Et si les vaches laitières ne mangeaient que de l’herbe?

| sam, 07. oct. 2017

L’Agroscope mène à Sorens une étude pour déterminer si les vaches holstein peuvent se passer des concentrés de céréales. Les premiers résultats montrent que oui,
mais avec des vaches adaptées et une production moindre. La Fédération des éleveurs fribourgeois se montre peu convaincue.

 

Par Xavier Schaller

En Suisse, une vache laitière mange, en moyenne, 800 kilos de concentrés par an – un mélange de céréales et de tourteaux de colza ou de soja. Une nécessité pour certains, un gaspillage pour d’autres, qui estiment que les céréales doivent nourrir en priorité les humains – ou, si la production est suffisante, des porcs et des volailles qui transforment moins efficacement les fourrages.

A la ferme-école de Sorens, des vaches holstein ont été privées de compléments. Collaborateur scientifique à l’Agro-scope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agricole, Fredy Schori mène ce test. «Nous disposons de très peu de données sur l’option zéro concentrés. C’est pourquoi nous avons lancé ce projet en 2014, sur trois ans.»

A Sorens, 23 bêtes ont reçu 750 kilos de concentrés par an, 23 autres rien ou presque. Ces 750 kilos correspondent au maximum que permet le label Bourgeon pour une vache qui produit 7000 litres de lait par an, soit 10% de la ration. C’est aussi une quantité proche de la moyenne suisse. «Ce qui est faible, en comparaison internationale. Un ruminant a besoin de fourrages – herbes, foin ou regain – pour que ses estomacs fonctionnent. Mais, dans certains pays, la part de concentrés peut atteindre 50% de l’alimentation, soit quelque 2500 kilos par an.»

Usage modéré en Suisse
Il faut dire qu’aux Etats-Unis, en Hollande ou en Allemagne, le prix du fourrage et des concentrés est à peu près équivalent. Alors qu’en Suisse, le fourrage reste meilleur marché. «70% des surfaces agricoles helvétiques sont constituées de prairies, naturelles ou artificielles. C’est dommage de donner des céréales aux ruminants, alors qu’ils sont si efficaces avec les fibres.»

En diminuant les concentrés, deux problèmes se posent: la diminution de la production laitière et l’inadaptation de certaines bêtes.
A Sorens, toutes ont supporté le traitement. Celles qui ont été privées de concentrés ont davantage maigri après le vêlage, mais aucune n’a atteint un seuil critique. «La ferme-école, qui dépend de l’Institut agricole de Grangeneuve, est bio depuis 2003. Il n’y avait donc pas pour l’étude de gros-ses productrices, à 8000 ou 9000 kilos de lait par année.»

Encore assez de variabilité
La moyenne suisse des hol-stein se situe aux alentours des 8800 kilos. «Si vous enlevez d’un coup les concentrés à une holstein qui est fortement productrice, elle va tomber malade. Il faut diminuer les quantités peu à peu et surveiller son état corporel, à savoir sa réserve de graisse.»

Selon le chercheur, il y a encore assez de variabilité dans la race holstein suisse pour développer des lignées adaptées à une alimentation à zéro kilo de concentrés. «Mais la part de vaches adaptées à ce régime a tendance à diminuer.»

Les vaches qui ont reçu des concentrés ont produit 854 kilos de lait en plus durant les 304 jours de lactation. «Les autres ont quand même fourni une quantité de lait considérable (5636 kilos), souligne Fredy Schori. Surtout si l’on sait que le foin et le regain étaient de qualité moyenne cette année-là.» D’autre part, les deux groupes présentaient un lait de qualité égale.

Etude en trois phases
La deuxième phase de l’étu-de s’est terminée au printemps. Elle a permis de comparer les vaches holstein suisses aux vaches holstein néo-zélandai-ses, plus légères et trapues. «En 2006, des génisses portantes avaient été importées et leurs descendantes ont toutes été inséminées avec du sperme de taureaux néo-zélandais holstein. C’était important pour l’étude d’avoir deux modèles vraiment différents.»

Tout n’est pas encore analysé. Mais au niveau des quantités produites, les résultats sont similaires pour les deux races. «Si l’on tient compte du fait que les néo-zélandaises sont plus légères.»

Enfin, la dernière phase qui débute va informer sur une éventuelle diminution de la fécondité. «Avec 150 bêtes au total, cela risque d’être un peu juste pour sécuriser les statistiques. Surtout s’il y a peu de variations, ce qui semble être le cas. Mais montrer qu’il n’y a pas de différence flagrante serait déjà un pas énorme de franchi.»

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«Ce n’est pas si simple»
Gérant de la Fédération fribourgeoise d’élevage holstein, Jean-Charles Philipona tempère les résultats de l’étude. «Sur le principe que l’alimentation doit être basée sur les fourrages de l’exploitation, nous sommes évidemment d’accord. Après, c’est une question d’équilibre ou d’excès. De notre point de vue, l’utilisation actuelle des concentrés permet de couvrir les besoins de l’animal et d’atteindre une productivité raisonnable.»

Il rappelle que les agriculteurs sont mis sous pression pour produire à moindre prix. «Si vous avez trente vaches à 5500 litres ou vingt à 8000, ce n’est pas les mêmes coûts.» Et même avec les concentrés, le fourrage reste la base de l’alimentation. «C’est 90% des apports. S’il n’est pas de bonne qualité, comme durant l’année choisie pour l’étude, cela fausse les résultats.»

Concernant la comparaison des deux races, il se montre circonspect. «Ce n’est pas si simple. Beaucoup de critères entrent en jeu.» Faire ce genre d’étude sur une seule exploitation n’est, selon lui pas pertinent. «Si on a une génétique supérieure à la moyenne du côté des néo-zélandaises et de vaches suisses moyennes, on ne peut pas tirer des conclusions.» Jean-Charles Philipona estime que les éleveurs holstein ne restent pas inactifs au niveau de la sélection. «Un nouvel index génétique est mis en place pour mettre en valeur le fourrage de base.»

Pour Philippe Currat, président de la fédération, autant utiliser une race à deux fins – lait et viande – comme la swiss fleckvieh qu’une holstein néo-zélandaise. «La race holstein est là pour produire du lait. Autant changer que de l’utiliser à 60% de son potentiel.»

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