacement affiché par les conseillers généraux. La campagne sur le référendum contre la rénovation du centre sportif de Bossens, le printemps dernier, a laissé des traces. Certes, le parti Verts n’était pas directement affilié à l’association référendaire Notre Romont! emmenée par Christian Dätwyler, par ailleurs candidat Verts lors des élections communales de 2016. Mais son influence en son sein est un secret de Polichinelle dans le chef-lieu glânois.
Denis Grandjean, conseiller général UDC, remonte même plus loin. A «ce tour de passe-passe» des dernières élections communales. Soit «l’affaire Bardet», qui avait vu Nicole Bardet, élue à l’Exécutif, céder sa place au premier des viennent-ensuite, qui n’était autre que son mari.
Denis Grandjean ne digère toujours pas: «C’est scandaleux ce qui s’est passé. Il ne faut pas s’étonner si les Verts ne sont plus pris au sérieux aujourd’hui. Ils récoltent ce qu’ils ont semé.» A l’en croire, les conseillères générales Vertes ne feraient que «porter la parole de leur conseiller communal», qui agirait ainsi «sur les deux tableaux».


«Elles font de la politique»
Plus prudents, les autres partis assurent que cet épisode électoral «n’a rien à voir» avec ce ressentiment anti-Verts. C’est bien selon eux le trop-plein d’interventions et le ton inapproprié utilisé qui héris-sent. «Elles usent de cette tribune pour faire parler d’elles et de leurs idées. Elles font de la politique», résume Vincent Brodard. Mais de la politique «politicienne», tient à préciser Denis Grandjean.
En se montrant souvent critique envers l’Exécutif, les Verts ne joueraient-ils pas le rôle de parti d’opposition que personne d’autre ne voudrait endosser? «Cette posture n’a pas vraiment lieu d’être dans une petite ville comme Romont, où tous les partis sont représentés au Conseil communal», tranche Valentin Bard. Achille Deillon ajoute: «Ici, nous avons l’habitude de travailler pour le bien de la collectivité.» ■

 

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Elles persistent et signent

Cheffe du groupe des Verts, Stefanie Losey juge l’agacement et les critiques de ses compères à l’endroit de son parti «totalement injustifiés». Avec ses collègues, Nicole Bardet, Christelle Masur Luu, Ophélie Brodard et Angela Pittet – qui a récemment remplacé Fanny Lüdy – elle motive ses nombreuses interventions par la volonté d’être «les porte-parole des 10% de la population qui ont voté Verts».
«Le Conseil général n’est pas qu’une chambre d’enregistrement des décisions de l’Exécutif. Il est un lieu pour débattre. La population a le droit de recevoir des réponses officielles de la part des autorités dans leur ensemble», explique Stefanie Losey. Comme elle, Nicole Bardet s’étonne du peu d’interventions effectuées et du peu d’idées lancées par les autres partis.
«Je ne comprends pas pourquoi faire de la politique énerve, s’étonne-t-elle. Nous voulons faire bouger les choses, faire avancer les thématiques écologiques.» Des thématiques qu’elle prétend trop souvent oubliées. Elle prend l’exemple de l’abri à vélos à la gare, réclamé en vain depuis sept ans. Et les deux conseillères générales d’avertir: «Les autres partis doivent s’y faire, nous continuerons à fonctionner de la sorte.» FP

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