Un concours d’architecture pour réinterpréter les lieux

| jeu, 02. nov. 2017

Neuf mois après l’incendie qui a détruit le cœur de Villars-sous-Mont, une piste se dessine pour une nouvelle vie. Un investisseur a donné un accord de principe pour reconstruire dans un souci de conservation du patrimoine. Un concours d’architecture d’envergure nationale sera mis sur pied.

PAR SOPHIE ROULIN

Au centre du village, un trou béant. Celui laissé par le terrible incendie qui a détruit cinq bâtiments du cœur historique de Villars-sous-Mont, le 16 janvier dernier. L’avenir de cette plaie ouverte faisait l’objet d’une conférence, mardi soir à Espace Gruyère, en marge de l’assemblée de la section Gruyère-Veveyse de Patrimoine suisse. Moins d’un an après le sinistre, une piste se dessine pour redonner vie à l’endroit. Un concours d’architecture sera mis sur pied, avec le soutien de l’Office fédéral de la culture et du Service cantonal des biens culturels. Un investisseur a été trouvé.
«A la fin de l’hiver dernier, plusieurs scénarios ont été étudiés par un groupe de travail, a expliqué le préfet de la Gruyère Patrice Borcard. D’une part, pour aider les propriétaires à se positionner et, d’autre part, pour connaître les possibilités de soutien en cas de reconstruction.» Parmi les hypothèses, celle d’une reconstitution à l’identique des bâtiments détruits. «Même si une construction de type bôgo apparaît comme impayable à l’heure actuelle», souligne l’architecte Yves Murith, qui a travaillé sur ces scénarios.
De nombreuses démarches sont entreprises pour connaître toutes les pistes de soutiens possibles. Dans ce cadre, l’Office fédéral de la culture est sollicité. «Il a donné un préavis défavorable à l’idée d’une reconstruction à l’identique, qui n’avait pas de sens dans le contexte actuel, relève le préfet. En revanche, il était prêt à entrer en matière pour une démarche de type concours d’architecture.»


Terrains mis en commun
A la fin du mois de juin, les quatre propriétaires concernés par le sinistre se sont mis d’accord pour vendre leurs terrains comme un ensemble de 2500 m2. Une convention est signée. «Sur cette base, nous pouvions nous mettre à la recherche d’un investisseur», poursuit Patrice Borcard. Et de se réjouir de pouvoir annoncer: «Nous avons un accord de principe avec une entreprise active dans la région et pour qui le patrimoine est un vrai souci.» Seule exigence de cet investisseur, ne pas perdre d’argent dans ce projet.
Ce ne sera pas lui qui financera le concours d’architecture qui se déroulera sur invitation. Entre 300 000 et 400 000 francs doivent être réunis à cet effet. En plus de la Confédération, du canton et de la commune qui ont déjà donné leur accord de principe, des fondations et la Loro seront encore approchées. «Nous soutiendrons également notre partenaire dans toutes les démarches nécessaires pour obtenir les subventions, ajoute le préfet. Notre objectif est que ces soutiens permettent de compenser tous les surcoûts engendrés par le côté patrimonial de ce projet.» C’est que le concours d’architecture amènera son lot d’exigences à assumer.


Verdict en 2019
Un comité de pilotage du concours a été mis sur pied. La commune de Bas-Intyamon, le Service des biens culturels, l’association Patrimoine suisse section Gruyère-Veveyse, l’investisseur, la Confédération et les fondations sollicitées y seront représentés. «D’ici décembre, nous allons établir un programme et déterminer les quatre ou cinq bureaux participants», détaille le préfet, qui en assure la présidence. Il s’agira aussi de nommer un jury respectant les normes SIA. «A sa tête, nous souhaitons placer un architecte de renommée qui participe à l’envergure et à l’image de ce concours.»
Ce dernier sera lancé dans les premiers mois de 2018. Les projets sont attendus six à huit mois plus tard. «Le verdict du jury sera vraisemblablement connu dans la première partie de 2019», précise Patrice Borcard. Il espère que les procédures pour obtenir les permis de construire suivront à l’automne. Et de résumer ainsi le but à atteindre: «Un projet contemporain qui respecte la tradition architecturale de notre région.» ■

 

-------------

 

Propriétés privées, mais patrimoine public


Avant de présenter le projet de concours d’architecture, le préfet de la Gruyère Patrice Borcard est revenu mardi sur l’incendie de Villars-sous-Mont, sur ses conséquences humaines, sur la solidarité rencontrée, mais aussi sur la complexité de la situation qui en a résulté. «Urbanisme, aménagement du territoire, patrimoine culturel, patrimoine personnel… beaucoup d’éléments sont imbriqués et les difficultés sont rapidement apparues, a-t-il relevé. Avec des intérêts privés et publics qui s’entremêlent. Car, si les bâtiments sont effectivement des biens privés, le patrimoine touché par cet incendie présente un aspect public.»
Une étude juridique est demandée pour connaître les conséquences des démolitions et des options envisagées. «Il a aussi fallu s’intéresser au règlement communal d’urbanisme (RCU), ajoute-t-il. Notre chance dans ce malheur, c’est que Bas-Intyamon était justement en train de réviser son Plan d’aménagement local, ce qui a permis d’introduire des nuances dans le RCU.» La version précédente de ce règlement obligeait une reconstruction à l’identique, dans les limites et les volumes existants.
«Avec les nouvelles dispositions, les bâtiments pourront être reculés de quelques mètres et un peu de terrain a pu être mis en zone à l’arrière, détaille le préfet. On évite la contrainte de la copie conforme, mais on garde une obligation de travailler dans l’esprit du bâti disparu.» Un projet est envisageable. SR

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses