Ne reste-t-il plus que la neige pour sauver les remontées?

| sam, 04. nov. 2017

Lors de l’assemblée communale du 18 décembre, une participation de 700 000 francs pour les remontées  sera inscrite au budget 2018 de Val-de-Charmey. Si cette aide est acceptée, mais que son solde passe au-dessous de 400 000 francs à la fin janvier, les remontées suspendront leur activité.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

Cette fois-ci, les dés sont jetés. Les remontées mécaniques de Charmey vont affronter sans doute les trois mois les plus difficiles de leur existence. Jeudi soir, Etienne Genoud, vice-syndic et président du conseil d’administration de Télécabine Charmey les-Dents-Vertes en Gruyè-re SA, a présenté la stratégie en trois plans pour l’hiver à venir, lors d’une séance d’information publique.


● Plan A
Le plan retenu par le conseil d’administration pour l’hiver 2017-2018: toutes les installations sont ouvertes, les pistes de ski sont damées, dans la continuité des précédentes saisons. «La station désire jouer à fond la carte du Magic Pass», explique Etienne Genoud. En parallèle, la diversification de l’offre se met déjà en place, avec l’ouverture de nouveaux sentiers raquettes (avec possibilité d’emprunter le télésiège), de la vallée des tyroliennes et d’une base polaire au sommet de Vounetz avec des chiens de traîneau (La Gruyère du 16 septembre).
Pour ce faire, la participation financière de la commune de Val-de-Charmey se monterait à 700 000 francs pour 2018, soit 100 000 francs de plus que les chiffres avancés durant l’été. Ce montant apparaîtra dans le budget de fonctionnement que les citoyens devront accepter le 18 décembre, en assemblée communale.
Si la station peut ouvrir soixante jours (contre 47 en 2016-2017 et 78 en 2015-2016), les remontées espèrent, prudemment, un total des produits de 1,3 million pour l’exercice 2017-2018. Ainsi, les comptes seraient équilibrés dans la structure actuelle, avec des charges de 2 mio (dont 600 000 fr. pour les emplois fixes et 500 000 fr. pour les emplois saisonniers).


● Plan B
En cas de manque d’enneigement (moins de 60 jours ouverts), le plan B serait engagé, avec la disparition du ski de piste à Charmey. Seul le Rapido Sky serait mis en fonction, uniquement pour les piétons. Les pistes ne seraient pas damées. Dans ce cas-là, la société perdrait la moitié de son chiffre d’affaires, estimé à 770 000 fr., mais les charges se réduiraient à 1,3 mio. L’aide demandée à la commune ne s’élèverait qu’à 500 000 francs, pour atteindre, au final, l’équilibre financier.


● Plan C
Si, à la fin janvier 2018, le manque de neige est patent et que «le solde de la participation financière de la commune est inférieur à 400 000 francs (soit la marge de manœuvre pour assumer un plan social), le conseil d’administration sera forcé de suspendre l’activité de l’entreprise, en attendant les décisions des groupes de travail mis sur pied par le canton et le district», explique Etienne Genoud.
En fin de présentation, une personne de l’assemblée a également proposé un Plan D, à savoir la «cessation immédiate des activités et l’affectation des 700 000 francs à d’autres projets». Ce à quoi le syndic Yves Page a répondu: «Si on perd le Rapido Sky, on perd la montagne de Vounetz. Il faut épuiser toutes les possibilités avant d’en arriver à cette décision. Il y a encore des solutions à trouver: on attend le masterplan du canton, qui devrait être présenté au printemps. Quelle sera la volonté de l’Etat? Une chose est sûre: le district ne nous a jamais laissés tomber.»


● En parallèle
Au chapitre des solutions envisagées pour encore abaisser les charges, Etienne Genoud a évoqué la constitution d’un pool technique avec d’autres stations de la région, la mutualisation des comptabilités avec le Centre de sports et loisirs et l’Office du tourisme, l’augmentation des jours d’ouverture du restaurant de Vounetz, avec la réintroduction d’un dortoir et la réalisation d’un plan de mobilité qui garantisse son accès en cas de fermeture de la télécabine. ■

 

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«Une désalpe par mois»


Jeudi, en première partie de soirée, le syndic Yves Page a longuement détaillé, à la soixantaine de personnes présentes à cette séance d’information, les cinq piliers de la nouvelle politique touristique de Val-de-Charmey. Avec l’ambition de réduire la dépendance à la neige et, au minimum, d’assurer la survie du Rapido Sky, «pour autant que le soutien financier annuel reste supportable».


● La politique touristique
Charmey et la vallée de la Jogne doivent se positionner sur le thème de l’authenticité et des traditions, avec le slogan Quatre saisons/Dix mois verts. «Comme le préconise le rapport Fischer, il faut imaginer “une désalpe par mois” à Charmey. Pas forcément avec des vaches… Mais il faut faire monter les gens dans la vallée, exhorte le syndic. Charmey est le seul village-station du canton, il doit devenir un but pour lui-même.» De son côté, le Rapido Sky doit rester cet «ascenseur» pour accéder à Vounetz, «la montagne des traditions d’alpage», où se concentrent les activités saisonnières. «Nous devons maintenir cette interaction entre le village, le Rapido Sky et Vounetz. L’interdépendance des trois éléments est indubitable.»
Dans ce trend, la station pourra compter sur Intercheese Tissiniva, un projet économique qui se veut également un centre international d’expertise et d’exportation de fromages. «L’idée est de faire venir des acheteurs étrangers à Vounetz. Elle ne va pas sauver notre tourisme, mais elle le fortifiera.»


● Les structures touristiques
De l’avis des spécialistes du tourisme, «aujourd’hui, le choix des activités est plus important que celui des destinations». Partant de ce principe, toutes les stations se posent actuellement la question de leur repositionnement et elles ne doivent pas toutes proposer les mêmes animations, au risque de créer le chaos. «A nous de définir nos domaines d’activités stratégiques et de les coordonner avec les autres acteurs.»


● La valorisation du village
Yves Page aimerait que le village de Charmey devienne, à long terme, un but d’excursion en soi. «Mais les principaux bénéficiaires des futurs travaux d’aménagement seront d’abord les habitants.» Au programme, quatre axes: préservation, animation, mobilité et embellissement. «Nous savons que la banque Raiffeisen doit quitter son bâtiment actuel, explique le syndic. On espère qu’elle puisse s’installer dans la résidence Le Chalet (à côté du Sapin), pour le mettre en valeur.»
La commune a pour projet de «rendre le village aux piétons». A commencer par le réaménagement du Village-d’Enhaut, en y limitant la circulation. Lors de l’assemblée du 18 décembre, l’achat de la parcelle du Clos sera proposé. «Nous désirons en faire un square, une place de tranquillité au cœur du village.» En outre, le syndic a listé douze projets qui influenceront l’évolution du centre. Notamment la nouvelle place de l’école, le rêve d’un marché-couvert au Petit Plan, le parking du Récard ou l’avenir de la grande salle du Maréchal-Ferrant. «Reste à définir quelles seront les priorités, car tous ces projets ne sont pas en main de la commune.»


● La politique culturelle
Pour le syndic, le potentiel touristique de Val-de-Charmey dépendra de plus en plus de «l’identité et de l’attractivité du territoire». Il cite huit secteurs du domaine culturel parmi lesquels il convient de définir des opportunités: l’architecture, le patrimoine, les spectacles vivants, le design, les arts visuels, l’audiovisuel, l’édition de livres et les métiers d’art.


● La politique environnementale
Dernier point, la politique environnementale doit permettre de garantir la qualité de vie des habitants et d’attirer les touristes. «Le fait de concentrer nos activités sur Vounetz, qui représente 2,9% de la surface du village, permet de protéger le reste du territoire communal.» CD

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