«Je suis persuadé que la Suisse va encore franchir une étape»

sam, 11. nov. 2017

L’équipe de Suisse n’est plus qu’à un match de sa quatrième qualification successive pour une Coupe du monde. Avant le match retour du barrage face à l’Irlande du Nord, demain à Bâle, l’ancien international Patrick Müller évoque les chances de la Nati et son évolution ces dernières années.

PAR KARINE ALLEMANN

Patrick Müller avait l’élégance chevillée au corps. Quand il a remporté six titres de champion de France avec le grand Olympique Lyonnais, ou qu’il défendait les couleurs de la Nati. Le Genevois a fait partie de ce qui a peut-être été la plus belle équipe de Suisse jamais observée sur un terrain de foot. Celle qui s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2006 au terme d’un barrage épique face à la Turquie.
Désormais employé par l’UEFA, à Nyon, Patrick Müller (40 ans) a le cœur qui vibre toujours autant pour l’équipe nationale. L’ancien défenseur revient sur le match de barrage qui oppose la Suisse à l’Irlande du Nord (victoire 1-0 jeudi à Belfast, match retour dimanche à Bâle). En commençant par s’excuser d’avoir raté le début de la rencontre de jeudi soir, à cause d’une réunion de parents à l’école de sa fille…

Avec la qualité de jeu présenté à Belfast et sa victoire 1-0, la Suisse risque-t-elle quoi que ce soit demain à Bâle?
Les risques sont toujours là, et heureusement d’ailleurs, c’est la beauté du foot. Sur ce qu’on a vu jeudi, il n’y a pas photo: la Suisse a fait ce qu’on attendait d’elle. Elle a répondu présent dans le jeu, dans les duels, dans l’état d’esprit. Si elle réédite la même performance dimanche, il n’y aura pas de souci. Donc l’équipe a fait un grand pas, mais rien n’est fait! Il reste 90 minutes à jouer et, au bout, la Russie nous tend les bras.

Après sa défaite, l’Irlande va devoir changer de tactique. A quoi faut-il s’attendre dimanche?
J’ai eu la chance d’assister à une conférence avec l’entraîneur irlandais. Il disait que ça ne le dérangeait pas de ne pas avoir le ballon. C’est le jeu de l’Irlande du Nord, avec ses qualités. Ce résultat 1-0 arrange beaucoup la Suisse car, en effet, nos adversaires vont devoir sortir un peu plus et prendre des risques. Il va falloir être présent dans les duels et sur les deuxièmes ballons. Sur un match, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Les Irlandais peuvent marquer sur un corner ou un coup franc, ce qui changerait complètement la donne. Et pour eux aussi, l’enjeu est une Coupe du monde.

Doit-on s’inquiéter du fait que, même si la Suisse a largement dominé, il lui a fallu un penalty inexistant pour marquer le seul but du match?
Les Suisses n’ont marqué qu’une fois, mais ils ont eu beaucoup d’occasions, ce qui est positif. Bien sûr, le but tombe sur un penalty très généreux (transformé par Rodriguez à la 58e). C’est comme ça. Dimanche, les Irlandais vont devoir se découvrir tandis que les Suisses devront maîtriser la possession et le rythme. Et essayer de marquer rapidement pour se mettre à l’abri.

Dans son livre Mes secrets de coach, Diego Simeone (Atletico Madrid) dit que les erreurs d’arbitrage font partie du jeu. Mais que si une équipe passe son temps dans les seize mètres adverses, elle a plus de chance que l’erreur soit en sa faveur. Le but de la Suisse en est le parfait exemple.
En effet, cette théorie est vraie sur le match de jeudi, et elle l’est pour l’ensemble d’une saison ou sur une qualification. A la fin, c’est l’équipe qui s’est montrée offensive qui obtiendra les coups de sifflets en sa faveur. Jeudi, la Suisse a nettement dominé, même s’il y a eu une petite réaction irlandaise après le but. On pouvait d’ailleurs s’attendre à un peu plus de leur part.

Une statistique est assez parlante: en première mi-temps, Granit Xhaka a réussi plus de passes dans le camp adverse (41) que toute l’équipe d’Irlande du Nord (33)…
(rires)… Bon, je n’aime pas trop les statistiques. Mais, évidemment, celle-ci résume bien le match et ce qu’on attendait de l’équipe de Suisse: qu’elle prenne les choses en main et qu’elle fasse circuler le ballon dans le camp adverse. Mais les statistiques disaient aussi que l’Irlande n’avait perdu que deux matches à la maison en quatre ans…

Autre enseignement, la superbe performance des trois jeunes Zakaria, Akanji et Zuber. Voilà qui est rassurant pour l’avenir, non?
Ils ont été très très bons dans les duels, solides, et au milieu Zakaria a été magnifique. Cela montre bien la qualité de l’effectif national et la bonne intégration des jeunes dans un groupe. Quand on arrive dans une telle équipe, évidemment, il y a de la pression. Mais ce sont les copains sur le terrain qui aident le jeune à sortir une grosse performance.
Après, n’oublions pas que ces gars jouent aussi tous les week-ends des matches qui comptent dans leur club. Bien sûr, un barrage est important. C’est ce que les joueurs aiment. Moi, j’aurais adoré jouer celui de jeudi, dans ce stade, avec cette ambiance.

La Suisse a été très bonne en qualification, mais dépassée face au Portugal. Est-elle encore loin des meilleures nations du monde, ou était-ce simplement un non-match à Lisbonne?
La Nati a déjà battu de grandes nations comme l’Espagne ou les Pays-Bas, et elle a gagné contre le Portugal au match aller. Après, pour les rencontres à enjeu, ce qui manque encore, c’est de pouvoir dominer des pays qui ont un historique et un vécu un peu plus grand, et donc une plus longue expérience. Mais je n’ai aucun doute que, dès la prochaine Coupe du monde ou ces prochaines années, la Suisse sera considérée comme une grande nation mondiale. J’aime beaucoup l’entraîneur Vladimir Petkovic et il y a énormément de potentiel dans cette équipe, qui doit prétendre à un quart de finale si elle va en Russie.
Les temps ont changé. A l’époque, c’était extraordinaire de se qualifier pour l’Euro ou la Coupe du monde. Aujourd’hui, c’est presque devenu normal, voire un minimum. On en attend beaucoup plus et on a raison.

Reste que, la plus belle équipe, c’était celle dont vous faisiez partie, avec notamment un match de barrage remporté contre la Turquie en 2005, grâce à une victoire 2-0 très aboutie au match aller…
J’ai eu la chance de faire partie de cette équipe-là. On sentait qu’il se passait quelque chose. C’est pour ça que, en Allemagne, la défaite aux penaltys en huitième de finale, contre l’Ukraine, reste un énorme regret. Nous formions un groupe, un groupe soudé. On savait que celui qui était à côté de nous, devant ou derrière, tout comme celui qui ne jouait pas, était solidaire. Ce sentiment faisait notre force, et on se sentait forts ensemble. On a vécu une expérience magique en Allemagne. Pour avoir de bons résultats, une bonne ambiance dans l’équipe est obligatoire. J’espère que les joueurs actuels vivent la même chose. Et que dimanche soir, on pourra tous fêter une qualification pour la Russie! ■

 

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"Si je dois parler d’un match dans ma carrière, c’est celui-ci"

Que retenez-vous du fameux match retour en Turquie, lors du barrage pour la Coupe du monde 2006, avec une qualification arrachée au bout du suspense (défaite 4-2) et surtout les débordements qui ont eu lieu avant et après le match?
J’en garde forcément un magnifique souvenir, parce qu’au bout il y a eu la Coupe du monde, et que c’est la seule Coupe du monde à laquelle j’ai pu participer. Mais c’est sûr que l’ambiance était hallucinante, dans le stade. En fait, tout a été hallucinant, dès l’arrivée à l’aéroport, pour la préparation, durant le match… Personnellement, j’ai adoré. C’était vraiment chaud. Toutefois, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu peur pour ma sécurité. Reste que si, aujourd’hui, je dois parler d’un match dans ma carrière, c’est celui-ci. Evidemment, ce serait différent si nous ne nous étions pas qualifiés. Ce match est magique à cause de tout ce qui s’est passé, et parce qu’au bout il y avait la Coupe du monde.


Quelles images gardez-vous de votre carrière?
En club, je garde un souvenir particulier de mon aventure à Lyon, où j’ai eu la chance d’être là au bon moment et de pouvoir enchaîner les titres. Le premier titre avec Lyon, c’est le moment le plus magique de ma carrière, avec la Coupe du monde en Allemagne. A l’inverse, l’Euro 2008 en Suisse, où nous avons été éliminés après deux matches seulement, est le moment le plus difficile. Ça fait partie de la vie d’un joueur de foot. Mais, quand je regarde en arrière, je ne peux qu’avoir les yeux qui brillent en repensant à toutes les émotions vécues avec le foot. J’ai eu beaucoup de chance.

Vous évoquez souvent le mot «chance». C’est humble de votre part, mais vous aviez sûrement des qualités, non?
La chance fait partie d’une carrière. J’ai longtemps été épargné par les blessures et je suis arrivé à Lyon à une époque où l’équipe était capable de gagner la Ligue des champions. J’ai aussi eu des entraîneurs qui m’ont aidé à progresser. En effet, il faut aussi des qualités. Mais j’en avais moins que d’autres. Je me souviens de ma deuxième sélection avec l’équipe de Suisse (M21) à Bâle, contre la Yougoslavie. J’avais joué ailier gauche. A un moment, j’ai reçu le ballon sur le côté, je suis rentré à l’intérieur, j’ai enroulé au deuxième poteau et j’ai marqué, sous les yeux de scouts venant de grands clubs. Ce but m’a permis de signer à la Juventus. Je n’y ai jamais joué, j’ai juste passé la visite médicale, puis j’ai été laissé en prêt au Servette. Mais le fait d’appartenir à un grand club a ouvert d’autres portes et changé les regards sur moi.

Que faites-vous aujourd’hui à l’UEFA?
J’ai commencé par travailler pendant trois ans au département des opérations, qui s’occupait de toute l’organisation des matches de l’Europa Ligue et de la Ligue des champions. Depuis trois ans, je m’occupe de la coordination d’un programme d’échange pour nos 55 fédérations. On propose des projets pour aider les plus petites fédérations à réduire l’écart avec les plus grandes. Je vais réutiliser le mot chance, c’est à nouveau ma rencontre avec une bonne personne qui m’a permis d’entrer à l’UEFA.

Ce printemps, vous aviez été pressenti comme directeur sportif de l’Olympique Lyonnais. Cela pourrait vous intéresser?
Directeur sportif ou entraîneur, c’est du sept jours sur sept. Ce n’est pas ce que je recherche aujourd’hui, car à la fin de ma carrière en 2010 j’ai voulu me consacrer à ma famille et passer du temps avec mes enfants. Mais j’ai toujours en tête d’entraîner un jour. Et, ce printemps, j’ai été très flatté d’entendre mon nom pour intégrer l’OL, qui est le club de mon cœur. Y retourner un jour serait magnifique. Mais pour l’instant je suis très heureux à l’UEFA. KA

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